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Nice : un tueur à trottinette abat deux personnes, le narcotrafic frappe en plein jour

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Nice : un tueur à trottinette abat deux personnes, le narcotrafic frappe en plein jour
© Lucas Mota / Pexels

L'attaque en plein jour

15h30, un lundi. La place des Amaryllis vit son quotidien. Des clients attablés à la terrasse d’un bar, des passants devant un magasin d’alimentation. Jusqu’à ce qu’un homme à trottinette traverse la place. Il s’arrête. Il sort une arme. Et il tire.

Pas un coup de feu isolé — des rafales. Les enquêteurs retrouveront 17 étuis — oui, vous avez bien lu — de calibre 7,62 mm court Tokarev. Le procureur Damien Martinelli décrit la scène : « Il a traversé la place avant d’ouvrir le feu par rafales en utilisant une arme de calibre 7,62 mm court Tokarev, 17 étuis étant découverts sur place. » L’arme est un pistolet-mitrailleur, capable de vider un chargeur en quelques secondes. Deux morts sur le coup, six blessés — dont trois graves selon les premiers secours.

Le tireur ne traîne pas. Il remonte sur sa trottinette, file vers une Renault Captur stationnée à proximité, et disparaît. La police lance un appel à témoins. Personne n’a eu le temps de réagir. « Il a été déposé par un véhicule, s’est rapproché en trottinette, il a fait feu et il est reparti en trottinette (…) récupéré par un véhicule qui a pris la fuite », confirme une source proche de l’enquête citée par Le Parisien.

Pourquoi ce quartier ? Pourquoi en plein jour ? La réponse est connue des services de police depuis des mois : les Moulins sont l’épicentre d’une guerre ouverte entre réseaux de narcotrafic. Voilà : une guerre qui tue.

Zelim : « On est en Afghanistan ? En Irak ? »

Zelim habite le quartier. Il a fui la guerre en Tchétchénie il y a des années. Il pensait avoir trouvé un refuge à Nice. Ce lundi, il regarde la place ensanglantée et il craque. « J’ai fui la guerre en Tchétchénie mais là je me demande si je ne vais pas y retourner. On est en Afghanistan ? En Irak ? Je songe à partir… », confie-t-il au micro de Nice Matin.

Ses mots sont un uppercut. Ce n’est pas un témoignage de plus, c’est le cri d’un homme qui a déjà connu l’horreur et qui la retrouve ici, en France, dans sa rue. Il ne parle pas de trafic, pas de dealers, pas de rivalités. Il parle de survie. « Je songe à partir… » — lui qui est déjà parti de tout.

La comparaison avec l’Afghanistan ou l’Irak n’est pas une hyperbole. C’est la réalité vécue par les habitants des Moulins. Depuis des mois, les fusillades se succèdent. Les tirs à l’arme automatique sont devenus monnaie courante. Les balles perdues traversent les fenêtres. Les enfants ne jouent plus dehors. « On est en Afghanistan ? » — la question est une accusation. Une accusation contre l’État, contre la police, contre une République qui laisse les trafiquants dicter la loi dans ses propres cités.

Zelim n’est pas le seul à vouloir fuir. D’autres riverains, anonymes, confient leur peur aux journalistes. Mais lui a le courage de mettre un nom sur l’absurdité. Et ce nom fait mal.

Une escalade meurtrière

Cette fusillade n’est pas un accident. C’est le dernier épisode d’une escalade qui dure depuis plus d’un an. Actu.fr rapporte qu’« après cette fusillade, depuis l’été 2024, il y a 11 morts à déplorer dans » le quartier des Moulins. Onze morts en moins de deux ans. Dans un seul quartier. Imaginez. Et ce chiffre ne tient pas compte des blessés, des traumatisés, des vies brisées.

Le procureur Damien Martinelli ne tourne pas autour du pot : il parle de « guerre de territoire liée au narcotrafic ». Pas de « règlement de comptes » euphémique. Pas de « rixe entre bandes rivales ». Une guerre. Avec des armes de guerre. Avec des morts. Avec des civils en ligne de mire.

Le quartier des Moulins est un point stratégique. Proche de l’autoroute, mal desservi par les transports, avec des barres d’immeubles propices aux planques et aux guets. Les réseaux de stupéfiants — cocaïne, cannabis, héroïne — se disputent le contrôle des points de deal. Pour gagner, ils n’hésitent plus à sortir les kalachnikovs en plein après-midi. « Fait feu avec une kalashnikov », titrait Actu.fr après une précédente fusillade. Cette fois, l’arme est un Tokarev, mais le résultat est le même : des corps au sol.

Le 25 septembre 2002, un attentat raté contre la trésorerie générale de Nice avait déjà frappé la ville. Revendiqué par le FLNC. Mais c’était du terrorisme politique. Aujourd’hui, c’est du terrorisme criminel. Les méthodes sont identiques. Les victimes aussi. Et pourtant — rien ne change.

Le modus operandi : trottinette et fusil

Voici les faits. Le tireur arrive à trottinette. Il tire, repart à trottinette, monte dans une Renault Captur et s’enfuit. Ce n’est pas le geste d’un amateur. C’est une exécution préparée, avec des relais, un véhicule de fuite, un mode de déplacement discret. La trottinette permet de se faufiler dans les ruelles, de semer les caméras, de ne pas attirer l’attention. Le Captur, un SUV banalisé, se fond dans la circulation.

Les enquêteurs ont retrouvé 17 étuis. Cela signifie au moins deux chargeurs vidés. Le tireur ne visait pas une personne en particulier — il a arrosé la place. Une tuerie de masse délibérée — dans un lieu public, pour envoyer un message. Quel message ? « C’est notre territoire. Personne n’est en sécurité. »

Ce mode opératoire est devenu la signature des nouvelles guerres du narcotrafic. Plus de discrétion. Plus de « guetteurs » et de « nourrices ». Des commandos mobiles, des armes automatiques, des fuites organisées. Les trafiquants ont professionnalisé la violence. Et ils le font en plein jour, sous les yeux des passants, des caméras, des journalistes.

Qui forme ces tueurs ? D’où viennent ces armes ? Le calibre 7,62 mm court Tokarev est une munition soviétique, encore produite dans plusieurs pays. Elle alimente les trafics d’armes en Europe. Les pistolets-mitrailleurs de type PPSh ou ses copies circulent dans les milieux criminels. Mais trouver une arme automatique en France nécessite des réseaux solides. Des réseaux que les enquêteurs connaissent mais peinent à démanteler.

L'État absent ?

Les habitants des Moulins posent une question simple : où est la police ? « On est en Afghanistan ? » — la question de Zelim est aussi une critique. Comment un homme armé peut-il traverser une place en plein après-midi sans être intercepté ? Comment une fusillade peut-elle durer plusieurs secondes sans intervention ? Les policiers ne sont pas là. Ils arrivent après, pour les constats, les prélèvements, les témoignages. Mais le mal est fait.

Depuis l’été 2024, onze morts. Combien de patrouilles supplémentaires ? Combien d’effectifs dédiés ? Les annonces du ministère de l’Intérieur se succèdent : « renforcement de la présence policière », « opérations place nette », « démantèlement de points de deal ». Les résultats ? Provisoires. Rien de neuf. Les trafiquants s’adaptent. Ils changent de rue, de méthode, d’arme.

Le quartier des Moulins n’est pas une exception. Nice est devenue un champ de bataille. D’autres villes — Marseille, Grenoble, Lille — connaissent la même dérive. Mais Nice a une particularité : l’afflux touristique, l’image de carte postale, le contraste entre la promenade des Anglais et les barres des Moulins. Ce contraste, les trafiquants l’exploitent. Ils savent que la pression médiatique retombe vite, que les projecteurs se tournent ailleurs.

« Une nouvelle fusillade terrifiante », titrait Le Parisien. Terrifiante, oui. Mais prévisible. Tant que les racines du narcotrafic ne seront pas attaquées — les flux financiers, les réseaux d’approvisionnement, la corruption —, les fusillades continueront. Les deux morts de ce lundi ne sont pas les derniers.

Sources

  • Le Parisien – Matthias Galante, « « On est en Afghanistan ? En Irak ? » : nouvelle fusillade sanglante à Nice, sur fond de guerre de territoire liée au narcotrafic », 11 mai 2026.
  • Nice Matin – photographie de Dylan Meiffret, témoignage de Zelim.
  • Propos du procureur Damien Martinelli, cités par Le Parisien et Nice Matin.
  • Actu.fr – « Une nouvelle fusillade à Nice : deux morts, six blessés, le narcotrafic en cause », 11 mai 2026.
  • Données historiques : attentat du 25 septembre 2002 à Nice (Wikipedia).

📰Source :youtube.com

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