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JusticeÉpisode 5/88

Rokia Traoré condamnée pour non-représentation d'enfant : l'appel d'une mère

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-11
Illustration: Rokia Traoré condamnée pour non-représentation d'enfant : l'appel d'une mère
© YouTube

Deux décisions, deux pays, un enfant au milieu

Depuis 2019, Rokia Traoré est prise dans un conflit judiciaire douloureux avec le père de sa fille. L'affaire est complexe. Deux décisions de justice s'opposent frontalement. Une juridiction belge a confié la garde de l'enfant au père. Une décision malienne, antérieure, attribue la garde à la mère. Deux pays, deux logiques juridiques, un seul enfant.

« Normalement n'a pas vraiment de sens sur le plan juridique », explique Rokia Traoré. Surtout en droit international de la famille. La règle générale veut que la juridiction compétente soit celle du pays où l'enfant a sa résidence habituelle. L'enfant vit au Mali. Pourtant, la Belgique a rendu une décision contraire.

La chanteuse raconte avoir appris des notions juridiques complexes au fil des années. Une greffière au Mali lui a expliqué que si le pays européen n'a pas d'accord avec le Mali, une procédure d'exequatur est nécessaire pour faire exécuter une décision étrangère. « Le jour où on le fera, il y aura un jugement pour vérifier si le Mali accepte la décision belge », rapporte-t-elle. Le Mali a signé les accords sur les droits de l'enfant, mais pas la convention de La Haye. La Belgique, elle, est signataire.

Détention, Interpol, et une condamnation qui tombe

Les conséquences ont été lourdes. Rokia Traoré a été détenue — en France, en Italie, puis en Belgique — pendant des mois. Interpol a été impliqué au début, puis a retiré son avis de recherche quand la décision malienne est intervenue. « Ce qui est étonnant, c'est que dans ce genre de situation, j'ai été traitée comme n'importe quel criminel », dit-elle. « Même pire : quelqu'un qui a assassiné quelqu'un, s'il est hors de juridiction, on ne peut pas l'atteindre. Moi, on a pu m'atteindre en m'exigeant d'amener l'enfant ou d'arrêter ma tournée en Europe. »

En mai 2024, la justice belge la condamne à deux ans de prison avec sursis pour non-représentation d'enfant. Elle fait appel. « Je reste présumée innocente », rappelle-t-elle.

L'enfant jamais entendu : une absence qui interroge

Un détail frappe dans ce dossier : la fille de Rokia Traoré n'a jamais été entendue par la justice. Ni en Belgique, ni au Mali. « Jamais, jamais », insiste la chanteuse. « Elle vit au Mali, on mène une enquête, et cetera. »

Rokia Traoré affirme que la base du conflit n'est pas le plaisir d'empêcher le père de voir sa fille, qui a toujours vu son enfant. « Il y avait d'autres problèmes qui me rendaient inquiète par rapport à la sécurité de l'enfant », dit-elle. « Tant qu'il n'y a pas de débat autour de ça, moi je protège mon enfant, carrière ou pas. »

La chanteuse dit avoir été prête à amener l'enfant en Europe si elle avait été entendue. « Le prix à payer est trop cher, y compris pour l'enfant », explique-t-elle. « Je n'allais pas laisser peser sur mon enfant l'arrêt de ma carrière. »

Médiation interrompue

En 2025, une médiation a finalement permis au père de revoir sa fille à plusieurs reprises. Le processus a ensuite été interrompu. Rokia Traoré assure que ce n'est pas de son fait. « Cette médiation est finalement ce que je voulais depuis le départ », dit-elle. « Personne ne m'écoutait, ça n'intéressait personne. Pour moi, une médiation aurait permis d'entendre l'enfant. »

Elle évoque des déclarations de l'avocat de la partie adverse après une audience. « Il a dit que j'aurais causé des problèmes à cet accord. Non, ce n'est pas du tout le cas. » Elle ajoute : « Cet accord a permis que l'enfant soit entendu. Pourquoi est-ce que j'aurais causé des problèmes ? »

« Cette déclaration a conduit à ce qu'en Belgique, on demande à des festivals de me déprogrammer », déplore-t-elle.

Le retour sur scène : FY50Y au Cabaret Sauvage

Malgré la procédure, Rokia Traoré remonte sur scène. Le 16 juillet, elle se produit au Cabaret Sauvage à Paris avec un nouveau projet intitulé FY50Y. Un mélange de créations contemporaines et de chansons de son répertoire. « J'aime la musique pour découvrir des choses que j'entends dans la musique mandingue, en Afrique, et les réactualiser », explique-t-elle. « FY50Y continue dans ce sens-là : le mélange est le meilleur de tous les mondes. »

Une affaire privée

« C'est une affaire privée », rappelle-t-elle. La chanteuse dénonce un traitement disproportionné. « On a pu m'attendre non pas pour l'enfant, mais en exigeant que j'arrête ma carrière en Europe. » L'enfant grandit au Mali, sans avoir été entendue.

Source : Interview de Rokia Traoré (transcript fourni)

📰Source :youtube.com

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