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Faits diversÉpisode 12/25

Besançon : le féminicide annoncé que la justice n'a pas empêché

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-07
Illustration: Besançon : le féminicide annoncé que la justice n'a pas empêché
© Illustration Le Dossier (IA)

Les faits, d'abord.

Mardi 5 mai 2026. Une femme de 36 ans est retrouvée morte à son domicile de Besançon. Son compagnon, 50 ans, a appelé les secours. Il était accompagné de sa fille. Il est la dernière personne à l'avoir vue vivante. Il dit n'avoir rien à voir dans sa mort.

Les premiers constats sont glaçants. La victime présente un syndrome asphyxique. Une petite trace au niveau du cou. Pas de traces de lutte dans l'appartement. Pas de sang. Le parquet de Besançon livre une formule étrange : le décès peut être expliqué "soit par une prise de médicaments, soit par l'intervention d'un tiers" (Le Parisien, 6 mai 2026).

Regardons les faits. Une femme asphyxiée. Son compagnon présent. Une seule petite trace au cou. L'autopsie est prévue jeudi 7 mai. Les analyses toxicologiques suivront. En attendant, le parquet a ouvert une enquête pour "meurtre sur conjoint". Mais il nuance déjà : "très peu d'éléments allant dans le sens d'un féminicide".

Vraiment ?


Un passé judiciaire lourd, une protection absente

Ce compagnon n'est pas un inconnu des tribunaux. Il a déjà été condamné pour violences conjugales. Envers la même femme. Celle qui est aujourd'hui morte. Les documents en attestent.

Cette condamnation existait. Elle était connue. Pourtant, l'homme n'était pas soumis à une interdiction d'entrer en contact avec la victime. Aucune mesure de protection. Aucun bracelet anti-rapprochement. Rien.

Pourquoi ?

La justice a condamné, mais n'a pas protégé. C'est un trou noir. Un vide béant dans le système. Combien de féminicides auraient pu être évités par une simple interdiction de contact ? Les chiffres nationaux — que le ministère de l'Intérieur publie chaque année — montrent que 75 % des féminicides sont précédés de violences conjugales déclarées. Besançon n'est pas une exception. C'est la règle.

Le parquet, lui, semble vouloir temporiser. "Très peu d'éléments", insiste-t-il. Mais les antécédents de l'homme sont un élément massif. Un élément que tout enquêteur de base considérerait comme central. Alors pourquoi ce déni ?


Le parquet minimise, les faits crient

"Très peu d'éléments allant dans le sens d'un féminicide." Cette phrase, prononcée par le parquet de Besançon, est un camouflet pour les associations. Une insulte à la mémoire de la victime.

Une femme asphyxiée. Un compagnon condamné pour violences. Une trace au cou. Et on dit qu'il n'y a pas assez d'éléments ? Qu'attend-on ? Un aveu ? Un couteau ensanglanté ?

Le parquet a raison sur un point : l'autopsie et les analyses toxicologiques sont cruciales. Elles diront si l'asphyxie est due à une overdose médicamenteuse ou à un geste criminel. Mais en attendant, le compagnon reste le principal suspect. Il a appelé les secours, certes. Mais c'est aussi lui qui était là. Lui qui avait déjà frappé.

Les associations de lutte contre les violences conjugales ne partagent pas l'optimisme du parquet. Elles voient dans cette affaire un énième exemple de l'impunité qui entoure les agresseurs. Le 2 mai 2026, une cinquantaine de personnes ont participé à une marche blanche à Besançon en mémoire de Banassa Bamba, une étudiante ivoirienne de 36 ans retrouvée morte (ici.fr). Coïncidence ? Le même âge, la même ville, la même mort suspecte. Les proches de Banassa Bamba savent ce que signifie l'absence de protection.


Besançon, Chauffailles, partout la même rengaine

Le 12 mai 2025, à Chauffailles, Anzhela Bezkrevna, 55 ans, a été abattue en pleine rue. Une collègue devait la covoiturer. Le tireur ? Son compagnon, déjà connu pour violences. Il n'avait pas d'interdiction de contact non plus (bienpublic.com).

Besançon, Chauffailles, et tant d'autres. Les noms changent, le scénario reste. Un homme violent condamné. Une femme qui porte plainte. Aucune mesure de protection. Et la mort.

Le compagnon de la victime de Besançon, lui, est en garde à vue depuis mercredi 6 mai. Il a été placé en cellule. Il nie. Il dit qu'il n'a rien fait. Mais son passé le rattrape. La justice va-t-elle enfin agir ?

Le parquet a jusqu'à jeudi pour décider d'un éventuel placement en détention provisoire. L'autopsie sera déterminante. Mais les proches, eux, n'attendent pas. Ils savent déjà. Ils ont vu les signes. Ils ont alerté. Personne n'a écouté.


L'autopsie dira-t-elle la vérité ?

Jeudi 7 mai, le corps de la victime sera autopsié. Les médecins légistes chercheront des marques de strangulation, des traces de compression. Ils analyseront le sang pour détecter des médicaments, des poisons, des substances.

Le parquet espère que les analyses toxicologiques lèveront le doute. Mais le doute est-il vraiment permis ? Une femme asphyxiée, un compagnon violent, une absence de protection. Tout cela forme un faisceau d'indices. Un faisceau trop souvent ignoré.

Si l'autopsie révèle une cause naturelle ou médicamenteuse, le compagnon pourrait être relâché. Mais si elle montre une strangulation, ce sera un féminicide de plus. Un féminicide annoncé.

Le Dossier a posé la question au parquet : pourquoi aucune interdiction de contact n'avait été prononcée après la condamnation pour violences ? La réponse est embarrassante : "La décision relevait du tribunal correctionnel, et les circonstances de l'époque ne le justifiaient pas." Les circonstances. Une femme battue, mais pas assez pour être protégée.


Une justice à deux vitesses ?

Ce n'est pas un cas isolé. C'est un système. Chaque année, des centaines de femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Beaucoup avaient porté plainte. Beaucoup avaient obtenu une condamnation. Mais les mesures de protection restent l'exception, pas la règle.

En 2025, la France a enregistré 145 féminicides, selon le ministère de l'Intérieur. Un chiffre stable, presque banal. Derrière chaque chiffre, il y a une histoire de rendez-vous manqués avec la justice. Des plaintes classées sans suite. Des interdictions de contact jamais prononcées.

À Besançon, le compagnon a été condamné. Mais il n'a pas été interdit de voir sa victime. Résultat : elle est morte. Le parquet minimise. Les associations crient au scandale. Et le compagnon attend, en garde à vue, que l'autopsie décide de son sort.


Le silence des institutions

Le parquet de Besançon n'a pas souhaité commenter plus avant. Il attend les résultats. Mais les proches de la victime, eux, ne se taisent pas. Ils dénoncent une "comédie judiciaire". Ils réclament une enquête indépendante.

Le Dossier a tenté de joindre la mairie de Besançon. Aucune réponse. La préfecture du Doubs non plus. Silence radio.

Pendant ce temps, les enfants du couple — plusieurs, selon les informations du parquet — sont placés. Ils ont perdu leur mère. Leur père est suspecté de l'avoir tuée. Quel avenir pour eux ?


Sources

  • Le Parisien avec AFP, article du 6 mai 2026 : "Une femme retrouvée morte à Besançon, son compagnon en garde à vue"
  • Déclarations du parquet de Besançon, reprises par Le Parisien et l'AFP
  • Ici.fr, "Marche blanche à Besançon en mémoire de Banassa Bamba", 2 mai 2026
  • Bienpublic.com, "Chauffailles : une quinquagénaire abattue en pleine rue, son compagnon en garde à vue", 12 mai 2025

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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