LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 2/1

EXCLUSIF - Protection de l'enfance en France : violences, masculinisme et manque de ressources

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-04
Illustration: EXCLUSIF - Protection de l'enfance en France : violences, masculinisme et manque de ressources
© YouTube

Les violences intrafamiliales : un fléau en pleine expansion

"C’est une libération de la parole." Éric Delemar ne mâche pas ses mots. Les violences intrafamiliales ont explosé pendant la crise du Covid. Les écoles fermées, les enfants enfermés, les tensions exacerbées. Une étude du ministère de l’Intérieur prévoit une hausse significative pour 2025.

Les chiffres sont alarmants. En 2021, les services de pédiatrie et de pédopsychiatrie ont enregistré un pic de mal-être. "Les enfants ont très mal vécu", rappelle Delemar. Les interactions sociales, essentielles à leur développement, ont été réduites à néant. Les tablettes et les écrans ne suffisent pas. Les enfants ont besoin de leurs pairs, de leurs proches, de leur environnement.

Mais le problème ne date pas d’hier. Les violences intrafamiliales sont une réalité ancienne, souvent dissimulée. Les enfants, victimes silencieuses, peinent à se faire entendre. "Il faut entre 6 mois et 2 ans pour obtenir une consultation dans un centre médico-psychologique", déplore Delemar. Les ressources manquent. Les professionnels aussi. Les écoles primaires ne disposent pas d’infirmières scolaires. Les médecins scolaires sont une denrée rare.

Et pourtant, les enfants parlent. Ils témoignent. Ils racontent leurs souffrances. Mais leur parole est souvent ignorée, minimisée, voire banalisée. "Les enfants de 4 ou 5 ans sont capables de dire : 'Oui, papa frappe maman'", insiste Delemar. Mais encore faut-il les écouter.

Le retour inquiétant du masculinisme

"Une bonne claque n’a jamais fait de mal à personne." Cette phrase, prononcée sans vergogne, illustre un phénomène plus large : le retour du masculinisme. Sur les réseaux sociaux, dans les médias, dans les discours publics, les violences éducatives sont justifiées, voire glorifiées.

"Qui dirait aujourd’hui qu’il faut frapper un chien ou un chat pour l’éduquer ?", s’indigne Delemar. Personne. Et pourtant, les enfants, eux, sont encore considérés comme des objets, des possessions, des êtres sans voix. Cette banalisation des violences est d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans un contexte global de remise en cause des droits fondamentaux.

Le masculinisme, porté par des figures médiatiques et politiques, justifie les violences envers les femmes et les enfants. Il légitime une forme de domination patriarcale, déjà en perte de vitesse à la fin du XXe siècle. "Nous assistons à une période de régression", constate Delemar. Les droits de l’enfant, les libertés individuelles, l’indépendance de la justice sont menacés.

Et les conséquences sont désastreuses. Les enfants, déjà vulnérables, sont encore plus exposés. Leur parole est discréditée, leurs droits sont bafoués, leur sécurité est compromise. "On leur met une pression incroyable", dénonce Delemar. Ils doivent être autonomes, performants, conformes aux attentes des adultes. Mais qui les protège ?

Le manque criant de ressources

"On est obsolète." Ce constat, brutal, résume la situation de la protection de l’enfance en France. Les ressources manquent. Les professionnels sont débordés. Les politiques publiques sont insuffisantes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, 165 011 réclamations ont été enregistrées. Une hausse de 17 % par rapport à 2024. Les enfants en situation de handicap, victimes de harcèlement scolaire ou en danger ne sont pas pris en charge. "L’école fait ce qu’elle peut", concède Delemar. Mais ce n’est pas assez.

Les établissements d’accueil inconditionnel, comme ceux où Delemar a travaillé, sont souvent les derniers remparts. Ils accueillent les enfants en urgence, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. "Ils arrivent avec les vêtements qu’ils ont sur le dos", raconte-t-il. Pas de carte vitale. Pas de carnet de santé. Rien. Juste la peur et l’insécurité.

Mais ces structures ne suffisent pas. Les enfants ont besoin de continuité. De suivi. De soins. Or, les politiques publiques sont fragmentées. Les départements, chefs de file de la protection de l’enfance, sont souvent démunis. Les budgets sont insuffisants. Les moyens manquent.

La parole des enfants : un enjeu majeur

"Prendre leurs paroles au sérieux." C’est le credo d’Éric Delemar. Les enfants doivent être écoutés. Leur parole, souvent minimisée, doit être prise en compte. "Les enfants de 8 ou 9 ans sont capables de dire des choses", insiste-t-il. Ils témoignent. Ils racontent leurs souffrances. Mais encore faut-il les écouter.

Les professionnels sont souvent mal formés. Les parents aussi. "Prendre la parole, c’est prendre le risque de se mettre à dos un parent", explique Delemar. Les enfants, tiraillés entre leurs deux parents, craignent les représailles. Ils se taisent. Ils souffrent en silence.

Et pourtant, leur parole est essentielle. Elle permet de déceler les violences, les abus, les négligences. Elle doit être prise en compte, même lorsqu’elle ne débouche pas sur des poursuites pénales. "Si un enfant dit quelque chose, c’est qu’il y a quelque chose", martèle Delemar. Il faut l’accompagner. Le soutenir. Le protéger.

Mais les moyens manquent. Les délais sont longs. Les enfants attendent des mois, parfois des années, avant d’être entendus. Et lorsqu’ils parlent, leur parole est souvent discréditée. "Les enfants ne sont pas discernants", entend-on souvent. Et pourtant, ils savent. Ils comprennent. Ils témoignent.

Quelle politique pour l’enfance ?

"Plutôt que de s’occuper des élections prochaines, il faudrait s’occuper des générations suivantes." Ce message, porté par Éric Delemar, résume l’enjeu. Les enfants sont l’avenir. Mais ils sont souvent négligés. Les politiques publiques sont insuffisantes. Les moyens manquent.

Les recommandations du Défenseur des enfants sont claires. Il faut renforcer les ressources. Former les professionnels. Prendre en compte la parole des enfants. Mais les solutions ne sont pas simples. Les budgets sont limités. Les priorités politiques sont ailleurs.

Et pourtant, les enfants attendent. Ils ont besoin de sécurité. De protection. De soins. Ils ont besoin qu’on les écoute. Qu’on les prenne au sérieux. Qu’on les protège.

"Des vraies politiques à l’endroit de l’enfance", conclut Delemar. C’est son rêve. Un rêve qui semble, pour l’instant, hors de portée. Mais qui doit rester une priorité. Pour les enfants d’aujourd’hui. Pour les adultes de demain.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet