Affaire Liana : le plus haut magistrat admet un « échec » de la justice

« C'est un échec »
Rémy Heitz ne cherche pas d'excuses. Le président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) — la plus haute autorité judiciaire du pays — a accordé une interview à une chaîne d'information. Il parle. Il ne tourne pas autour du pot.
« Je voudrais dire tout d'abord que nous sommes tous meurtris, nous sommes bouleversés au plan personnel, professionnel bien sûr par cette affaire absolument tragique », déclare-t-il. Puis il ajoute : « Je pense oui pouvoir le dire parce que nous devons la vérité à la famille de Liana, nous devons la vérité aux français, je crois pouvoir le dire, c'est un échec. »
Un mot. Un seul. Mais il pèse lourd.
« C'est un échec et cette procédure, elle n'aurait pas dû connaître le traitement qu'elle a connu », insiste-t-il. « C'est donc un échec. »
Pourquoi ce mot ? Parce que les faits sont accablants. Liana, 10 ans, porte plainte pour viol en août 2025. Elle donne le nom de son agresseur. Le dossier médical est formel : il mentionne des lésions. Et pourtant. Pendant neuf mois, personne n'entend le suspect. Personne ne le convoque. Personne ne l'interroge.
Comment est-ce possible ?
Une chaîne de dysfonctionnements
Rémy Heitz le dit lui-même : « Une telle catastrophe n'arrive souvent qu'après toute une série de dysfonctionnements. » Il énumère : « Il y a la montagne, il y a la Vallée, il y a le problème des signalements, il y a le problème sûrement de l'intervention judiciaire et puis il y a aussi la question des services enquêteurs. »
La chronologie est glaçante. Le parquet de Toulouse met un temps anormalement long pour transférer le dossier au parquet d'Auch. Une fois le dossier arrivé à Auch, le parquet local met encore deux mois pour ordonner une convocation. Deux mois pour dire aux gendarmes : « Il faut convoquer cet homme au minimum, il faut l'entendre. »
Neuf mois au total. Le suspect reste libre. L'enfant attend.
« Comment est-ce possible qu'une petite fille de 10 ans porte plainte pour viol ? Qu'elle donne le nom de celui qui l'a agressé ? que le rapport que le dossier est accablant, qu'il y a un dossier médical qui est aussi accablant, qui parle de lésion et que l'homme ne soit pas entendu pendant 9 mois », s'interroge le journaliste.
Rémy Heitz répond : « Non, nous ne sommes pas dans le déni et je pense très clairement encore une fois que cette procédure n'a pas suivi le cours normal. »
Des excuses au nom de l'institution
Gérald Darmanin, garde des Sceaux, a réuni les procureurs généraux place Vendôme. Il a qualifié l'affaire Liana de « terrible échec de la justice ». Il a parlé de « dysfonctionnement extrêmement grave ». Et il s'est excusé auprès de la famille de Liana au nom de l'institution judiciaire.
Le journaliste interroge Rémy Heitz : « Qu'est-ce que vous plus haut magistrat de France dites ce soir à la famille de Liana ? Est-ce que vous aussi vous présentez vot vos excuses ? »
La réponse est claire : « Le garde des saut, monsieur Darmanin, s'est excusé au nom de toute l'institution. Je souscris à cette démarche et je tiens vraiment à exprimer à la famille de Liyana toute notre compassion et lui dire vraiment que ce qui est arrivé, le terrible malheur qui est arrivé et bien doit collectivement nous servir à en tirer les leçons pour que plus jamais un tel drame n'arrive. »
Le plus haut magistrat de France souscrit donc aux excuses. Il ne se dérobe pas. Il ne minimise pas.
Des manifestations devant les tribunaux
Ce soir, des milliers de Français manifestent devant les tribunaux partout en France. Ils dénoncent les dysfonctionnements de la justice. Ils disent que la parole des victimes — et surtout celle des enfants — n'est pas entendue.
Le journaliste interpelle Rémy Heitz : « Mais c'est ces milliers de Français qui manifestent ce soir devant les tribunaux, ils disent qu'il y a au-delà de l'affaire Liana un problème parfois dans la justice qui n'entend pas la parole des victimes et encore moins celle des enfants. »
Le président du CSM répond : « Je crois que nous devons remettre à plat nos façons de procéder. » Il ajoute : « Je crois que au-delà du travail d'inventaire qui a été annoncé par le garde des SAAU sur les 70000 plaintes, il faut absolument que nous regardions comment nous travaillons. »
Il insiste sur la nécessité de « tout mettre à plat pour que plus jamais plus jamais une telle affaire ne survienne. »
Une mission d'inspection en cours
Gérald Darmanin a ordonné une mission d'inspection. Les inspecteurs ont 15 jours pour remettre leur rapport. Ils doivent analyser toute la chaîne : les signalements, l'intervention judiciaire, les services enquêteurs.
Rémy Heitz précise : « Il faut bien les identifier puisque c'est une chaîne, vous savez, une telle catastrophe n'arrive souvent qu'après toute une série de dysfonctionnements. »
Le journaliste demande si les gendarmes sont aussi en cause. « Vous parlez des dysfonctionnements éventuels de la justice, on va le savoir. Le rapport d'inspection arrive dans 15 jours. parler aussi des dysfonctionnements d'un autre service public, des enquêteurs, des gendarmes. Là aussi, est-ce que vous dites ce soir qu'il y a aussi eu un dysfonctionnement de ce côté-là et que vous avez peut-être le sentiment que c'est la justice qui prend cher ? »
Rémy Heitz reste prudent : « Non, mais moi je ne peux pas me prononcer tant que les rapports d'enquête n'ont pas été rendus. »
Des sanctions possibles
Gérald Darmanin a évoqué des sanctions. Elles pourraient aller du blâme à la révocation de magistrats. Le journaliste demande à Rémy Heitz : « Vous n'aurez pas la main qui tremble. à ce moment-là, il faut qu'il y ait des sanctions. »
Le président du CSM répond : « S'il y a eu des dysfonctionnements, les procédures seront respectées. Nous avons encore une fois un organe compétent pour cela. Il faut faire confiance. »
Il défend aussi la magistrature. « Quand j'entends dire que les magistrats sont irresponsables, ce n'est pas vrai », affirme-t-il. « S'il y a bien un sujet sur lesquels les magistrats ne font preuve ni de légèreté ni d'involture, ce sont les affaires qui concernent des enfants victimes. »
Il cite des chiffres : « Nous avons un conseil supérieur de la magistrature que je préside qui durant les 10 dernières années a prononcé 51 sanctions dont un/ers ont conduite à l'exclusion du magistrat. »
La question des moyens
Le journaliste évoque un sujet sensible. Emmanuel Macron a dit : « Ne me parlez pas de moyens » dans l'affaire Liana. Le journaliste demande : « Est-ce que vous l'entendez ça dans l'ensemble voyez comme la justice a quand même du mal à traiter ce flux ininterrompu pour certaines d'ailleurs sont dans les services d'enquête et dont elle n'a même pas encore connaissance. »
Rémy Heitz ne répond pas directement sur les moyens. Il parle de la mobilisation des magistrats. « Ils sont pleinement engagés mais il faut qu'ils travailléré et la confiance et que chacun véritablement est un discours responsable à cet égard. »
Un engagement pour l'avenir
Le plus haut magistrat de France conclut sur une note d'espoir. « Nous ne sommes pas dans le déni », répète-t-il. « Travaillons avec vraiment l'idée de l'avenir et de faire mieux pour l'ensemble de nos concitoyens et qu'il n'y ait plus d'autres Liana. »
Le journaliste le remercie : « C'était important d'entendre aussi la voix une grande voix de la justice et le plus haut magistrat de France dans cette affaire alors que effectivement les magistrats sont mis en accusation ce soir et on le voit dans ces manifestations qui continuent place Vandô devant les tribunaux partout en France. »
L'enquête continue. Le rapport d'inspection est attendu dans 15 jours. Les sanctions pourraient tomber. Mais une question demeure : comment une fillette de 10 ans a-t-elle pu attendre 9 mois pour que la justice daigne entendre son agresseur ?
Une date. Un virement. Une question.
Neuf mois. C'est long. Trop long pour une enfant qui attend qu'on la croie.
Sources : Interview de Rémy Heitz, président du Conseil supérieur de la magistrature, diffusée sur une chaîne d'information française. Déclarations de Gérald Darmanin, garde des Sceaux, lors d'une réunion place Vendôme.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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