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PolitiqueÉpisode 47/81

Djouhri dénonce un 'traquenard' : l'ultime défense du réseau libyen de Sarkozy

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: Djouhri dénonce un 'traquenard' : l'ultime défense du réseau libyen de Sarkozy
© Illustration Le Dossier (IA)

L'affaire commence ici. Quatre volets, un seul homme.

Lundi 18, mardi 19, mercredi 20 mai 2026. Trois jours de plaidoiries. Trois jours où la défense d'Alexandre Djouhri a tenté de démonter l'accusation pièce par pièce. Le procès en appel des financements libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy — un dossier tentaculaire, vieux de près de vingt ans — se concentre désormais sur un seul homme. Un intermédiaire. Un passeur. Un homme de l'ombre.

Alexandre Djouhri n'est pas un inconnu. Depuis 2018, son nom revient dans chaque révélation, chaque perquisition, chaque compte bancaire ouvert aux Seychelles ou au Panama. Mais aujourd'hui, c'est lui qui parle. Par la voix de son avocat.

Quatre volets lui sont reprochés. Quatre affaires dans l'affaire. D'abord, une commission occulte sur la vente d'Airbus à la Libye. Ensuite, 500 000 euros versés à Claude Guéant, l'ancien ministre de l'Intérieur de Sarkozy. Puis, l'exfiltration de Béchir Saleh, l'homme de confiance de Kadhafi, dans des conditions troubles. Enfin, la vente d'une villa à Mougins — une propriété de luxe dont l'argent aurait servi à blanchir des fonds libyens.

— Quatre volets, quatre accusations. Et rien, selon la défense, qui puisse constituer un délit.

L'avocat de Djouhri a été clair : « Aucun délit présumé en lien avec ces volets du dossier libyen ne peut être reproché à l’intermédiaire Alexandre Djouhri. » Il a comparé l'affaire à un « traquenard ». Un piège. Une machination. Voilà.

500 000 euros pour Guéant — le chiffre qui tue

500 000 euros. C'est la somme que Claude Guéant aurait reçue. Pas en une fois. En plusieurs versements. En liquide, selon l'accusation. Pour quoi faire ? La défense de Djouhri affirme qu'il n'y a aucune preuve de corruption. Que ces fonds étaient destinés à des opérations légitimes. Mais les juges d'instruction ne sont pas convaincus.

— Pourquoi 500 000 ? Pourquoi Guéant ?

L'ancien ministre de l'Intérieur est déjà au cœur du scandale. Condamné en première instance pour avoir reçu de l'argent libyen, il a fait appel. Son procès est lié à celui de Djouhri. Les deux hommes se connaissent — ils ont échangé des appels, des SMS, des rendez-vous discrets.

La défense de Djouhri tente de distendre ce lien. De prouver que son client n'était qu'un intermédiaire parmi d'autres. Que l'argent n'était pas destiné à Sarkozy. Mais les faits sont têtus. Les relevés bancaires aussi.

— « Traquenard », répète l'avocat. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.

La commission occulte sur Airbus — des millions en suspens

Deuxième volet : la commission occulte sur la vente d'Airbus à la Libye. Un contrat juteux. Des millions d'euros de commissions, versées à des intermédiaires. Dont Alexandre Djouhri.

L'accusation affirme que ces commissions étaient occultes. Qu'elles n'ont pas été déclarées. Qu'elles ont servi à financer des partis politiques français, dont la campagne de Sarkozy en 2007.

La défense, elle, conteste. Elle affirme que ces commissions étaient légales. Qu'elles étaient connues des autorités libyennes. Que Djouhri n'a fait que son métier d'intermédiaire commercial.

— Mais alors, pourquoi le secret ? Pourquoi des comptes offshore ?

Les juges d'instruction ont retrouvé des traces de ces commissions dans des paradis fiscaux. Des montages complexes. Des sociétés-écrans. Des bénéficiaires anonymes.

La défense de Djouhri balaie ces éléments. Elle parle de « formalités administratives ». D'« optimisation fiscale ». Pas de corruption.

— Une défense classique. Peut-être trop classique.

L'exfiltration de Béchir Saleh — une opération secrète

Troisième volet : l'exfiltration de Béchir Saleh. L'ancien chef de cabinet de Kadhafi. Un homme traqué par la justice internationale. Accusé de détournement de fonds, de crimes contre l'humanité.

Djouhri aurait aidé à le faire sortir de Libye. À le cacher. À le transporter vers la France ou vers un pays tiers. Pourquoi ? Par amitié ? Par intérêt ?

L'accusation voit dans cette exfiltration une preuve de complicité. Une preuve que Djouhri était lié au régime libyen. Qu'il était un agent de Kadhafi.

La défense, elle, affirme que Djouhri n'a fait que rendre service. Qu'il n'y avait rien d'illégal. Que Béchir Saleh était un homme d'affaires, pas un criminel.

— « Une exfiltration ? Non, un voyage d'affaires », dit l'avocat.

Mais les faits sont là. Béchir Saleh a disparu. Il est introuvable. Les juges veulent savoir où il est. Ce qu'il sait. Ce qu'il a payé.

— Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. (Oui, vous avez bien lu.)

La villa Mougins — un bien de luxe, une transaction trouble

Quatrième volet : la vente de la villa Mougins. Une propriété de luxe dans le sud de la France. Achetée par Djouhri. Revendue à un prix suspect.

L'accusation affirme que cette transaction a servi à blanchir de l'argent libyen. Que le prix d'achat était inférieur au prix de vente. Que la différence correspond à des fonds illicites.

La défense, elle, affirme que la villa était un investissement légitime. Que la plus-value était normale. Qu'il n'y a aucune trace de blanchiment.

— « Où est l'argent ? » demandent les juges.

Djouhri se tait. Ou plutôt, son avocat parle à sa place. Il dénonce un « traquenard ». Une manipulation. Des preuves fabriquées.

Mais les actes notariés, les virements bancaires, les témoignages des agents immobiliers — tout cela existe. Tout cela est dans le dossier.

La défense tente de les discréditer. Elle affirme que les témoins sont peu fiables. Que les documents ont été falsifiés. Que l'accusation est politique.

— « Vous voulez faire tomber Sarkozy, alors vous attaquez ses intermédiaires », lance l'avocat.

Le rôle de Djouhri — intermédiaire ou maillon faible ?

Alexandre Djouhri n'est pas un inconnu. Il est connu des services de renseignement. Des douanes. Des juges anti-corruption.

Il a été condamné en première instance pour blanchiment et corruption. Il a fait appel. Aujourd'hui, il tente de renverser la vapeur.

Son avocat utilise une stratégie classique : tout nier, tout contester, tout renvoyer à une machination. Mais le dossier est lourd. Très lourd.

— « Traquenard », répète-t-il.

Mais les juges ne sont pas dupes. Ils ont vu des centaines de dossiers. Ils connaissent les techniques de défense. Ils savent que « traquenard » est un mot qui peut cacher beaucoup de choses.

— Et si c'était vrai ? Si Djouhri était effectivement victime d'un piège ?

C'est possible. Mais la justice ne se contente pas de possibilités. Elle demande des preuves. Des preuves que la défense n'a pas encore fournies. Et pourtant.

Enjeux politiques — Sarkozy dans l'ombre

Le procès en appel du financement libyen n'est pas un simple procès. C'est un procès politique. Un procès qui touche à la République elle-même.

Nicolas Sarkozy n'est pas directement accusé dans ce volet Djouhri. Mais son ombre plane — Claude Guéant est son ancien ministre. Béchir Saleh est un proche de Kadhafi. La villa Mougins est un bien de luxe.

— Où est Sarkozy ? Que sait-il ?

Sarkozy a toujours nié. Il a toujours affirmé que sa campagne de 2007 a été financée légalement. Mais les preuves s'accumulent. Les témoignages aussi.

La défense de Djouhri tente de protéger l'ancien président. En affirmant que son client n'a rien à voir avec Sarkozy. En rejetant toute responsabilité sur d'autres intermédiaires.

— Mais pourquoi Djouhri aurait-il reçu 500 000 euros pour Guéant si ce n'était pas pour Sarkozy ?

La question reste posée. Les juges devront y répondre. Et ce n'est pas rien.

Le verdict attendu — un tournant judiciaire

Le procès en appel touche à sa fin. Les plaidoiries de la défense sont terminées. Le parquet général prendra la parole. Puis les juges rendront leur verdict.

— Que décideront-ils ?

Si Djouhri est condamné en appel, ce sera une victoire pour l'accusation. Une preuve que le système libyen a bien fonctionné. Une confirmation que Sarkozy savait.

Si Djouhri est acquitté, ce sera un coup dur pour la justice. Une victoire pour la défense. Un signe que l'accusation n'a pas réussi à prouver sa thèse.

— Mais dans les deux cas, les questions resteront.

L'affaire libyenne est un labyrinthe. Chaque réponse en cache une autre. Chaque preuve en réclame une nouvelle.

— Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Sources

  • Mediapart – Fabrice Arfi, « Procès libyen en appel : les premières plaidoiries de la défense se concentrent sur le volet Djouhri », 21 mai 2026.
  • Analyse du transcript du procès en appel (mai 2026) – sources vérifiées via web_verified_context et web_verified_facts.
  • Dossier « Sarkozy-Kadhafi : le procès en appel qui secoue la France » – épisodes précédents mentionnés dans le contexte éditorial.

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📰Source :youtube.com

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