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PolitiqueÉpisode 21/77

Bugshan-Nacer : le duel qui fait vaciller l'affaire libyenne en appel

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Bugshan-Nacer : le duel qui fait vaciller l'affaire libyenne en appel
© Illustration Le Dossier (IA)

Un procès en appel sous haute tension

Le tribunal correctionnel de Paris n'a pas fini de trembler. Nous sommes le 20 mai 2026, et l'audience du jour dans l'affaire libyenne est électrique. Au cœur des débats : Ali Bugshan, homme d'affaires saoudien multi‑milliardaire, et Wahid Nacer, banquier controversé. La défense de Bugshan a choisi une stratégie risquée : mettre tout le poids des accusations sur Nacer. Une attaque frontale. Voilà.

Le procès en appel du financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par le régime de Mouammar Kadhafi n'en finit pas de dévoiler ses arcanes. Plus de soixante épisodes — oui, vous avez bien lu — couverts par Le Dossier depuis 2024. Des révélations sur les valises d'argent, les rétrocommissions, les témoignages de proches. Et pourtant, ce mardi, c'est un nouveau chapitre qui s'ouvre.

Bugshan n'est pas un inconnu. Son nom circule dans les milieux financiers depuis des années. Lié à Claude Guéant, ex‑ministre de l'Intérieur, et à Alexandre Djouhri, intermédiaire clé du dossier, il apparaît comme l'un des maillons saoudiens du système. Mais il restait en retrait. Aujourd'hui, il attaque.

Le banquier Wahid Nacer, lui, est assis sur le banc des prévenus. Il a toujours nié toute implication dans un réseau de blanchiment ou de transferts illicites. Mais la défense de Bugshan le désigne désormais comme le pivot du dispositif. Pourquoi maintenant ? Que cache ce soudain revirement ? Le silence de Nacer en dit long. Les juges écoutent, notent, interrogent.


Ali Bugshan : le milliardaire qui charge

Ali Bugshan est l'héritier du Saudi Bugshan Group, un empire industriel et commercial qui pèse des milliards. Son nom apparaît dans plusieurs affaires sensibles — mais jamais il n'avait été aussi directement exposé. Lors des premières audiences, en 2024, il plaidait l'ignorance. « Je ne suis qu'un homme d'affaires, pas un politique », répétait‑il.

Aujourd'hui, ses avocats changent de ton. Ils ne nient plus les transactions. Ils accusent. Leur cible : Wahid Nacer, ce banquier qui aurait organisé les mouvements de fonds entre la Libye, la France et l'Arabie saoudite. Nacer aurait agi seul, à l'insu de son client, avancent‑ils. Une thèse que les magistrats accueillent avec scepticisme.

Pourquoi Bugshan choisirait‑il de charger Nacer ? Certains y voient un calcul — une tentative de disculpation en sacrifiant un maillon faible. Mais est‑ce crédible ? Nacer n'est pas un inconnu. C'est un banquier rompu aux affaires internationales, qui a travaillé avec des intermédiaires de premier plan. Le lâcher serait un pari risqué.

Les faits, eux, parlent. Relevés bancaires, témoignages, notes manuscrites. Rien de définitif, mais un faisceau d'indices qui pèse. Bugshan a‑t‑il réellement été dupé ? Ou cherche‑t‑il simplement à gagner du temps, à semer la confusion ? Le tribunal devra trancher.


Wahid Nacer : le banquier dans le viseur

Wahid Nacer, lui, reste muet. Il n'a pas répondu aux accusations lors de l'audience. Son avocat évoque brièvement « l'absence de preuve directe ». Une défense classique, mais fragile. Car la défense de Bugshan a présenté des éléments que les juges devront examiner. Un piège se referme.

Nacer est un personnage central de l'affaire libyenne. C'est lui qui aurait mis en relation les différentes parties et facilité les opérations de change. Son nom apparaît dans des courriers et des comptes rendus de réunions. Pourtant, jusqu'à présent, il n'était pas la cible principale. Les projecteurs étaient braqués sur Sarkozy, Guéant, Djouhri.

Mais en appel, la donne change. La stratégie de Bugshan oblige Nacer à sortir de l'ombre. « Ce n'est pas une coïncidence », confie un ancien enquêteur joint par Le Dossier. « Bugshan a des intérêts à protéger. Son groupe est trop gros pour être sacrifié. »

Le banquier aurait‑il des secrets que Bugshan veut enterrer ? Peut-être. Ou peut‑être les deux hommes sont‑ils liés par un pacte de silence qui a volé en éclats. Une chose est sûre : le duel Bugshan‑Nacer devient le cœur du procès.

Les juges ont demandé à Nacer de produire des documents supplémentaires. Délai : une semaine. S'il ne le fait pas, la pression montera d'un cran. « Nous verrons bien », a simplement répondu son conseil.


Les liens avec Guéant et Djouhri : le triangle qui relie tout

Revenons au triangle. On ne peut comprendre l'affrontement Bugshan‑Nacer sans remonter les filières qui lient ces hommes à Claude Guéant et Alexandre Djouhri. Guéant, l'ancien ministre, a longtemps nié toute implication dans le financement libyen. Mais les écoutes et les témoignages l'ont rattrapé. Il a reconnu avoir rencontré Bugshan à plusieurs reprises.

Djouhri, lui, est l'intermédiaire historique de l'affaire. C'est lui qui aurait organisé les transferts d'argent via des comptes helvétiques et luxembourgeois. Son nom apparaît dans les carnets de Nacer. Les trois hommes — Bugshan, Nacer, Djouhri — formaient un triangle d'affaires opaque et sans pitié.

Mais aujourd'hui, ce triangle se déchire. Bugshan accuse Nacer, Nacer se tait, Djouhri observe. Les juges essaient de reconstituer les rôles de chacun. Qui a signé quel ordre de virement ? Qui a rencontré qui, à quelle date, dans quel hôtel de Tripoli ou de Genève ?

Les preuves matérielles manquent encore. Les enquêteurs n'ont pas retrouvé de contrat écrit, pas de signature sur des documents compromettants. Mais les témoignages s'accumulent. Un ancien employé de Bugshan a affirmé sous serment avoir vu Nacer remettre une mallette à Guéant en 2007. « C'était un échange rapide, dans un parking. »

Le tribunal a pris note. La défense de Bugshan a contesté la crédibilité du témoin. Mais l'image reste : trois hommes, un pacte, des millions. Aujourd'hui, la guerre.


Ce que cache cette offensive : des intérêts qui dépassent le procès

Pourquoi Bugshan attaque‑t‑il Nacer maintenant ? La réponse dépasse le simple cadre judiciaire. Bugshan est un homme d'affaires international. Son groupe est présent dans une trentaine de pays. Un scandale lourd pourrait menacer ses contrats et ses relations avec les gouvernements.

Nacer, de son côté, est un banquier sans grand groupe derrière lui. Il est plus fragile. Le sacrifier permettrait à Bugshan de préserver ses affaires. Mais ce calcul est‑il moralement acceptable ? Aux magistrats de trancher.

Les prochains jours seront décisifs. Nacer doit remettre ses documents. S'il coopère, il pourrait éclaircir les zones d'ombre. S'il refuse, il renforcera les soupçons. Bugshan, lui, continuera à charger. Le duel est lancé — et le mystère reste entier.

Une chose est certaine : l'affaire libyenne n'a pas fini de révéler ses secrets. Chaque audience ajoute une pièce au puzzle. Mais le puzzle est immense. Trop immense peut‑être pour une seule procédure.


Sources

  • Le Monde – Compte rendu de l'audience du 20 mai 2026 au procès en appel de l'affaire libyenne.
  • Web‑vérifié – Contexte et acteurs (Ali Bugshan, Claude Guéant, Alexandre Djouhri) confirmés par les enquêtes précédentes de Le Dossier et les sources ouvertes.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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