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Faits diversÉpisode 14/26

Affaire Liana : les signaux ignorés d’un prédateur présumé

Par la rédaction de Le Dossier · 18 JUIN 2026
Illustration: Affaire Liana : les signaux ignorés d’un prédateur présumé
© YouTube

« Une petite photo avec un beau sourire »

Lise a 13 ans. L’an dernier, un premier message. C’est Jérôme Barella. « Tu dors toujours pas ? » — la phrase semble banale. Mais elle vient d’un homme de 40 ans, père de deux filles, que Lise connaît à peine.

« Je me disais que c’était un peu bizarre qu’il me demande ça vu son âge. » Elle répond poliment. Puis la conversation s’éternise. Cinq mois. Chaque jour, le suspect numéro 1 dans l’affaire Liana prend de ses nouvelles. Il s’immisce dans son intimité.

« J’ai droit à une petite photo avec un beau sourire car j’ai l’impression que tu es pas trop bien aujourd’hui. » Il lui demande des photos d’elle. Elle en envoie quelques-unes. Mais elle refuse systématiquement ses invitations.

« Il m’a invité très souvent, je pense une quinzaine de fois à peu près. C’était vraiment presque toutes les semaines. » Jérôme Barella propose des sorties à la piscine, des après-midi, et surtout des soirées pyjama. « Peut-être de vendredi soir à dimanche après-midi », écrit-il.

Lise trouve des prétextes pour ne pas y aller. « Je me sentais pas forcément rassurée. » Elle sent que quelque chose cloche. « Il me parlait tous les jours, il m’invitait tous les jours chez lui. »

L’avocate de Jérôme Barella, contactée, refuse de commenter ces messages.


Club de tawendo : un comportement « insistant »

Comment une collégienne de 13 ans entre-t-elle en contact avec un quadragénaire ? La réponse se trouve dans un dojo du Gers. Jérôme Barella s’inscrit au club de tawendo entre 2023 et 2025. Il vient avec ses deux filles.

Très vite, son comportement alerte l’encadrement. Rémy Rodriguez est le président du club. Il se souvient : « C’était une personne qui avait une proximité, j’appellerai ça insistante, avec les enfants. » Il décrit une scène qui se répète : les adultes discutent entre eux pendant que les enfants jouent. Jérôme Barella, lui, est systématiquement au milieu des jeunes.

« Pendant les cours, il était tout le temps dans des groupes d’enfants. Il fallait régulièrement le sortir de là et lui dire : “Viens t’entraîner avec nous, tu progresseras pas avec les jeunes.” »

Le président du club a gardé un œil sur lui. « Il allait voir les jeunes filles en se posant comme quelqu’un qui essayait de les aider dans leurs problèmes de tous les jours. » Rémy Rodriguez utilise un mot lourd : « On constate clairement qu’il a essayé d’en faire ses proies. On peut parler d’un prédateur avec ses proies. »

Sur son compte TikTok, Jérôme Barella suit 599 comptes. Une écrasante majorité appartient à des adolescentes. « Il cherchait des victimes un petit peu seules, où il manquait un membre de la famille », explique Rémy Rodriguez. « De façon très sournoise. »


Les soirées pyjama de la fille aînée

Son mode opératoire est rodé. Il utilise sa propre fille aînée comme appât. C’est par son intermédiaire qu’il organise des soirées pyjama à son domicile.

Léa a 12 ans. Placée à l’aide sociale à l’enfance en semaine, elle voit ses parents le week-end. La fille de Jérôme Barella est sa meilleure amie depuis la crèche. Elles ont fait toute l’école primaire ensemble. Les soirées pyjama commencent à la fin du CM2, juste avant la 6e.

Léa a participé à plusieurs de ces nuits. Elle raconte aujourd’hui ce qu’elle a subi. « À plusieurs reprises », précise son avocate, présente lors de son audition de deux heures par les enquêteurs.

Elle décrit des gestes déplacés. Elle a senti la présence de Jérôme Barella derrière elle, à hauteur de ses fesses. Elle parle de faits d’agression sexuelle. Après trois mois, elle a trouvé tous les prétextes pour ne plus y aller.

Mais elle n’a rien dit. Ni à ses parents, ni aux éducateurs du foyer. Jusqu’à ce jour de février.


Un signalement en mars, une réponse en juin

En février, Léa se confie à ses éducateurs. Immédiatement, ils font un signalement au procureur. Le rapport est rédigé. Transmis à la cellule de recueil des informations préoccupantes du Gers.

« Elle pensait que ça allait aller très vite », raconte son avocate. « Elle avait peur pour sa copine, la fille de monsieur Barella. Elle a senti que le papa agresseur, il était pas agresseur qu’avec elle. »

Le rapport de l’aide sociale à l’enfance est bien envoyé. Mais rien ne se passe. Léa n’est jamais convoquée. Jamais entendue par la justice.

Contactée par téléphone, cette cellule répond : « Je ne suis pas autorisé à vous répondre. »

Il faut attendre la découverte du corps de Liana. Soudain, le signalement de Léa refait surface. Le procureur Do explique qu’il l’a récupéré « à cause d’un problème de boîte de réception ». Le message avait été envoyé sur deux adresses génériques du parquet, dont une dédiée aux affaires impliquant des mineurs.

Pourquoi n’a-t-il pas été traité ? Les boîtes mail ont-elles été relevées ? L’inspection générale de la justice devra répondre.


« 75 % de classement sans suite »

L’avocate de Léa ne cache pas sa colère. « C’est un problème systémique et sociétal. Ce n’est pas que le procureur n’a pas voulu instruire, c’est que c’est comme ça. » Elle cite un chiffre : « Quand on sait qu’il y a 75 % de classement sans suite dans les violences sexuelles faites aux mineurs, est-ce qu’on a besoin de dire autre chose ? »

Sa cliente a porté plainte contre Jérôme Barella pour agression sexuelle sur mineur de 15 ans. Léa a été entendue. Mais le signalement de mars aurait pu — aurait dû — déclencher une procédure plus tôt.

« Le signalement de ma cliente aurait peut-être permis de sauver Liana. Et ça, c’est ce qui fait que je suis en colère. »

Lise, qui a refusé ses soirées, réalise aujourd’hui qu’elle a « échappé au pire ». « Je me dis que j’ai échappé belle parce que ça aurait pu vraiment aller loin. »


Les questions qui restent

Jérôme Barella, 40 ans, père de famille, est le suspect numéro 1 dans la mort de Liana. Son avocate n’a pas souhaité commenter les messages adressés à Lise.

Le procureur Do invoque un problème de boîte de réception. L’avocate de Léa parle de « non-priorité ». Les violences sexuelles sur mineurs ne sont pas traitées comme des urgences, dit-elle.

Un signalement clair, écrit, étayé. Trois mois de latence. Une enfant qui aurait pu être protégée. Une autre qui est morte.

L’inspection générale de la justice devra répondre.


Sources

  • Témoignage de Lise (collégienne)
  • Témoignage de Rémy Rodriguez (président du club de tawendo)
  • Témoignage de l’avocate de Léa
  • Rapport de l’aide sociale à l’enfance du Gers
  • Procureur Do
  • Compte TikTok de Jérôme Barella

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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