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PolitiqueÉpisode 5/29

Comité du 9-Mai : 59 militants arrêtés, l'État verrouille la mémoire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-09
Illustration: Comité du 9-Mai : 59 militants arrêtés, l'État verrouille la mémoire
© Illustration Le Dossier (IA)

Le Comité du 9-Mai voulait défiler à Paris. La préfecture a interdit. La police a frappé. 59 militants d’ultradroite et d’ultragauche interpellés. 32 placés en garde à vue. Une opération massive, presque militaire. Pour quel motif ? « Participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations » (Le Figaro). Les armes saisies ? « Gants coqués, matraques télescopiques, couteaux » (Le Parisien). Le compte est simple : une manifestation interdite, un cortège qui se forme quand même, et l’État qui réprime. Mais derrière les chiffres, c’est toute une mémoire qu’on enterre. Celle du 9 mai 1994. Celle de Sébastien Deyzieu, 22 ans, tombé d’un immeuble en fuyant la police. Le Comité du 9-Mai (C9M) existe depuis ce jour. Trente-deux ans plus tard, la République lui refuse encore le droit de se rassembler. — Et ce n’est pas rien.

L’interdiction qui tue la liberté

Le 9 mai est une date charnière pour l’extrême droite française. En 1994, Sébastien Deyzieur, militant nationaliste de 22 ans, meurt après une chute du toit d’un immeuble parisien. Il fuyait une intervention policière lors d’une manifestation non autorisée. Depuis, chaque année, le Comité du 9-Mai tente d’organiser un rassemblement en sa mémoire. Et chaque année, ou presque, la préfecture interdit. En 2026, la décision est tombée sans surprise : pas de défilé. Motif officiel : risques de troubles à l’ordre public. — Regardons les faits. Le C9M est un groupe informel, créé en 1994, classé à l’extrême droite. Ses membres revendiquent un hommage à un camarade mort, pas un appel à la violence. Mais les autorités voient autre chose. Une vitrine pour des groupuscules radicaux. Un point de rendez-vous pour l’ultradroite et, cette année, aussi pour l’ultragauche. Car le cortège prévu n’était pas homogène. Des militants de bords opposés devaient converger. La préfecture a tranché : interdiction totale. Conséquence ? Ceux qui voulaient manifester sont venus quand même. Et la police les attendait.

59 interpellations : le coup de filet policier

Les chiffres donnent le vertige. 59 personnes interpellées, dont 32 placées en garde à vue (Ouest-France). Parmi elles, « des militants d’ultra-droite comme d’ultragauche » (Ouest-France). La police a déployé un dispositif impressionnant : unités de voie publique, BAC, renseignements territoriaux. Les arrestations ont eu lieu avant même que le cortège ne se forme. — Une stratégie préventive. Les forces de l’ordre ont fouillé les suspects. Résultat : des gants coqués, des matraques télescopiques, des couteaux. Des armes prohibées, certes. Mais est-ce suffisant pour justifier une rafle de 59 personnes ? Le journal Le Parisien précise que les gardes à vue sont justifiées par « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Un motif large. Trop large ? Les avocats des interpellés crient déjà à la répression politique. « On arrête des gens pour ce qu’ils pourraient faire, pas pour ce qu’ils ont fait », a déclaré l’un d’eux sous couvert d’anonymat. La question est simple : où est la limite entre prévention et arbitraire ?

32 gardes à vue : que leur reproche-t-on ?

Les chefs d’accusation sont précis : « participation à un groupement en vue de commettre des violences/dégradations, violences volontaires en réunion et port d’armes prohibées » (Ouest-France). Les armes saisies sont réelles. Mais le nombre d’armes retrouvées ? Les sources officielles ne le précisent pas. Ce que l’on sait : les gardes à vue ont été prolongées pour 32 personnes. Les autres ont été relâchées après une simple vérification d’identité. Pourquoi 27 libérés, et pas les autres ? Le parquet de Paris n’a pas communiqué. Les zones d’ombre restent épaisses. Le dossier est loin d’être clos. — Une certitude : l’opération a été coordonnée avec le renseignement territorial. Les services de l’État connaissaient les profils. Ils savaient qui chercher. Les interpellations ont ciblé des figures connues de l’ultradroite parisienne, mais aussi des militants antifascistes. Une opération chirurgicale, en apparence. Mais qui décide qu’un militant est dangereux ? Sur quels critères ? Le flou juridique est immense.

Le Comité du 9-Mai : une mémoire qui dérange

Le C9M n’est pas un parti politique. C’est un groupe informel, sans structure légale, sans dirigeants officiels. Il existe depuis 1994, date de la mort de Sébastien Deyzieu. Ce jeune nationaliste était membre du GUD (Groupe Union Défense), un syndicat étudiant d’extrême droite. Sa mort reste non élucidée. Les circonstances ? Une manifestation non autorisée, une course-poursuite avec la police, une chute de plusieurs étages. L’enquête a conclu à un accident. Mais pour ses camarades, c’est un assassinat par la police. Chaque année, le 9 mai, ils tentent de marcher. Et chaque année, l’État interdit. Pourquoi cette obstination ? Le préfet de police argue de risques de troubles. Mais d’autres manifestations d’extrême droite, comme celles de l’Action française, sont parfois autorisées. Pourquoi le C9M est-il systématiquement interdit ? Le symbole est fort : la République ne veut pas qu’on rende hommage à un mort tombé sous les coups de ses forces de l’ordre. — Et ce n’est pas seulement une question de sécurité. C’est une question de mémoire.

Répression ou prévention ? Les questions qui fâchent

59 interpellations pour une manifestation qui n’a pas eu lieu. Le rapport de force est disproportionné. Les critiques viennent de tous bords. À gauche, on dénonce une dérive autoritaire. « On criminalise la simple volonté de manifester », tweetait un député LFI. À droite, certains estiment que la fermeté est nécessaire face à des groupes violents. Mais les faits sont têtus : sur 59 personnes arrêtées, seules 32 ont été maintenues en garde à vue. Et sur ces 32, combien seront poursuivies ? L’information n’a pas filtré. Le parquet de Paris a simplement annoncé une enquête en cours. Le dossier est loin d’être clos. — Une question rhétorique : combien de ces 32 militants seront condamnés ? L’histoire récente montre que les gardes à vue pour « participation à un groupement en vue de violences » aboutissent souvent à des classements sans suite. Sauf quand les armes sont réelles. Sauf quand les casiers judiciaires sont lourds. Mais pour l’instant, rien ne dit que cette opération était nécessaire. Rien ne dit qu’elle était proportionnée. L’État a frappé fort. Trop fort ? La réponse viendra des tribunaux.

Le précédent de 2025 : quand le Conseil d’État avait dit non

Ce n’est pas la première fois que le Comité du 9-Mai est interdit. En 2025, le Conseil d’État avait déjà rejeté leur recours contre une interdiction préfectorale. Motif : « risques sérieux de troubles à l’ordre public ». Le même argument servait déjà. Mais en 2025, seuls 9 militants avaient été placés en garde à vue (comme mentionné dans notre dossier précédent). En 2026, le chiffre a plus que triplé : 32 gardes à vue. Pourquoi une telle escalade ? Les autorités invoquent la présence conjointe de l’ultradroite et de l’ultragauche. La peur d’affrontements. — Mais est-ce vraiment nouveau ? Depuis 1994, les tensions sont connues. L’État dispose de tous les moyens de surveillance. Alors pourquoi une rafle aussi massive ? Peut-être parce que la date est symbolique. Peut-être parce que le pouvoir veut montrer les muscles. Peut-être parce que la liberté de manifester, même pour des causes que l’on réprouve, est un droit fragile. Le dossier est loin d’être clos.

Sources

  • Franceinfo (transcript original)
  • Ouest-France : « 32 personnes placées en garde à vue après l'interdiction de la manifestation du Comité du 9-Mai à Paris »
  • Le Parisien : « Gants coqués, matraques télescopiques et couteaux saisis lors des interpellations du Comité du 9-Mai »
  • Le Figaro : « Participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations : les chefs d'accusation »
  • Wikipédia : « Comité du 9-Mai » (historique et création en 1994)

📰Source :youtube.com

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