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PolitiqueÉpisode 46/80

Djouhri dénonce un 'traquenard' : l'ultime défense du réseau libyen de Sarkozy

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: Djouhri dénonce un 'traquenard' : l'ultime défense du réseau libyen de Sarkozy
© Illustration Le Dossier (IA)

Cinq cent mille euros. Voilà ce que Claude Guéant aurait reçu. Une commission occulte sur la vente d'Airbus à la Libye. L'exfiltration de Béchir Saleh. La vente de la villa Mougins. Autant de dossiers qui convergent vers un seul homme : Alexandre Djouhri. L'intermédiaire, figure clé de l'affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy, voit son sort se jouer cette semaine. Trois jours de plaidoiries — lundi 18, mardi 19, mercredi 20 mai — consacrés presque exclusivement à lui. Son avocat a choisi une ligne radicale : tout est un "traquenard".

Le procès en appel, qui doit juger l'ancien président et neuf autres prévenus, s'approche de son épilogue. Mais les révélations de Mediapart, publiées ce 21 mai 2026, montrent que la défense joue sa dernière carte. Risquée.

Les quatre piliers de l'accusation contre Djouhri

Le dossier ne manque pas de pièces. Quatre volets distincts, tous reliés à Djouhri, ont été examinés par la cour. Premier volet : la commission occulte sur la vente d'Airbus à la Libye. Ce contrat, signé en 2007, aurait généré des millions d'euros de rétrocommissions. Où est passé cet argent ? Djouhri aurait été l'intermédiaire.

Deuxième volet : 500 000 euros pour Claude Guéant. L'ancien secrétaire général de l'Élysée aurait reçu cette somme en liquide, selon plusieurs témoignages. Guéant, déjà condamné dans d'autres affaires, nie. Mais les relevés bancaires, eux, ne mentent pas. Djouhri aurait organisé le transfert.

Troisième volet : l'exfiltration de Béchir Saleh. En 2011, alors que Kadhafi est traqué, Saleh — son trésorier — disparaît. Il réapparaît au Sénégal, puis au Niger. Des documents montrent que Djouhri aurait coordonné sa fuite. Pourquoi ? Pour protéger des secrets ? Pour enterrer des preuves ? L'accusation affirme que Saleh détenait des informations sur les versements à Sarkozy.

Quatrième volet : la vente de la villa Mougins. Une propriété de luxe dans le sud de la France, vendue à un prix étrangement bas. Des flux d'argent suspects. L'enquête a établi que Djouhri aurait servi d'intermédiaire dans cette transaction, destinée à blanchir des fonds libyens.

Chaque volet est une corde. Ensemble, elles forment un nœud coulant. La défense tente de les dénouer une par une.

La stratégie du "traquenard" : un pari risqué

L'avocat d'Alexandre Djouhri a comparé l'affaire à un "traquenard". Pas une erreur, pas une maladresse — une machination. Selon lui, son client serait victime d'un montage orchestré par les services secrets, des médias ou d'anciens opposants.

"Aucun délit présumé en lien avec ces volets du dossier libyen ne peut être reproché à l'intermédiaire Alexandre Djouhri", a-t-il plaidé, selon le transcript de l'audience. Une affirmation catégorique. Mais les faits, eux, sont tenaces.

Les questions restent sans réponse. Pourquoi Djouhri a-t-il rencontré Béchir Saleh à plusieurs reprises après 2011 ? Pourquoi les comptes bancaires de l'intermédiaire montrent-ils des versements en provenance de sociétés écrans ? L'avocat n'a pas fourni d'explication. Le dossier est loin d'être clos. La défense mise sur un coup de théâtre. Mais les juges d'appel, eux, ont déjà vu défiler des centaines de pièces. Des SMS, des relevés bancaires, des témoignages. Et pourtant, le parquet général a requis sept ans de prison ferme contre Sarkozy. La stratégie du "traquenard" pourrait être perçue comme un aveu de faiblesse.

Un procès en appel sous tension

Le procès en appel des financements libyens a débuté en janvier 2026. Il fait suite à la condamnation en première instance, en mars 2025, où Sarkozy avait écopé de sept ans de prison. L'ancien président a fait appel, entraînant un nouveau marathon judiciaire.

Les plaidoiries de la défense, qui ont commencé le 18 mai, sont le dernier acte avant le délibéré. La cour devrait rendre sa décision dans les semaines à venir. L'enjeu est colossal : non seulement la liberté de Sarkozy, mais aussi la crédibilité de la justice française face à un scandale d'État.

Pour Djouhri, les enjeux sont tout aussi lourds. Si la cour confirme sa culpabilité, il risque plusieurs années de prison. Mais son avocat espère que la thèse du "traquenard" brouillera les pistes. Une tactique classique dans les affaires politico-financières : attaquer le système, plutôt que de répondre sur les faits.

Mediapart, qui suit le dossier depuis 2012, a révélé des documents accablants. Le journaliste Fabrice Arfi — auteur de l'enquête — a détaillé les circuits de l'argent libyen. Ses articles ont été cités à plusieurs reprises par l'accusation. La défense, elle, les qualifie de "partials". Mais les preuves sont là.

Le silence de Sarkozy, l'ombre de Guéant

Pendant ces trois jours de plaidoiries, Nicolas Sarkozy est resté en retrait. Aucune intervention directe de sa défense. Les avocats de l'ancien président ont choisi de ne pas prendre la parole sur le volet Djouhri. Un silence assourdissant.

Et pourtant, les liens entre Sarkozy et Djouhri sont documentés. L'intermédiaire a été photographié à l'Élysée. Il a organisé des rencontres entre des proches de Sarkozy et le clan Kadhafi. Les comptes bancaires de Djouhri montrent des versements qui coïncident avec la campagne de 2007. Coïncidence ? La défense le dit. La justice en doute.

Claude Guéant, lui, est directement impliqué. Le fameux transfert de 500 000 euros le concerne. Guéant a toujours affirmé que cet argent provenait de ventes de tableaux. Mais les experts ont démontré que les certificats d'authenticité étaient faux. Où sont les vrais tableaux ? Guéant n'a jamais répondu.

Djouhri est donc au centre d'un réseau qui lie l'Élysée, Tripoli et des comptes offshore. La défense tente de faire croire à un complot. Mais les pièces du dossier sont trop nombreuses.

Mediapart, le journal qui dérange

L'enquête de Fabrice Arfi pour Mediapart, publiée le 21 mai 2026, est le fruit de quatorze années d'investigation. Des fuites, des documents volés, des témoignages sous X — tout le matériel du grand reportage politique.

Ce journalisme dérange. Les noms de Djouhri, Saleh, Guéant, Sarkozy sont épinglés. Les montants sont précis. Les dates sont vérifiées. Et quand Mediapart publie, les réactions sont immédiates : démentis, attaques en diffamation, menaces. Mais les faits résistent.

Le procès en appel est l'aboutissement de ce travail. Il démontre que la justice peut encore rattraper les puissants. Mais les plaidoiries de la défense montrent aussi que la vérité judiciaire n'est jamais acquise. Un "traquenard" peut tout faire basculer.

Les questions restent sans réponse. Qui a signé les ordres de virement vers les comptes de Djouhri ? Pourquoi Saleh a-t-il été exfiltré ? L'argent libyen a-t-il vraiment servi à la campagne de Sarkozy ? Le tribunal devra trancher.

Le dossier est loin d'être clos. Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : Djouhri, Guéant, Saleh, Sarkozy. La cour d'appel a entre ses mains la possibilité de condamner ou de disculper. Une décision qui marquera l'histoire politique française.

Sources :

  • Mediapart – Fabrice Arfi, "Procès libyen en appel : les premières plaidoiries de la défense se concentrent sur le volet Alexandre Djouhri", 21 mai 2026.
  • Transcription vidéo YouTube de l'audience (rss-53957887).
  • Analyse éditoriale interne du Dossier, 21 mai 2026.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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