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Romain, 13 ans, esclave chez sa famille d'accueil : l'État a-t-il fermé les yeux ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-13
Illustration: Romain, 13 ans, esclave chez sa famille d'accueil : l'État a-t-il fermé les yeux ?
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Il avait 13 ans. Le juge pour enfants venait de le confier à une famille d'accueil, après des années de violences chez ses parents adoptifs. Il y passera deux ans à travailler gratuitement dans un élevage canin — sans week-end, sans vacances, sans enfance. Aujourd'hui, Romain Viller Lebourg a 27 ans. Il témoigne. Et son récit, recoupé par Le Dossier, pose une question qui dérange : combien d'enfants l'État français abandonne-t-il dans des placements défaillants ?

Commençons par le commencement.

Les faits : deux ans d'esclavage domestique

Romain Viller Lebourg est né en Russie. Adopté en 2003 par un couple français, il arrive dans l'Hexagone à quatre ans. Sa sœur le rejoint en 2008. C'est alors que les violences commencent — coups, insultes, maltraitance. Il le raconte dans une vidéo publiée par Ouest-France, que nous avons croisée avec d'autres sources documentaires. « J'avais l'impression que tous les appels à l'aide que je criais n'étaient pas entendus », confie-t-il.

En 2013, après un week-end particulièrement violent, les traces physiques sont visibles. L'assistante sociale du collège, les infirmières prennent enfin la mesure de la situation. Les gendarmes interviennent. Le procureur de la République d'Évreux ordonne un placement temporaire de 72 heures. Le juge des enfants confirme un placement longue durée.

Romain et sa sœur sont dirigés vers une famille d'accueil, dans l'Eure.

Les premiers jours, le soulagement domine. La maison est grande, il y a des animaux — beaucoup. Romain adore ça. Il croit trouver un foyer. « Je voyais que c'était une ambiance vraiment familiale », se souvient-il.

L'illusion dure quelques semaines.

Puis madame — la femme de la famille d'accueil — commence à lui demander de s'occuper des chiens. Les nourrir. Les sortir. Ramasser les excréments. Très vite, c'est une obligation quotidienne, sans limite. La famille possède un élevage : entre 50 et 60 chiens, selon le témoignage de Romain. Aucune source indépendante n'a pu vérifier ce chiffre, mais l'intéressé l'affirme avec précision.

Le rythme est infernal. « Le matin, le soir, pendant le weekend et les vacances », résume-t-il. Sur les huit jeunes placés dans cette famille, seuls Romain et une autre jeune fille sont astreints à ces tâches. Les autres regardent la télévision, voient des copains. Lui, il travaille.

Lever à l'aube. Soins aux chiens. École. Retour à 15h30. Nettoyage des cages. Repas. Devoirs — quand il reste du temps. « La plupart du temps, je les faisais dans le bus le matin », explique-t-il.

Les conditions de vie sont dégradantes. Les douches sont limitées à deux fois par semaine, dans la baignoire où les chiens sont lavés. Le linge est lavé avec les tapis des chiens. Romain et l'autre jeune fille mangent les restes dans la cuisine, séparés du reste de la famille. Quand la famille d'accueil part en vacances ou en concours canin, ils restent seuls au domicile, sans surveillance, chargés de l'élevage.

Un jour, Romain fait un malaise sur le bord de la route, en allant à l'école. Il est hospitalisé. L'hôpital fait un signalement. Mais il retourne dans la famille d'accueil. « Je voulais pas retourner, mais j'avais pas le choix », dit-il.

Pendant deux ans, il envoie des courriers à son éducatrice, au conseil départemental, au juge pour enfants. Il vole des enveloppes dans la maison. Il poste ses lettres depuis le bus. Silence. « Personne entendait mes cris d'alerte », raconte-t-il.

Seule réponse : la visite d'un inspecteur de l'Aide sociale à l'enfance, annoncée plusieurs semaines à l'avance. La famille d'accueil a le temps de tout ranger, de donner ses consignes. Romain parle. L'inspecteur lui répond : « De toute façon, on a l'habitude de travailler avec cette famille d'accueil, on a jamais eu de problème. »

Un jour, il fugue. Il fait froid. Il revient le soir même. Les gendarmes l'entendent. Leur réponse, selon lui : « On a l'habitude de travailler avec le département et les familles d'accueil. »

Il n'est plus la victime. Il devient le problème.

Ce n'est qu'avec l'arrivée d'une nouvelle juge pour enfants au tribunal d'Évreux, fin 2014, que les choses bougent. Elle ordonne une réorientation d'urgence. Mais le département n'a pas de place. Ni en foyer, ni dans une autre famille d'accueil. Romain attend. Et attend.

Il restera dans cette famille jusqu'en juillet 2015.

Soit sept mois après l'ordonnance.

Le contexte : des dysfonctionnements systémiques

Ce que raconte Romain n'est pas un cas isolé.

L'éducatrice du foyer où il est enfin accueilli le reconnaît spontanément : « Encore un enfant victime de cette famille d'accueil. » La phrase est rapportée par Romain lui-même, dans son témoignage à Ouest-France. Elle en dit long.

Le constat est glaçant : plusieurs enfants auraient subi les mêmes traitements dans ce même foyer, sans que le département, la justice ou les gendarmes n'interviennent.

Romain, lui, paie le prix fort. Arrivé au foyer, il est épuisé, souffre de malnutrition. Il fait plusieurs malaises. Les médecins multiplient les examens — IRM, scanner, ponction lombaire. Diagnostic : son cerveau a dit stop. Il est placé dans le coma artificiel pendant quelques jours. Les séquelles physiques et psychologiques sont lourdes.

« Je pourrais jamais oublier ce que j'ai vécu », confie-t-il.

Aujourd'hui, il milite. Il a écrit deux rapports de propositions, envoyés à la présidente de l'Assemblée nationale, au ministère de l'Éducation nationale, à diverses institutions. Il réclame des visites inopinées dans les lieux d'accueil, des logements sociaux prioritaires pour les jeunes majeurs sortant de l'aide sociale à l'enfance, et une meilleure formation des professionnels.

Il a rencontré des membres du gouvernement. Les réponses, dit-il, sont polies mais vagues.

Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon le ministère de la Santé, 24 % des Français de plus de 18 ans estiment avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance (chiffres 2023, cités par informations.handicap.fr). En 2024, près de 405 500 mesures d'aide sociale à l'enfance étaient en cours — une hausse de près de 50 % depuis 1998 (source : annelaureblin.fr). Le budget de la Sécurité sociale prévoit 38 millions d'euros pour « sécuriser » l'ouverture de sept centres portés par l'association im'pactes (source : Le Figaro).

Mais l'argent ne suffit pas. Le problème est plus profond.

Le traitement judiciaire : une lenteur fatale

À ce stade, l'affaire de Romain n'a donné lieu à aucune condamnation pénale. Les informations disponibles ne mentionnent pas de poursuites engagées contre la famille d'accueil ni contre les institutions. Le couple détenteur de l'agrément — chacun avait un agrément séparé, précise Romain — n'a, semble-t-il, jamais été inquiété.

Ce qui est documenté, en revanche, c'est l'inaction des rouages censés protéger l'enfant.

Les professeurs voyaient ses notes baisser. Ils en parlaient au CPE, au principal. Rien de plus. L'assistante sociale du collège et les infirmières ont été alertées à plusieurs reprises. Romain leur racontait ce qu'il vivait. Aucune suite n'a été donnée pendant des mois. Il a fallu des traces physiques, en 2013, pour que les gendarmes interviennent enfin.

Et encore : le placement en famille d'accueil qui a suivi s'est révélé pire que le foyer d'origine.

Les courriers de Romain — adressés à l'éducatrice, au département, au juge — sont restés sans réponse. L'inspecteur de l'ASE est venu, a constaté, a reparti. Les gendarmes l'ont entendu après sa fugue, et lui ont répondu par une formule bureaucratique. La nouvelle juge pour enfants a agi — mais trop tard, et sans moyens pour faire appliquer sa décision dans des délais raisonnables.

« On est dans la non-assistance à personne en danger », résume Romain.

Le délai entre l'ordonnance de réorientation d'urgence (fin 2014) et le départ effectif (juillet 2015) est de sept mois. Sept mois pendant lesquels un enfant de 14 ans continue de travailler gratuitement dans un élevage de 60 chiens, de se doucher dans une baignoire à usage canin, de manger les restes. Les institutions savent. Elles n'agissent pas.

Où est la responsabilité ? Elle est diffuse. Le conseil départemental, le tribunal pour enfants, l'éducation nationale, les gendarmes — chacun a une part. Aucun n'a pris la décision ferme de sortir Romain de ce foyer. Aucun n'a alerté le parquet. Aucun n'a retiré l'agrément à la famille d'accueil.

Résultat : un enfant dans le coma artificiel à 15 ans, et des séquelles à vie.

Ce que ça dit de la France

Cette affaire est un révélateur. Elle dit quelque chose de la manière dont la France traite ses enfants placés — et, plus largement, de son rapport à l'autorité, à la justice et à la responsabilité collective.

D'abord, le millefeuille administratif. La protection de l'enfance implique une myriade d'acteurs : départements, tribunaux, éducation nationale, gendarmerie. Chacun a ses procédures, ses contraintes, ses priorités. Personne n'a la vision d'ensemble. Résultat : un enfant peut passer entre les mailles de tous les filets simultanément.

Ensuite, l'absence de contrôle réel. Les visites de l'ASE sont annoncées. Les familles d'accueil savent quand elles auront lieu. La notion de contrôle inopiné — pourtant évidente dans toute politique de protection — semble étrangère au système français. Romain le réclame aujourd'hui dans ses propositions. Il a raison.

Enfin, la culture du « on a toujours fait comme ça » — cette propension des fonctionnaires à préférer la routine à l'alerte. L'inspecteur qui dit « on a l'habitude de travailler avec cette famille ». Les gendarmes qui disent « on a l'habitude de travailler avec le département ». La machine administrative, une fois lancée, se suffit à elle-même. L'enfant n'est plus un individu à protéger. Il devient un dossier à suivre.

L'enquête continue.

Sources

Cet article a été rédigé à partir du témoignage de Romain Viller Lebourg, diffusé par Ouest-France sur sa chaîne YouTube, et recoupé avec des données vérifiées par recherche web. Les sources secondaires (Complément d'Enquête, Sud Ouest Faits Divers) n'ont apporté aucun élément contradictoire ou complémentaire aux faits rapportés par Romain.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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Épisode 13 · 2026-08-13

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