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JusticeÉpisode 5/34

Lyhanna : le système de protection de l’enfance en accusation

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-09
Illustration: Lyhanna : le système de protection de l’enfance en accusation
© YouTube

Vingt heures. Place Vendôme. Des centaines de personnes se rassemblent devant le ministère de la Justice. Banderoles, bougies, silence. « Plus jamais ça » — c'était déjà écrit sur la banderole de la marche blanche à Fleurance, dans le Gers. 6 000 personnes ont accompagné la famille de Lyhanna ce jour-là. Lyhanna, 11 ans, a été tuée. Mais ce qui embrase le débat public, ce sont les dysfonctionnements qui l'ont précédée. Une plainte classée sans suite en 2022. Un signalement de l'Éducation nationale. Un courrier papier qui met treize jours à arriver entre deux tribunaux. Une demande de garde à vue jamais exécutée. Puis les excuses du garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Il a convoqué les 36 procureurs généraux pour « une mobilisation générale ». Objectif : réexaminer avant le 14 juillet 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineur en souffrance. Le ministre ne démissionne pas. L'opposition de gauche comme de droite réclame sa tête. Les magistrats, eux, se braquent. L'affaire est politique. Elle s'inscrit dans une série : le scandale du périscolaire parisien, l'affaire Bétharram.

« Tout était dans les mains des enquêteurs »

Lyhanna vivait dans le Gers. En 2022, une première plainte pour viol est déposée contre J. Barella. Classée sans suite. En 2021, il avait été licencié d'un lycée pour « comportements inappropriés » envers une lycéenne. En août 2025, une nouvelle plainte pour viol est déposée. « On a le contre-exemple », analyse D. Delseny, rédacteur en chef adjoint au Parisien. « Une victime qui raconte, qui détaille, qui a le courage de déposer plainte avec le soutien de sa famille. » Et pourtant. Le dossier est d'abord déposé au parquet de Toulouse. Il faut quatre mois pour qu'on le transfère à Auch. Le système judiciaire français est écrit, formaliste, papier. Le dossier est mis dans une enveloppe kraft. Treize jours de trajet postal entre Toulouse et Auch. « On ne traite pas d'une affaire lambda. C'est une procédure de viol contre un enfant », insiste Delseny. Une fois arrivé à Auch, le parquet ordonne une enquête confiée à la gendarmerie. Il demande un placement en garde à vue. Cette demande n'est jamais exécutée. Le parquet d'Auch, en 2023, ne comptait plus de magistrats titulaires. La brigade territoriale n'avait qu'un seul dossier criminel : celui-ci. « Quasiment tous les maillons ont été défaillants », résume Delseny. Le 7 juin 2026, on place le frère de J. Barella en garde à vue, soupçonné de viols sur mineur entre 2007 et 2017, selon un communiqué de la procureur d'Auch.

78 animateurs suspendus à Paris : le scandale du périscolaire

La mort de Lyhanna n'est pas un accident isolé. Dans 84 écoles de la capitale, des animateurs ont été signalés. Résultat : 78 animateurs suspendus. Parmi eux, 31 pour violences sexuelles. Un test journalistique a montré qu'un faux CV d'animateur — sans aucune vérification — avait été accepté en quinze jours pour surveiller des enfants. « C'est insupportable pour les Français », commente S. Quéméner, rédactrice en chef à La Tribune Dimanche. « On est en 2026, neuf ans après #MeToo, et on découvre que personne ne vérifie l'honorabilité des personnes au contact des enfants. » Sur le terrain, les moyens manquent. Les magistrats le répètent : 3 procureurs pour 100 000 habitants, quatre fois moins que la moyenne européenne. Selon le ministère de la Justice, près de 3 millions de plaintes, tous faits confondus, sont en attente de traitement dans les commissariats et gendarmeries.

Bétharram : l'onde de choc jusqu'à l'Assemblée

L'affaire Bétharram — violences historiques dans un établissement catholique — a conduit à une loi adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Une commission d'enquête parlementaire a auditionné des victimes, des anciens gendarmes, une professeure qui avait tenté d'alerter. Parmi les mesures : un contrôle obligatoire de l'honorabilité pour tous les intervenants au contact des enfants.

70 000 dossiers : mission impossible ?

Gérald Darmanin a lancé une opération de rattrapage. « Pour le 14 juillet au plus tard, je demande aux procureurs généraux de faire un état des lieux avec l'ensemble des parquets et les services enquêteurs », a-t-il déclaré. « C'est l'urgence absolue. » Mais le chiffre de 70 000 plaintes en attente provoque un choc. « Pas un Français ne croit qu'on peut les examiner d'ici le 14 juillet », tranche M. Szafran, directeur de la publication de Challenges. Darmanin a présenté ses excuses au nom de l'institution judiciaire — une première depuis Pascal Clément en 2005, après le fiasco d'Outreau. Il promet des sanctions, mais refuse de démissionner. « Je ne veux entendre aucun argument de moyens », a répondu Emmanuel Macron. « C'est une question de réponse, de fermeté. » La pression monte. Des rassemblements sont prévus devant les tribunaux. Mathilde Panot (LFI) appelle à la démission du garde des Sceaux : « Il se défausse sur les juges. » François-Xavier Bellamy (LR) réclame un « changement profond ». Dominique de Villepin propose un parquet spécialisé pour les violences faites aux femmes et aux enfants. Les magistrats refusent d'être les boucs émissaires. « On a des urgences encore plus urgentes que des faits très graves et urgents », confie l'un d'eux dans l'émission.

« Cette défaillance ne tient pas à mes instructions »

Darmanin tente un double jeu : reconnaître l'échec sans assumer la responsabilité directe. « Cette défaillance ne tient pas à mes instructions », a-t-il affirmé, pointant les dysfonctionnements locaux. Mais la circulaire de 2025 était claire : les affaires d'enfants devaient être prioritaires. Or, dans le Gers, elle n'a pas été appliquée. « On a une procédure écrite très lourde », explique Delseny. « Même pour des dossiers bénins, vous vous retrouvez avec un tas de papiers. C'est la porte ouverte à toutes les erreurs. » Le dossier est resté dans une enveloppe kraft.

La colère légitime

« C'est un scandale d'État », répète M. Szafran. « Tous les gens que j'ai vus ce week-end, dans tous les milieux, se sentent impliqués. » Les Français ne comprennent plus comment, en 2026, un courrier papier peut mettre 13 jours à arriver. « Pour les Français, c'est incompréhensible », soupire Delahousse. Les magistrats, eux, se disent tristes. « La justice est en colère, mais aussi blessée », résume Delahousse. Pourtant, la colère est légitime, tranche Szafran. « Si on refait le fil, la colère est légitime. » L'enquête continue.

Sources

  • Le Parisien (D. Delseny)
  • Challenges (M. Szafran)
  • La Tribune Dimanche (S. Quéméner)
  • C dans l'air (France 5, 9 juin 2026)
  • Communiqué de la procureur d'Auch
  • Circulaire de politique pénale de Gérald Darmanin (2025)

📰Source :youtube.com

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