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SociétéÉpisode 6/18

Liana, Alexandro : la justice française face à ses failles systémiques

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Liana, Alexandro : la justice française face à ses failles systémiques
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Une onde de choc nommée Liana

Le meurtre de Liana, dans le Gers, a fait basculer l'opinion.

Ses obsèques ont eu lieu cet après-midi à Florence. Marche blanche. Manifestations devant les tribunaux. 60 000 Français ont défilé lundi pour dénoncer les manquements judiciaires. Selon un sondage publié dans Le Figaro, 91 % des personnes interrogées estiment les délais de justice trop lents, 89 % jugent les services de justice locaux responsables, 83 % considèrent que la justice ne fonctionne pas bien.

« Beaucoup de colère que ça puisse arriver encore », résume une manifestante. « Ça fait des années qu'il y a des enfants qui souffrent dans le silence. »

Selon le rapport CIVISE de 2023, 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France.

« Je te crois, je te protège » – le désastre des promesses non tenues

  1. La France vote une loi historique : « Je te crois, je te protège ». Elle inverse le seuil d'âge du non-consentement.

Mais depuis, qu'a-t-on fait ? Peu de chose, selon la députée Isabelle Santiago, vice-présidente de la délégation aux droits des enfants : « Il est inacceptable qu'en 2021 on a fait des avancées, qu'en 2023 la CIVISE a rendu ses 82 recommandations, et qu'à part le retrait de l'autorité parentale, on n'a pas fait de réforme systémique. »

Karine Lebont, députée de la Réunion, a déclaré : « J'étais particulièrement en colère. On a cette succession de drames. À chaque fois, un émoi immense. Mais quand la vague redescend, il n'y a pas de transformation du système. »

Le gouvernement a demandé aux procureurs généraux de revoir l'intégralité des 70 000 plaintes pour viol et agression sexuelle sur mineur. « C'est une question de confiance dans l'autorité judiciaire », a-t-il plaidé.

Gwen et Alexandro : quatre ans d'attente, une tentative de suicide

Gwen, maman d'Alexandro, témoigne. En décembre (année non précisée), elle dépose plainte pour viol sur son fils. L'agresseur présumé ? Son propre frère. Les gendarmes débarquent chez elle, prennent des photos de toutes les pièces, auditionnent l'enfant et les parents. Mais l'agresseur, lui, reste libre.

La première audition du suspect n'a lieu que neuf mois après la plainte. L'agresseur a passé un an en détention provisoire, puis est sorti avec une ordonnance d'éloignement — qui ne couvre pas l'école. Alexandro refuse d'y aller.

En décembre dernier, l'enfant a tenté de mettre fin à ses jours.

« C'est ça le plus rageant », commente Martine Brousse, présidente de La Voix de l'Enfant. « On demande la loi intégrale, c'est pour placer la victime au cœur de la chaîne. »

Émilie, Colombes et l'interrogatoire de 90 enfants

Émilie raconte les attouchements subis par son fils à l'école périscolaire de Colombes. La mairie a tardé à signaler les faits au procureur. Ensuite, la brigade des mineurs a interrogé 90 enfants âgés de 3 à 5 ans, sans protocole, sans enregistrement.

UAPED : une solution à bout de souffle

Les Unités d'Accueil Pédiatrique Enfants en Danger (UAPED) sont des lieux pluridisciplinaires où pédiatres, psychologues et enquêteurs recueillent la parole de l'enfant dans un cadre adapté. Une audition y dure en moyenne 40 minutes. Dans les commissariats ou les gendarmeries, elle peut s'étirer de une à cinq heures.

« On a des enfants de 5 ou 6 ans auditionnés pendant 3 ou 4 heures. Ce n'est pas normal », dénonce Martine Brousse.

Seules 150 UAPED existent en France. Emmanuel Macron a inauguré une nouvelle unité à l'hôpital Robert Debré. Les chiens d'assistance émotionnelle, comme Rétro présent sur le plateau, aident à apaiser les enfants pendant les auditions.

Fichiers fantômes : le Moyen Âge numérique

Le fichier TAJ recense les plaintes par victime, pas par auteur. Le FIJESS ne concerne que les personnes condamnées. Résultat : un même agresseur peut passer entre les mailles.

« Les fichiers ne sont pas interopérables », insiste Stanislas Godon, délégué national du syndicat Alliance Police.

Le député Antoine Vermoral propose de créer un fichier national des agresseurs sexuels (fiche AS), sur le modèle des fiches S.

Isabelle Santiago appelle à un décloisonnement total — justice, police, gendarmerie, éducation nationale, santé.

La loi intégrale : un espoir, mais à quel prix ?

114 députés ont signé une proposition de loi transpartisane. Elle s'appelle « loi intégrale ». 79 articles. Le Premier ministre doit recevoir lundi prochain plusieurs représentants de ce texte.

Le projet de loi protection de l'enfance, porté par Sébastien Lecornu, prévoit la perpétuité pour les violeurs en série et un délai maximal de 3 mois pour les principaux actes d'enquête.

Manque de moyens systémique selon la police

Stanislas Godon dénonce un manque de 2 500 enquêteurs dans la police nationale, un logiciel de procédure pénale défaillant, et une sous-dotation de la chaîne pénale. Il cite des données : 3 procureurs pour 100 000 habitants en France, contre 24 en Bulgarie, moyenne européenne à 12. Il évoque aussi le protocole NIHD pour recueillir la parole de l'enfant.

Il rappelle une hausse de 255 % des agressions sexuelles sur mineurs en 9 ans, et de 267 % sur les moins de 10 ans.

« La question des moyens, il va falloir qu'elle soit mise sur la table », conclut-il.

Sources : Émission Chaque Voix Compte (LCP).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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