Moi la Squal : son ex-compagne raconte la récidive annoncée

« Ça ne m’a pas étonné »
Marie Truchud avait prévenu. En 2020, elle porte plainte contre Moi la Squal pour violences physiques et psychologiques. Quatre ans d’enquête, un procès gagné en 2024. Le rappeur écope d’une peine de prison. Il sort. Et moins d’un an plus tard, la police intervient de nouveau à son domicile. Une nouvelle compagne, des cris, des objets qui volent — les voisins, des hommes cette fois, portent plainte. « Ça ne m’a pas étonné », dit Marie.
Elle décrit une mécanique implacable. « J’ai porté plainte et j’ai accepté d’enquiller une enquête aussi lourde, des menaces de mort, de viol par message — c’était pas pour une petite histoire privée. C’était parce que je savais que ça allait se reproduire. »
Le rappeur est présumé innocent pour ces nouveaux faits. Mais Marie reconnaît la scène. Les mêmes cris, les mêmes objets par la fenêtre. « Mon propre sac à main passait régulièrement par la fenêtre. »
Deux ans de contrôle total
La rencontre a lieu parce qu’ils sont voisins. Le début est « somme tout assez classique ». Puis le contrôle s’installe. Il fouille son téléphone pendant qu’elle dort, la suit dans la rue, vérifie ses tickets de caisse. Un ticket du 8e arrondissement alors qu’elle travaille dans le 10e ? C’est la preuve d’une tromperie. Il lui donne une heure de retour. Trois minutes de retard déclenchent une crise.
Les violences physiques apparaissent au bout de six mois : gifles, étranglements à mains nues, avec des câbles de téléphone, des oreillers. « Des fois où j’ai pu avoir peur pour ma vie. » La dernière année, les violences sont quasi quotidiennes. Pourtant, elle reste. Le syndrome de la sauveuse, dit-elle aujourd’hui.
Elle vient d’un milieu modeste mais stable, lui d’un environnement défavorisé, avec déjà une condamnation pour vente de cheat. Elle travaille comme styliste, paie les sessions de studio pour lancer sa carrière. Il lui fait sentir que sans elle, il est perdu. « Il m’avait mis dans la tête que sans moi il se retrouverait à la rue. »
Le déclic : sa cousine agressée
Elle tente de le quitter plusieurs fois. Change d’appartement, dort chez une amie. Mais le vrai déclic, c’est quand il s’en prend à sa petite cousine, sous sa responsabilité pendant des vacances d’été. « Là ça ne me touchait plus seulement moi. » Elle culpabilise, mais cette fois, elle agit. La police intervient, la gardienne de l’immeuble aussi. Il part. « Toute seule je pouvais pas le faire. »
Les mois qui suivent sont un mélange de soulagement et de vide. Plus de surveillance constante, mais une immense culpabilité. « J’avais plus personne pour me dire quoi faire. »
Procès gagné, puis récidive
Le procès a lieu en 2024 après quatre ans d’enquête. Des expertises psychologiques, des témoignages. Marie revoit Moi la Squal. Il nie tout, n’exprime aucun regret. « Il y avait une partie de moi qui espérait qu’il ait eu un peu de recul. » Non.
Elle gagne. Mais l’opinion publique reste sceptique. Beaucoup la traitent de menteuse, de profiteuse qui veut détruire une carrière. « On a gagné un peu par chance », entend-elle. Puis la récidive tombe. « Là, il y a plus vraiment de doute. »
Elle estime que sa plainte et celles des autres victimes n’ont pas été vaines. Mais elle remarque une différence de traitement : les voisins — des hommes — qui ont porté plainte cette fois ont été crus immédiatement. « On a pas du tout remis en question ces hommes. Nous, à l’époque, on était des menteuses. »
L’instrumentalisation politique
Les vidéos de l’intervention policière sont diffusées par Frontières et Valeurs Actuelles, deux médias d’extrême droite. « Un rappeur d’origine algérienne accusé de violences conjugales, c’est l’outil parfait pour l’extrême droite. » Marie voit des commentaires racistes fleurir. Et à gauche, certains nient les faits, crient à l’intox. « Au final, ça détourne complètement le sujet : les violences sur les femmes. »
Elle se désolidarise de ces récupérations. « Les agresseurs, c’est tout le monde. L’affaire Pelicot l’a montré : il n’y a pas de profil type. »
« Il ne devrait pas y avoir un nombre de femmes limite »
Interrogée sur l’affaire Patrick Bruel — visé par plusieurs témoignages de violences —, Marie est claire : « Il ne devrait pas y avoir un nombre de femmes limite pour dénoncer. » La carrière d’un homme ne vaut pas plus que la vie d’une femme, ajoute-t-elle.
Elle continue de recevoir des menaces de mort et de viol sur les réseaux, souvent de la part de jeunes fans. « Des enfants qui ne croient pas aux violences parce que leur star préférée chante bien. »
Dix ans après, plus aucune peur
Aujourd’hui, Marie a 33 ans. Elle dit n’avoir « plus rien à voir » avec la femme qui a rencontré Moi la Squal.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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