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SociétéÉpisode 7/36

Isère : Joris Laurenin, 21 ans, poussé au suicide par le racisme de ses «amis»

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-01
Illustration: Isère : Joris Laurenin, 21 ans, poussé au suicide par le racisme de ses «amis»
© YouTube

Le drame

Joris avait 18 ans quand il a rejoint les conscrits. Une tradition locale — héritée du service militaire, très ancrée dans le nord de l’Isère. Chaque année, les jeunes de la même classe d’âge organisent des fêtes, dont la « vogue », événement central du village. Pour Joris, c’était l’occasion de retrouver des copains du collège. Très vite, ça a déraillé.

Selon son oncle, Joris se plaignait à son père : ses camarades l’insultaient, le traitaient de « sale arabe », de « boule », de « bonou ». Le jeune homme était discret et réservé sur ses sentiments.

En 2024, ses camarades lui offrent un t-shirt. Il leur avait demandé quelque chose de sympa, à porter pendant toute la vogue. Le cadeau : un t-shirt floqué « aides pagu » — algérien paysan, selon l’explication donnée par le père. L’oncle raconte que Joris est rentré chez lui très déçu et triste.

Le harcèlement au quotidien

D’après la famille, le harcèlement n’a jamais cessé. Joris en est venu à regretter ses origines algériennes. « Il se trouvait trop basané, trop mat, explique l’oncle. Il mettait des t-shirts longs pour cacher sa peau. »

Le point culminant survient fin juin 2026, lors de la vogue annuelle. Le mardi 30 juin, Joris rentre chez lui effondré et confie à son père : « Ils m’ont pris pour un con, ils m’ont encore insulté, ils m’ont dit qu’ils allaient me planter. Ils m’ont dit de me tirer. » Son père, exaspéré, lui demande pourquoi il continue à les fréquenter. Joris n’a pas d’autres amis.

Dans les jours qui suivent, il laisse une première lettre où il raconte la méchanceté de son cercle d’amis et les insultes racistes répétées. Le week-end avant son suicide, son père s’emporte après un énième récit de brimade. Trois jours plus tard, le 13 juillet, Joris se suicide près du domicile familial. Son corps est retrouvé le 14 juillet à Châtonné, où il vivait avec son père.

Le déni du maire

Frank Poura, maire de Saint-Jean-de-Bournet, minimise. « Les insultes, ça s’apparente plutôt à du bisutage, vous voyez, il faut le sortir du contexte de racisme pur et dur », dit-il. Il assure n’avoir jamais vu de racisme dans sa commune.

Pourtant, selon Ludovic Arbeepin, représentant local de SOS Racisme, des actes racistes se sont multipliés dans le secteur : en août 2024, Ahed Biol a trouvé une tête de cochon au pied de son garage ; peu après, sept tombes de gens du voyage ont été profanées à La Côte-Saint-André avec des tags néonazis ; dans une école primaire de Raau, des croix gammées ont été trouvées sur des fresques d’enfants. Arbeepin constate une banalisation des discours racistes chez les jeunes.

Le club de rugby de Saint-Jean-de-Bournet, contacté, n’a pas donné suite aux sollicitations.

Deux enquêtes en cours

L’avocate de la famille, Élise Rejaco, a obtenu le dépaysement du dossier. Les investigations sont menées par la brigade de gendarmerie de Vienne, et non par celle de Saint-Jean-de-Bournet, afin de garantir l’impartialité. La justice a ouvert deux enquêtes : l’une sur les circonstances du décès, l’autre pour harcèlement à caractère racial et menaces de mort.

Les enquêteurs ont déjà entendu de nombreux témoins. L’exploitation des supports téléphoniques est en cours. La lettre de Joris, le t-shirt incriminé, les témoignages du père et de l’oncle constituent des éléments. L’avocate souligne la difficulté de caractériser l’infraction de harcèlement.

Un territoire gagné par le racisme ?

Ludovic Arbeepin note qu’après les élections législatives de 2022 et 2024, trois circonscriptions de la région ont basculé à l’extrême droite. Il établit un lien avec la multiplication des actes racistes.

Le maire de Saint-Jean-de-Bournet affirme n’avoir jamais vu de racisme dans sa commune.

Et maintenant ?

Le dossier est instruit par la gendarmerie de Vienne. Les proches de Joris attendent la vérité. « On a besoin d’apaiser nos cœurs avec un peu de vérité », dit son oncle.

Joris avait 21 ans.

📰Source :youtube.com

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Épisode 7 · 2026-08-01

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