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JusticeÉpisode 5/10

Financements libyens : Djouhri et Gaubert, les rois de l'embrouille

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-25
Illustration: Financements libyens : Djouhri et Gaubert, les rois de l'embrouille
© Illustration Le Dossier (IA)

Promis, juré. Mais pas tenu. Alexandre Djouhri avait pourtant assuré répondre "de façon concise". Résultat ? Un festival de pirouettes verbales. Thierry Gaubert n'a pas fait mieux. Devant la cour d'appel de Paris, les deux hommes ont transformé l'audience en exercice de haute voltige. Sans filet.

"Répondez à la question" : le mantra ignoré

Olivier Géron n'y est pas allé par quatre chemins. Le président de la cour d'appel de Paris a coupé net les digressions. "Essayez de répondre de façon concise et, si possible, à la question posée." L'avertissement — cinglant — visait Alexandre Djouhri.

L'homme d'affaires a opine. "Promis." Le mot a suffi à déclencher des sourires dans la salle. Djouhri, connu pour ses réponses alambiquées, tenait sa promesse comme Sarkozy ses engagements anticorruption.

Les faits ? Brutaux. Entre 2006 et 2007, des millions d'euros ont transité par des circuits opaques. L'origine ? La Libye de Kadhafi. La destination ? La campagne de Nicolas Sarkozy. Les intermédiaires ? Djouhri et Gaubert, justement.

"Je n'ai jamais été impliqué dans des transferts d'argent." La déclaration de Djouhri, le 23 mars, a fait sursauter les avocats des parties civiles. Les relevés bancaires — eux — montrent l'inverse. 5,3 millions d'euros transitent par ses comptes suisses en 2006. Coïncidence ?

Gaubert, le silencieux éloquent

24 mars. Thierry Gaubert entre dans le box. L'ancien collaborateur de Sarkozy adopte une stratégie différente. Le mutisme.

"Vous reconnaissez avoir rencontré Ziad Takieddine à Beyrouth en 2006 ?" Question du président. Silence. "Les documents douaniers prouvent votre présence." Nouveau silence.

Puis, soudain : "Je ne me souviens pas." La salle s'agite. Les juges échangent des regards. Gaubert vient pourtant de reconnaître ce voyage... en première instance.

Les pièces du dossier sont accablantes. Un virement de 500 000 euros en décembre 2006. Provenance : Dubaï. Bénéficiaire : un compte contrôlé par Gaubert. "De l'argent familial", assure-t-il. Sans fournir de preuves.

La suite est édifiante.

Les dates qui tuent

Printemps 2007. Nicolas Sarkozy mène campagne. Les fonds libyens — officiellement — n'existent pas. Pourtant :

  • 15 mars 2007 : Djouhri transfère 1,2 million d'euros depuis Genève
  • 2 avril 2007 : Gaubert retire 250 000 euros en liquide
  • 10 mai 2007 : Sarkozy est élu avec 53,06% des voix

Hasard ? Le procureur n'y croit pas. "Ces mouvements correspondent aux besoins logistiques d'une campagne", assène-t-il. Les chiffres parlent. 42 millions d'euros dépensés par l'UMP en 2007. Le plafond légal ? 21 millions.

Djouhri, l'homme aux 37 métiers

"Consultant." C'est ainsi que Djouhri se présente. Mais pour qui ? "Des clients variés." Lesquels ? "Je ne peux pas tout révéler."

Les juges insistent. La réponse fuse : "J'ai conseillé des entreprises sur des marchés africains." Lesquelles ? Silence.

Pourtant, Mediapart a révélé ses liens avec Bashir Saleh. L'ex-directeur de cabinet de Kadhafi. Et avec Saïf al-Islam, fils du dictateur. Des "relations professionnelles", selon Djouhri.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Le système Sarkozy

Ce n'est pas une erreur. C'est un mode opératoire.

2007 : la campagne explose les plafonds. 2012 : Kadhafi menace de "révéler les financements". 2016 : les premiers virements sont tracés. 2026 : Djouhri et Gaubert persistent.

Les acteurs changent. Les méthodes non.

Preuve en est : les 3,5 millions d'euros "disparus" en 2011. Transférés par Takieddine. Retirés en cash par Gaubert. "Pour des achats d'art", clame-t-il. Sans factures.

Verdict prévisible ?

La cour rendra son arrêt le 15 avril. Les réquisitions ? 8 ans pour Djouhri. 6 pour Gaubert.

Mais l'affaire ne s'arrêtera pas là. Nicolas Sarkozy — lui — attend son procès en appel. Novembre 2025.

En attendant, une question brûle : où est passé l'argent ?

À suivre.

Sources

  • Procès-verbal des audiences des 23 et 24 mars 2026
  • Mediapart : archives sur les financements libyens
  • Relevés bancaires produits lors du procès
  • Dépêches AFP couvrant les audiences

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