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Canicules : hôpitaux sans clim, le gouvernement pris en flagrant délit d'impréparation

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-06

30 000 promesses, 6 000 livraisons

Le Premier ministre a annoncé des mesures d'urgence. « J'avais annoncé l'acquisition de plus de 30 000 climatiseurs dans des délais assez brefs », a-t-il déclaré. « Je peux vous confirmer qu'on a déjà 6 000 climatiseurs qui sont en livraison. »

Benjamin Moutet, maire d'Orthez et président du conseil de surveillance de l'hôpital local, ne mâche pas ses mots. « Le problème, c'est la climatisation. Il n'y en a pas. » Interrogé sur les promesses gouvernementales, il est catégorique : « Ce n'est pas prévu. Pour l'heure, on a lancé des travaux pour la maison de retraite, mais ce sera plus tard dans l'année. Pas à très court terme. »

Bernard Jomier, sénateur socialiste de Paris et médecin en exercice, résume : « La différence entre les annonces et la réalité, tout est dit. »

Un Fonds Vert divisé par trois

Élisabeth Borne l'avait créé en 2023. Objectif : financer l'adaptation des collectivités au changement climatique. Trois ans plus tard, le bilan ? « On a divisé par trois les financements », dénonce Bernard Jomier.

Le GIEC alerte depuis des années sur des canicules « de plus en plus intenses ». « Cette façon de gouverner à coups de barre, un coup à droite, un coup à gauche, marche avant, marche arrière, fait que quand la crise arrive, on est fragile », assène le sénateur.

Benjamin Moutet confirme le sentiment de délaissement. « Le fonds vert est divisé par trois. Est-ce que vous vous sentez délaissé ? » demande le journaliste. « Oui, parce que pour nous, c'est ça la guerre à laquelle il faut qu'on se prépare. »

1000 morts, puis 2000 : la bataille des chiffres

La canicule précédente a fait des victimes. Le gouvernement a d'abord avancé le chiffre de 1000 décès. « Le chiffre du gouvernement n'était pas plus sérieux que celui des écologistes », tranche Bernard Jomier.

La ministre de la Santé a déjà révisé ce bilan. À la hausse. 2000 morts. « Il sera de plusieurs milliers », prédit le sénateur-médecin.

Une donnée nouvelle inquiète — la mortalité chez les 30-50 ans. « C'est une des données tout à fait nouvelles du dernier épisode caniculaire », explique-t-il. « On ne fait pas de sport pendant la journée en extérieur. C'est dangereux, même si on pense qu'on est en bonne santé. On risque un accident cardiaque. »

Les services funéraires parisiens ont été débordés. « On a été à deux doigts de devoir faire appel à Rungis, qui dispose de grandes surfaces rafraîchies », révèle le sénateur.

Plan Orsan niveau 3 : l'alerte maximale

Le gouvernement a activé le plan Orsan niveau 3 — le plus haut niveau d'alerte sanitaire. Concrètement : mobilisation maximale. Interventions non urgentes déprogrammées. Effectifs renforcés. Personnel au repos rappelé. Réserve sanitaire, étudiants, retraités mobilisés.

« Dès la deuxième vague de chaleur, notre système hospitalier était déjà saturé », constate Bernard Jomier.

Et la troisième arrive. « On ne va pas pouvoir passer deux mois à dire au personnel qu'ils ne doivent pas partir en vacances », prévient le sénateur.

Les soignants répondront présents — on l'a vu pendant le Covid. « Quand arrêtera-t-on de gouverner en mettant sans arrêt les gens sous tension ? »

Des morts à domicile, un phénomène qui s'aggrave

Le Premier ministre lui-même a reconnu une « particularité ». « La plupart de nos concitoyens qui sont décédés sont décédés à leur domicile », a-t-il déclaré.

La différence avec 2003 est frappante. À l'époque, les victimes étaient majoritairement en EHPAD. Aujourd'hui, elles meurent chez elles, seules. « C'est aussi un sujet sociétal, social très important », admet le Premier ministre.

Et pourtant, les dispositifs existent. Après la canicule de 2003, les collectivités ont créé les fichiers « chalex » (chaleur extrême). Ces fichiers recensent les personnes âgées isolées.

« L'ampleur est nouvelle, mais le phénomène n'est pas nouveau », rappelle Bernard Jomier. « Il y a un défaut d'anticipation. Quand le gouvernement fragilise les CCAS [centres communaux d'action sociale], on fragilise ce type de dispositif. »

Une motion de censure, mais pas maintenant

Les députés écologistes ont déposé une motion de censure contre le gouvernement. Bernard Jomier comprend le geste politique. « Lutter contre le réchauffement climatique, c'est faire de l'atténuation. Et là, on a eu des marches avant, marches arrière sans cesse. »

Mais il ne la votera pas. « On est en juillet. Dans neuf mois, il y a une élection fondamentale. Le carton jaune puis le carton rouge au gouvernement, ce sera à ce moment-là. »

Une position nuancée — il refuse de « faire du bashing des écologistes ». Il préfère pointer les vrais responsables. « J'ai entendu des collègues du parti d'Édouard Philippe qui ont bataillé pour réduire la protection des zones humides. C'est un niveau d'irresponsabilité grave. »

Des milliards nécessaires, une vision qui manque

« Un plan de climatisation des établissements scolaires, des hôpitaux, ce sont des milliards, des milliards et des milliards », reconnaît Bernard Jomier. La situation budgétaire du pays est « très difficile ».

« Il faut qu'on arrête les coups de gouvernail dans tous les sens. Il faut qu'on soit déterminé. »

Le maire d'Orthez attend. Les climatiseurs promis ne sont pas arrivés. Les fonds verts ont été divisés par trois. Les hôpitaux cuisent. Les 30-50 ans meurent. Les services funéraires débordent.

« On ne peut pas soigner dans des conditions dégradées », conclut Bernard Jomier.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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