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PolitiqueÉpisode 43/72

Sarkozy : 7 ans requis en appel – l’instigateur du pacte libyen démasqué

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Sarkozy : 7 ans requis en appel – l’instigateur du pacte libyen démasqué
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Sept ans de prison. Trois cent mille euros d'amende. Cinq ans d'inéligibilité. Ce lundi 11 mai 2026, le parquet général a requis la même peine qu'en première instance contre Nicolas Sarkozy. Mais il va plus loin. L'ancien président est désormais qualifié d'« instigateur » du pacte de corruption avec Mouammar Kadhafi. Un mot qui change tout. Un mot qui frappe. Le dossier est loin d'être clos.

L'avocat général Damien Modet n'a pas mâché ses mots : « En projetant des atteintes à la confiance publique les plus graves avec un niveau opérationnel inégalé, cette association de malfaiteurs se place au plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître. » Nicolas Sarkozy n'est plus simplement celui qui « ne pouvait pas ignorer ». Il est celui qui a voulu. Celui qui a ordonné. L'instigateur.

7 ans requis : la justice ne faiblit pas

Le parquet général a retenu l'intégralité des infractions : corruption, financement illégal de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics, et association de malfaiteurs. En première instance, Sarkozy n'avait été condamné que pour association de malfaiteurs. Là, l'accusation monte en puissance. Elle prouve que l'ancien président a « vicié l'élection la plus importante de la Ve République », selon les mots des avocats généraux.

Pourquoi cette sévérité ? Parce que les faits sont établis. Un pacte de corruption a été conclu en 2005 entre Sarkozy – alors ministre de l'Intérieur – et le dictateur libyen. En échange du financement de sa campagne présidentielle de 2007, Sarkozy aurait promis des services diplomatiques : rompre l'isolement de Kadhafi, lever le mandat d'arrêt international contre son beau-frère Abdallah Senoussi, condamné pour terrorisme après l'attentat du DC10 d'UTA (170 morts). Un marché de dupes. Un marché criminel.

Le parquet ne s'arrête pas à Sarkozy. Neuf autres prévenus sont jugés. Claude Guéant, Brice Hortefeux, Alexandre Djouhri, Béchir Saleh… Tous ont un rôle précis dans ce système.

Claude Guéant, l'exécuteur : 6 ans et un appartement confisqué

Claude Guéant, directeur de cabinet de Sarkozy en 2005, puis secrétaire général de l'Élysée en 2007, est au cœur du dispositif. Le parquet a requis 6 ans de prison, 100 000 euros d'amende, et la confiscation d'un appartement parisien – acheté, selon l'accusation, avec l'argent du pacte. Guéant est celui qui a exécuté.

Le moment clé ? Le voyage officiel en Libye en 2007. Kadhafi interpelle Sarkozy : « J'aimerais que la France fasse quelque chose pour Senoussi. » Sarkozy se tourne vers Guéant et lâche trois mots : « Claude, voyez cela. » Trois mots que la justice considère comme une instruction directe. Pas une suggestion. Un ordre. Et dans les mois qui suivent, plusieurs rencontres entre Guéant et Abdallah Senoussi – le terroriste – sont organisées.

Guéant n'a pas nié. Il a confirmé les faits à la barre. « Nicolas Sarkozy m'a dit : Claude, voyez cela. » Ces mots, rapportés dans le transcript de l'audience, sont accablants. Ils montrent que l'ancien président a donné une mission illégale à son plus proche collaborateur. Et que celui-ci l'a exécutée.

Brice Hortefeux et Alexandre Djouhri : les rouages du système

Brice Hortefeux, futur ministre de l'Intérieur de Sarkozy, écope de 4 ans de prison dont 2 ferme avec surveillance électronique, 500 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité. Le parquet a requis l'exécution provisoire – comme pour Guéant. Hortefeux a participé aux rencontres avec Senoussi. Il savait. Il a couvert.

Alexandre Djouhri, l'intermédiaire sulfureux, est visé par 6 ans de prison et 4 millions d'euros d'amende. Un mandat d'arrêt international est requis contre lui – il n'est pas en France. Djouhri est l'un des deux réseaux de corruption présumés entre Paris et Tripoli. L'autre réseau est piloté par Béchir Saleh, chef de cabinet de Kadhafi.

Ce qui relie tous ces hommes ? L'argent. 6,5 millions d'euros. La justice a prouvé que cette somme est partie de Libye, a atterri sur un compte de l'intermédiaire Takedin, puis a été blanchie via une chambre de compensation. Ensuite, les traces disparaissent. L'argent liquide a circulé au QG de campagne de Sarkozy, mais les juges n'ont pas pu prouver son utilisation directe – parce qu'il a été « bien blanchi, très vraisemblablement », selon les termes du parquet.

Le pacte de corruption : de 2005 à l'Élysée

Revenons à l'origine. 2005. Nicolas Sarkozy est ministre de l'Intérieur. Il rencontre les émissaires de Kadhafi. Le pacte est scellé : la France aide la Libye à sortir de son isolement, Kadhafi finance la campagne de Sarkozy. En 2007, Sarkozy est élu. Kadhafi est reçu en grande pompe à l'Élysée – sa fameuse tente plantée dans les jardins voisins. L'isolement du dictateur est rompu.

Mais le pacte ne s'arrête pas là. Il implique des rétrocommissions. Senoussi, le terroriste, aurait lui aussi touché de l'argent. Les enquêteurs ont prouvé que Guéant et Hortefeux l'ont rencontré plusieurs fois. Pourquoi un ancien ministre rencontrerait-il un terroriste condamné par contumace ? Pour l'argent. Pour les commissions.

Le parquet général a qualifié ce système d'« association de malfaiteurs la plus grave que la République ait connue ». Et ce n'est pas une formule creuse. C'est la première fois qu'un ancien président de la République est jugé pour corruption avec un dictateur étranger. C'est la première fois qu'il est qualifié d'instigateur.

Sarkozy, le martyr ? Un repris de justice qui manipule l'opinion

Depuis le premier procès, Nicolas Sarkozy joue la carte de la victimisation. « Je suis innocent, c'est une injustice », répète-t-il. Ses relais médiatiques – le JDD, CNews, Europe 1 – relaient ce discours. On l'appelle le « comte de Monte-Cristo ». Un martyr. Et pourtant.

Les faits sont têtus. Sarkozy est déjà un repris de justice. Il a été condamné définitivement dans l'affaire Bismuth (corruption de magistrat) et dans l'affaire Bygmalion (financement illégal de campagne). Deux condamnations. Pas une. Deux. Son livre écrit en prison, Journal d'un prisonnier, s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires en une semaine. Mais ça ne change rien à la réalité judiciaire.

Fabrice Arfi, journaliste d'investigation à Mediapart, résume parfaitement la situation : « Sarkozy est devenu une sorte de chef de chœur médiatique qui, profitant de l'ignorance autour de ce dossier, impose un narratif parallèle totalement déconnecté de la moindre base factuelle. » (France Télévision, mai 2026). Les éditorialistes du Figaro écrivent des papiers de qualité sur l'audience, mais les rédacteurs en chef tiennent un discours inverse. La confusion est savamment entretenue.

Et pendant ce temps, la droite et l'extrême droite, qui ont toujours été favorables à l'association de malfaiteurs et à l'exécution provisoire des peines, dénoncent soudain une justice « politique ». Quand on condamne un narcotrafiquant pour association de malfaiteurs, personne ne crie au complot. Mais quand il s'agit d'un ancien président, tout change. Pourquoi ? Parce que l'impunité des puissants est un pilier du système.

Le 30 novembre : verdict en appel, et après ?

Le délibéré est fixé au 30 novembre 2026. Si la cour suit les réquisitions, Nicolas Sarkozy sera condamné en appel à 7 ans de prison ferme – avec exécution provisoire, comme en première instance. Il pourra se pourvoir en cassation. La procédure peut durer des mois, voire des années. Mais le message est clair : la justice ne plie pas.

Les avocats de Sarkozy promettent de démontrer son innocence. « Notre client est innocent et nous arriverons à le démontrer », ont-ils déclaré. Mais face au faisceau d'indices concordants – les transferts d'argent, les témoignages, les rencontres avec Senoussi, les trois mots « Claude, voyez cela » –, la défense a fort à faire.

Un mot sur l'exécution provisoire. 85 % des condamnés à 5 ans de prison y sont soumis. Sarkozy n'a pas eu droit à un dépôt immédiat – il a pu préparer son incarcération. Il a même été reçu par Emmanuel Macron à l'Élysée, a organisé une garden-party de soutien – avec Rachida Dati, ministre de la Culture, et Emmanuel Moulin, secrétaire général de l'Élysée, pressenti à la Banque de France. Gérald Darmanin, garde des Sceaux, est allé le voir en prison. La justice a ensuite interdit à Darmanin et Sarkozy de se revoir, soupçonnant des « leviers activés » indus.

L'affaire libyenne est un scandale d'État. Elle révèle comment un président de la République peut utiliser les services de l'État pour financer sa campagne et servir les intérêts d'un dictateur. Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : Sarkozy, Guéant, Hortefeux, Djouhri, Saleh. Le dossier est loin d'être clos. L'enquête continue.

Le 30 novembre, la France saura si son ancien président est condamné une troisième fois. Mais quoi qu'il arrive, les preuves sont sur la table. Les 6,5 millions d'euros. Les rencontres. Les ordres. Les mensonges. La justice a parlé. Reste à savoir si elle sera entendue.

Sources :

  • Parquet général – réquisitions du 11 mai 2026 (Ouest-France, Radio France)
  • Fabrice Arfi, Mediapart – intervention sur France Télévision (mai 2026)
  • Le Point – citation de l'avocat général Damien Modet
  • L'Humanité – analyse du procès en appel
  • JDD, CNews, Europe 1 – couverture médiatique du procès
  • Compte rendu d'audience – transcript diffusé par France Télévision

📰Source :youtube.com

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