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SociétéÉpisode 41/18

Andréa Bescond en garde à vue : l'État accusé de défaillance dans l'affaire Liana

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Andréa Bescond en garde à vue : l'État accusé de défaillance dans l'affaire Liana
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Une garde à vue qui interroge

Les images sont nettes. On voit Andréa Bescond, entourée de manifestants, face à des policiers en boucliers. Il est 21h30, lundi. Le rassemblement, pourtant pacifique, a été interdit en fin de journée par la préfecture de Paris. La presse révèle des sources policières selon lesquelles l'actrice est placée en garde à vue pour « attroupement après sommation de dispersion, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion ». Elle aurait, selon ces sources, « poussé et frappé à plusieurs reprises des policiers ».

Andréa Bescond raconte une tout autre version. « On n'a pas compris cette agressivité », dit-elle. « Depuis deux heures, il y avait quelque chose d'extrêmement humain et de très beau dans ce rassemblement. » Elle décrit une sommation « hyper discrète », que personne n'a entendue. « On a tourné la tête, on s'est retrouvé face à des boucliers qui nous poussaient. Des gens tombaient. On a poussé à notre tour. »

La procureure de la République a vu les images. Dès le lendemain, elle classe sans suite toutes les poursuites. Le parquet communique : « Les poursuites ne paraissent pas proportionnées. » Une décision rare, presque un aveu. « C'est dingue ça », commente Andréa Bescond. « On a tellement l'impression de se battre. »

La cheffe du commissariat où elle a été détenue toute la nuit était, selon elle, « à bazourdi » de ce qui lui était arrivé. « Je n'ai jamais été violente, je n'ai jamais frappé qui que ce soit », insiste-t-elle. « On voit ce policier qui arrive sur moi, je le repousse. »

L'affaire Liana, symbole d'un système à bout

Liana avait 11 ans. Tuée par un pédocriminel récidiviste. Un homme qui aurait dû être surveillé, signalé, incarcéré. Il ne l'était pas. Le 14 février, la mère de Liana avait alerté les gendarmes : « Vous rendez compte, le type que j'ai dénoncé est toujours sur Facebook et vous ne faites rien ? » Ils n'ont rien fait.

Ce n'est pas un cas isolé. Les chiffres sont accablants. 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France. 80% de classements sans suite. Un enfant meurt sous les coups de ses parents tous les cinq jours. Les forces de l'ordre ont enregistré 67 000 victimes en 2023, contre 57 000 l'année précédente (source : franceinfo.fr). La courbe monte. La réponse judiciaire, elle, stagne.

Andréa Bescond refuse le mot « dysfonctionnement ». « C'est un fonctionnement », corrige-t-elle. « Il y a un problème général tout le temps. Des histoires comme celles de Liana, il y en a tout le temps. » Elle pointe un manque chronique de moyens. « Il y a eu plus d'argent, mais très peu. Des miettes par rapport aux besoins. »

Le rapport 2024 de la Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPEJ) confirme : la France consacre 77,2 euros par habitant et par an à son système judiciaire. Contre 96,8 euros en Espagne, 100,6 euros en Italie, 102,5 euros en Belgique et 136,1 euros en Allemagne (source : lecourrierdesstrateges.fr). La France est lanterne rouge de l'Europe de l'Ouest.

Le modèle espagnol, une piste crédible ?

Andréa Bescond cite régulièrement le modèle espagnol. Qu'a-t-il de si différent ? Il travaille sur la prévention, pas seulement sur la répression. « Travailler dès le début sur la prévention, l'égalité des genres, l'accompagnement des victimes », explique-t-elle. Le coût ? Entre 2,5 et 3 milliards d'euros par an pour la France, selon elle.

Un investissement, pas une dépense. Les conséquences post-traumatiques des violences sexuelles — dépressions, addictions, suicides — coûtent 10 milliards d'euros par an à la société française. « Si on attaque tout de suite à la base, si on s'attaque à la culture du viol, du patriarcat, de la domination masculine et surtout de la culture de l'inceste », dit-elle, « on économise. »

Le modèle espagnol a fait ses preuves. Des tribunaux spécialisés, des juges formés, des délais réduits. Une politique de prévention dans les écoles dès le plus jeune âge. En France, rien de tel. « La justice ne priorise ni les investigations ni la protection des enfants », écrivait Libération en mars 2026.

La loi intégrale, espoir ou mirage ?

Une loi intégrale pour la protection de l'enfance est en discussion. Elle est multipartisane, soutenue par le gouvernement. Andréa Bescond y croit. « C'est la première fois qu'il y a un tel mouvement populaire pour l'enfance », dit-elle. « Liana, c'est vraiment une icône malgré elle. C'est l'injustice de trop. »

Mais Gérald Darmanin, le Garde des Sceaux, critique cette loi. « Ne faisons pas croire aux Français que dans le cas précis de la petite Liana, c'est une nouvelle loi qui aurait empêché le drame », a-t-il déclaré. Andréa Bescond s'insurge : « Il se trompe. Évidemment que des lois et des budgets auraient pu empêcher Liana d'être tuée par un pédocriminel qui aurait dû être surveillé par la police ou incarcéré. »

Elle l'a invité à la représentation des Chatouilles aux Folies Bergère, la veille de l'interview. Il n'est pas venu. « Je savais qu'il viendrait pas », dit-elle. « S'il se confrontait à nous, ça fait des années qu'on travaille jour et nuit sur le sujet. Et on travaille gratuitement. » Les recettes du spectacle ont été reversées à la Fondation des Femmes.

Darmanin lui a écrit une fois, sur un post noir où elle l'avait désigné. « Il m'a dit 'quand même vous y allez fort' », raconte-t-elle. « Depuis la garde à vue, plus rien. »

La procureure jetée en pâture

Un autre acteur de cette affaire paie un lourd tribut. La procureure de la République a été « jetée en pâture », selon Andréa Bescond. Elle reçoit des menaces de mort. « Ce n'est pas de sa faute », insiste l'actrice. « Ils ont des dossiers jusque-là. Comment vous voulez faire ? »

Les rapports administratifs attendus pour le 19 juin devraient pointer des défaillances individuelles. Andréa Bescond craint que cela ne serve de paravent. « Ça serait une manière de s'échapper », dit-elle. « C'est vraiment l'État qui est responsable aujourd'hui. »

Elle refuse les sanctions individuelles. « Vous seriez choqué s'il y avait des sanctions individuelles ? », lui demande le journaliste. « Oui, très », répond-elle. « C'est eux qui sont responsables ? Non. C'est l'État. »

Patrick Bruel, une autre affaire qui secoue

La même semaine, l'affaire Patrick Bruel éclate. Trente femmes témoignent. Des plaintes avaient déjà été déposées il y a plusieurs années, classées sans suite. Aujourd'hui, le chanteur est mis en examen. Pas de détention provisoire. Andréa Bescond le regrette à demi-mot : « J'aurais trouvé ça un peu légitime. Mais elle est mise en examen, c'est important. »

Elle salue le courage des femmes qui ont témoigné. « Merci à toutes ces femmes. Merci pour leur force. C'est toute cette sororité. » Mais elle voit aussi les réactions sur les réseaux sociaux. « Beaucoup de personnes qui le suivent, qui le défendent. C'est encore un gros travail sur la culture à mener. »

Un mouvement populaire inédit

Tous les lundis à 19h, des rassemblements ont lieu devant les tribunaux de France. À Paris, c'est place Vendôme, devant le ministère de la Justice. Andréa Bescond y sera. « On va crier très fort », promet-elle. « C'est que le début de nos cris. »

Elle a la voix cassée. Beaucoup de gens ont la voix cassée, dit-elle. « D'ailleurs, monsieur Darmanin, il paraît qu'il a la voix cassée. Mais lui, c'est pas pour crier du coup. » Une pique, mais un constat : le Garde des Sceaux n'est pas venu manifester avec eux.

Le mouvement est inédit par son ampleur. Des collectifs, des associations, des citoyens ordinaires. « On se bat pour que nos enfants arrêtent d'être violés par des pédocriminels récidivistes, arrêtent d'être tués », dit Andréa Bescond. « On a quasiment tous été violés dans l'enfance par des récidivistes. Ce n'est juste pas possible. »

Le poids du passé

Andréa Bescond a déjà connu cette euphorie. En 2020, elle fait la une du magazine L sur la pédocriminalité. Puis Camille Kouchner publie La Familia grande. Le mouvement #MeTooInceste déferle. La loi Billon est votée. « On se dit 'C'est merveilleux, il y a un mouvement' », se souvient-elle. « Et puis ça cesse. On se dit 'Ça y est'. Puis il y a la loi Billon. Puis il y a pas de budget. »

Aujourd'hui, elle est plus lucide. « J'ai traversé des moments sombres où j'ai vraiment perdu tout espoir en la nature humaine », confie-t-elle. « Ça a été très violent. » Elle parle de son discours aux César, en 2020. « J'étais encore dans une utopie. »

Elle a changé. Elle a arrêté l'alcool, fait du sport tous les jours. « Je suis beaucoup plus structurée mentalement », dit-elle. « J'ai envie de mener ce combat. C'est un choix de vie. »

Brigitte Macron, une relation distendue

Andréa Bescond avait des liens avec Brigitte Macron. « On s'est parlé au moment où elle m'a dit 'Bon, tu es un peu dur avec mon mari' », raconte-t-elle. « J'ai dit 'C'est que le début'. » C'était en 2021. Depuis, plus rien. « Au moment des César non plus, elle m'a pas contactée. Je crois que mon numéro est bloqué. »

Une rupture nette. L'actrice ne mâche pas ses mots sur le président. « On va crier très fort, monsieur le président », lance-t-elle. « Vraiment, c'est que le début de nos cris. »

Le coût de l'inaction

Les chiffres donnent le vertige. 10 milliards d'euros par an, c'est le coût des conséquences post-traumatiques des violences sexuelles. 160 000 enfants victimes chaque année. 80% de classements sans suite. Un enfant mort tous les cinq jours sous les coups de ses parents.

Andréa Bescond le répète : investir dans la prévention, c'est économiser. « Si on attaque tout de suite à la base, on économise 10 milliards d'euros par an. » Le modèle espagnol coûterait entre 2,5 et 3 milliards. Un investissement rentable, humainement et financièrement.

Mais le gouvernement tarde. Gérald Darmanin critique la loi intégrale. Les rapports administratifs du 19 juin pointeront peut-être des défaillances individuelles. Andréa Bescond craint que cela ne serve à masquer le vrai problème : le manque de moyens.

Un appel à la mobilisation

« Rendez-vous à 19h tous les lundis », répète Andréa Bescond. « Devant tous les tribunaux de France. Et quand tu es à Paris, tu viens devant le ministère de la Justice. De manière pacifique, évidemment. Mais pour nos enfants. On a besoin de protéger nos enfants. »

Elle reprendra peut-être la tournée des Chatouilles. « Je pense que je vais entamer une tournée militante », dit-elle. « J'ai adoré jouer hier pour qu'on ait des fonds, pour qu'on puisse s'organiser dans des vraies actions populaires. »

Le film est disponible sur les plateformes. Le spectacle, elle le décrit comme « un ring de boxe mais aussi une récréation ». « On rit beaucoup. Il y a tellement d'amour et tellement de force. »

La question qui reste

L'affaire Liana a mis au jour une défaillance systémique. Le ministre Barrot a admis une « défaillance majeure » de l'État. Emmanuel Macron a dénoncé des « défaillances inacceptables ». Le plus haut magistrat a reconnu un « échec ». Gérald Darmanin a parlé d'un « défaut de priorisation ».

Mais les mots suffisent-ils ? Andréa Bescond ne le croit pas. « On ne change rien avec des cris, on ne change rien avec l'inaction, on ne change rien avec le silence », dit-elle. « On va crier très fort. »

La petite Liana est morte. D'autres enfants mourront si rien ne change. « Demain, si on ne fait rien, il y en aura d'autres, comme il y en a eu avant elle », prévient Andréa Bescond. « La petite Rose en 2022, tuée par un garçon de 16 ans qui avait eu trois ans de prison en 2022 pour avoir violé trois petits garçons. Il aurait dû être surveillé. Il aurait dû être en prison. »

Voilà où ça se complique. Les mots ne suffisent pas. Les budgets non plus, s'ils ne sont pas accompagnés d'une volonté politique. Andréa Bescond continue de se battre. « On va crier très fort, monsieur le président. Vraiment, c'est que le début de nos cris. »

Sources

  • Interview d'Andréa Bescond (plateau télévisé, juin 2026)
  • 20minutes.fr — « douze heures de détention arbitraire »
  • Libération — « La justice ne priorise ni les investigations ni la protection des enfants »
  • Ouest-F

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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