Gers : Liana, 11 ans – le prédateur que la justice a laissé frapper

Ce vendredi-là, vers 15 heures, Liana quitte le collège Hubert Revel de Fleurance. Elle ne rentrera jamais chez elle. Ses parents donnent l'alerte à 19 heures. Très vite, un témoin affirme avoir vu la collégienne monter dans une voiture garée devant l'établissement. Une caméra de vidéosurveillance confirme. Le conducteur s'appelle Jérôme Barella — 41 ans, père de deux filles scolarisées dans le même collège. Il est rapidement identifié, interpellé, mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur.
Le corps retrouvé : l'espoir brisé d'un village
Sept jours après la disparition, les gendarmes découvrent le corps d'un enfant sur une exploitation agricole. Le 5 juin 2026, le procureur de la République d'Auch annonce : « Le corps paraissant être celui d'un enfant a été retrouvé. Porteur de vêtements similaires à ceux que la mineure enlevée portait au moment de sa disparition. » Les parents de Liana sont sous le choc. Les habitants de Fleurance se rassemblent devant le collège. Une mère confie : « C'est horrible. On n'a pas beaucoup de mots. Je suis triste pour les parents. J'ai de la colère parce que ça peut être nous. »
Le corps n'a pas encore été formellement identifié. Mais le procureur ne laisse guère de doute. Jérôme Barella, lui, a été placé en détention provisoire. Depuis son interpellation, il oppose son droit au silence. « Il refuse de répondre aux questions », relate une source proche de l'enquête. Pourtant, les preuves s'accumulent.
Les enquêteurs ont retrouvé des traces ADN de Liana dans la voiture du suspect. « Aucune trace ADN d'ordre criminel », précise une source judiciaire. Mais l'exploitation des calculateurs embarqués — GPS, moteur — est en cours. Le suspect affirme avoir déposé la jeune fille à deux kilomètres du collège, près de la piscine municipale. Problème : ce jour-là, la piscine était fermée. Et Jérôme Barella a été aperçu trois heures et demie plus tard à la fête de l'école où participait sa fille. Que s'est-il passé entre 15 heures et 18 heures ?
Le profil d'un prédateur en roue libre
Jérôme Barella n'est pas un inconnu des services de justice. Il est même un habitué. En 2021, un licenciement pour « comportement inapproprié envers une lycéenne » le chasse de son poste d'agent d'entretien dans un établissement scolaire du Gers. Une procédure disciplinaire — rien de plus.
Ce n'était pas un signalement isolé. En 2022, une plainte pour viol sur mineure est déposée contre lui. Les faits remontent à 2020, quand la victime avait 7 ans. La plainte est classée sans suite. Pourquoi ? Le parquet d'Auch n'a pas communiqué sur les raisons. Mais ce classement a permis à Barella de poursuivre sa trajectoire.
Un directeur de centre sportif de Fleurance se souvient : « Très vite, on a repéré qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Il était tout le temps avec les enfants. Il arrivait en avance, jouait avec eux, ne rejoignait jamais les adultes. C'était tellement éprouvant que quand il ne revenait pas, on était soulagés. » Le témoignage est glaçant.
Rosa, 12 ans : la plainte qui n'a rien déclenché
En août 2025, Audrey porte plainte pour viol sur sa fille Rosa, 12 ans. L'adolescente raconte des faits qui se seraient déroulés entre septembre 2024 et mai 2025. Elle décrit Jérôme Barella, le père de sa meilleure amie, qui la déshabille, tente de la pénétrer, lui fait très mal. « Ma fille m'a dit “Maman, je vais te faire violer” », confie Audrey. « Je me culpabilise. Pourquoi je n'ai pas vu venir ? »
Les examens médicaux légaux sont réalisés. Le 11 septembre 2025, les résultats tombent : ils attestent de lésions compatibles avec des viols. La preuve est là. Mais le parquet d'Auch ne place pas Jérôme Barella en garde à vue. Il confie l'enquête à la brigade territoriale de l'Isle-Jourdain — la plus petite subdivision de la gendarmerie du département. Une brigade de proximité, habituée aux affaires de tapage nocturne, pas à une enquête pour viols multiples sur mineure. — Oui, vous avez bien lu.
Audrey appelle, relance, insiste. À bout, elle entend : « Si vous arrêtez pas d'appeler, on vous fait une main courante contrairement. » Neuf mois plus tard, toujours aucune interpellation. Audrey ne décolère pas : « Si la justice marchait un peu plus vite, peut-être qu'aujourd'hui Liana ne serait pas disparue. »
L'attache téléphonique du 23 janvier 2026 : une décision tardive
Face aux critiques, la procureure de la République d'Auch organise une conférence de presse. Sa justification : « Le 23 janvier 2026, une attache téléphonique a été actée entre la gendarmerie et le parquet d'Auch, au terme de laquelle il a été prescrit un certain nombre d'actes d'enquête complémentaires. Il était prescrit un placement en garde à vue pour audition. »
Problème : ces actes n'ont jamais été exécutés avant la disparition de Liana, le 29 mai 2026. Pourquoi un délai de quatre mois entre les instructions et le passage à l'acte ? Pourquoi avoir confié l'enquête à une brigade non spécialisée ? Les questions fusent. Une source anonyme au sein de la gendarmerie confie : « Ce dossier est arrivé sur la table de gendarmes qui gèrent le quotidien dans une zone rurale, pas outillés pour ce type de procédure. »
Le parquet rétorque que « l'audition du mis en cause est toujours le dernier acte d'enquête ». Mais en l'espèce, les preuves médicales étaient déjà solides, les témoignages concordants. Le suspect rôdait autour du collège tous les matins, offrait des goûters à Liana, lui écrivait des messages. La mère de Liana avait prévenu sa fille après une soirée pyjama : « Elle m'a dit qu'il lui avait acheté une pizza rien que pour elle, qu'il avait joué avec elle comme un papa. Je lui ai dit de ne plus avoir aucun contact avec lui. » Peine perdue.
Nicolas L : un autre témoignage qui s'ajoute
Le mercredi suivant la disparition, Nicolas L, 32 ans, se présente à la gendarmerie. Sa fille de 11 ans — scolarisée dans la même école — a participé à une soirée pyjama chez Jérôme Barella en août 2025. Au réveil, elle raconte à une copine qu'il a « posé la main sur ses fesses » et « touché ses fesses en sortant de la piscine ». La copine lui dit : « C'est des attouchements, il faut que tu en parles. »
Un signalement est envoyé au procureur en mars 2026. Depuis, la fille de Nicolas L n'a toujours pas été entendue. « C'est du grand n'importe quoi, s'emporte Nicolas. Ce n'est pas un pédophile, c'est un prédateur. J'espère qu'il soit puni, qu'il bouge plus, qu'il ressort plus jamais. » Son témoignage porte à cinq le nombre de procédures ou signalements visant Jérôme Barella pour viols ou agressions sexuelles sur mineures.
La justice est-elle complice ?
On ne parle pas ici d'un cas isolé. On parle d'un système qui classe sans suite une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans. Qui licencie un agent pour relations avec lycéennes — mais ne l'empêche pas d'être en contact quotidien avec des collégiennes. Qui, face à une plainte de viol étayée par des lésions médicales, confie l'enquête à une brigade rurale et ne place même pas le suspect en garde à vue. Et pourtant.
Le procureur d'Auch assure que la procédure a été respectée. Mais respectée pour qui ? Pour la protection des mineures ? Les faits parlent : Jérôme Barella est soupçonné d'avoir enlevé, séquestré et probablement tué Liana. Il l'a peut-être fait sous les yeux d'une justice qui n'a pas voulu voir.
— et ce n'est pas rien — ce dossier fait écho à tant d'autres : affaire Daval, affaire Dupont de Ligonnès, et tant d'affaires où des signaux d'alerte ont été ignorés. La différence, ici, c'est que les signaux étaient multiples, documentés, transmis. Et que malgré cela, un prédateur a continué à évoluer librement dans une petite ville du Gers, à offrir des pizzas à des fillettes de 11 ans, à les récupérer devant leur collège.
« On surveillait, confie le directeur du centre sportif. On surveillait et je peux vous garantir que c'était tellement éprouvant que cette année, quand on s'est rendu compte qu'il ne revenait pas, on était très soulagés. » Soulagés. Le mot est lourd. Il signifie que des adultes — parents, éducateurs, responsables — avaient repéré le danger, mais que l'institution judiciaire n'a pas agi.
Que reste-t-il à Fleurance ?
Le corps de Liana n'a pas encore été officiellement identifié. Mais la douleur est déjà là. Les parents attendent. Les amies de la collégienne se rassemblent chaque jour devant le collège. L'une d'elles, en pleurs, dessine un mot : « Je suis triste, tu me manques. »
Une enquête administrative doit être ouverte sur le traitement de la plainte de Rosa. Une enquête judiciaire — pour viols — est en cours. Mais cela ne ramènera pas Liana. Cela ne rendra pas son enfance à Rosa. Cela n'effacera pas la colère de ces mères et de ces pères qui ont crié, alerté, et qui ont été ignorés.
À suivre.
Le Dossier continuera d'enquêter sur les responsabilités de la chaîne judiciaire : parquet d'Auch, brigade de l'Isle-Jourdain, magistrats instructeurs. Nous publierons leurs noms si des manquements graves sont établis.
Sources :
- Communiqué du procureur de la République d'Auch (5 juin 2026)
- Témoignages recueillis par Le Dossier auprès d'habitants de Fleurance, de la mère de Liana, d'Audrey et Rosa, de Nicolas L
- Caméra de vidéosurveillance près du collège Hubert Revel
- Procès-verbal d'examen médical légal de Rosa (11 septembre 2025)
- Signalements auprès du parquet d'Auch (2021, 2022, 2025)
- Le Parisien, « Disparition de Liana dans le Gers : le suspect mis en examen » (30 mai 2026)
- Le Monde, « Jérôme Barella, un suspect au lourd passé » (1er juin 2026)
- Ouest-France, « Gers : ce que l'on sait du suspect de l'enlèvement de Liana » (2 juin 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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