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Ingérence russe : Attal, Philippe, Glucksmann dans le viseur du Kremlin pour 2027

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-06
Illustration: Ingérence russe : Attal, Philippe, Glucksmann dans le viseur du Kremlin pour 2027
© YouTube

Fin juillet 2026. Une publication générée par IA affirme qu'Édouard Philippe est atteint de démence. Quelques jours plus tard, une vidéo deepfake accuse Raphaël Glucksmann et Léa Salamé de corruption. Enfin, des unes de journaux français falsifiées — Le Parisien, La Tribune Dimanche, Ouest France — assurent que Gabriel Attal entretient des liens avec des trafiquants de drogue et présente des symptômes de la maladie de Parkinson. Les trois opérations sont attribuées à des réseaux prorusses pilotés ou proches du Kremlin. La campagne présidentielle de 2027 est déjà sous le feu des ingérences numériques. Et ce n'est que le début.

Les faits

Trois attaques, trois cibles, un même commanditaire présumé. Le 27 juillet 2026, une fausse vidéo — reprenant les codes d'une chaîne d'info en continu — est diffusée sur les réseaux sociaux. Elle prétend qu'Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat déclaré, souffre de démence. D'après le reportage de LCI, ses équipes démentent immédiatement. Mais la publication a déjà été partagée par des proxy — des relais prorusses — et atteint plusieurs millions d'internautes.

Deux jours plus tard, c'est au tour de Raphaël Glucksmann, eurodéputé et candidat de Place publique. Un deepfake, détourné par IA, l'accuse de corruption — ainsi que le journaliste Edwy Plenel et sa compagne Léa Salamé. La vidéo reprend les codes visuels du média Blast. Le groupe Storm, directement piloté par les services de renseignement russes selon Glucksmann lui-même, est identifié comme l'auteur. Le Monde confirme que le parquet de Paris a ouvert une enquête le 6 août 2026 pour « soupçons d'ingérence en provenance de Russie » visant l'eurodéputé.

Enfin, le 30 juillet, troisième opération. Cette fois, Gabriel Attal, chef de file de Renaissance, est dans le viseur. Le réseau Matriochka — alias Doppelganger — usurpe les logos et la maquette de Le Parisien, La Tribune Dimanche, Ouest France. Les faux articles accusent Attal de liens avec des trafiquants de drogue et affirment qu'il présente « la main qui tremble », symptôme de Parkinson. Viginum, le service français de lutte contre les ingérences numériques, confirme l'opération. Les équipes du candidat sont informées par le SGDSN.

Ces trois faits sont documentés par LCI, recoupés par Viginum et partiellement confirmés par l'enquête du parquet de Paris mentionnée par Le Monde. Aucune divergence majeure entre les sources — si ce n'est que la viralité de ces attaques reste limitée selon LCI, tandis que les candidats redoutent un impact massif à l'approche du scrutin.

Le contexte

Ces ingérences ne sortent pas de nulle part. D'après LCI, les opérations russes de désinformation en France ont commencé bien avant 2027. Dès 2017, l'Union européenne alertait. En 2022, au Mali, un drone français a filmé une mise en scène grossière : des soldats maliens et des mercenaires de Wagner maquillant des cadavres pour les imputer à l'armée française. En mars 2024, lors des municipales, Viginum a détecté sept cas d'ingérence numérique étrangère — faux reportages usurpant l'identité de médias français, imputés aux collectifs Storm et Matriochka.

Les réseaux sont connus : l'Internet Research Agency (IRA) produit en masse des fake news ; une société de production, Riefan, crée des contenus plus sophistiqués (films, blogs). Le réseau Doppelganger, réactivé à chaque événement clé, avait déjà été déployé lors de l'incident du Bureau ovale entre Zelensky et Trump. Le colonel Pierre Dejong, professeur associé à l'école de guerre économique, rappelle que la Russie a « développé un double système » : la production en rafale de fausses informations et la capacité à diffuser des contenus crédibles.

Les cibles sont choisies avec soin. Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal — tous trois ouvertement pro-Ukraine, tous trois fermes face à la Russie. Comme le souligne Nicolas Tenzer, chercheur en géostratégie, « il y a d'autres candidats qui sont clairement du côté de la Russie ». Sous-entendu : l'ingérence vise à discréditer les adversaires de Moscou pour favoriser ses alliés.

La France n'est pas un cas isolé. L'Allemagne subit elle aussi des attaques hybrides. En juillet 2024, un engin incendiaire a été découvert à l'aéroport de Leipzig, près d'un avion ukrainien. En 2025, un drone explosif au même endroit. Surtout, un projet d'assassinat contre le PDG de Rheinmetall, Armin Papperger, a été déjoué en juillet 2024. Plus récemment, deux suspects ont été arrêtés pour un projet similaire visant Stephan Tumann, PDG d'Anachtal, une entreprise allemande d'équipements de défense. Ces sabotages physiques — attribués au GRU et au réseau Kimprom — s'inscrivent dans la même stratégie de déstabilisation que la désinformation numérique.

Le traitement judiciaire

Côté justice, l'enquête débute à peine. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire le 6 août 2026, visant spécifiquement les soupçons d'ingérence russe concernant Raphaël Glucksmann, comme l'indique Le Monde. Les chefs de poursuite n'ont pas été précisés à ce stade. Les autres candidats — Attal et Philippe — n'ont pas déposé de plainte séparée, à notre connaissance. Mais les informations ont été transmises à Viginum et au SGDSN.

Viginum, créé en 2021 sous l'autorité du Premier ministre, est chargé de détecter et d'alerter sur les manipulations de l'information. D'après Guillaume Biet, journaliste police-justice à LCI, le service a confirmé l'opération Matriochka contre Gabriel Attal. Les autorités françaises considèrent ces tentatives comme « une réalité dangereuse », selon ses sources. Un projet de loi — présenté en conseil des ministres le 30 juillet 2024 — prévoit de tripler les peines pour diffusion de fausses informations en période électorale et de réduire les délais de référé. Mais la complexité technique et l'anonymat des comptes rendent les poursuites difficiles.

En Allemagne, les enquêtes sont plus avancées. La police a mené des perquisitions et des arrestations dans le cadre du projet d'assassinat de Stephan Tumann. Une ressortissante chinoise a été condamnée en septembre 2025 pour espionnage à l'aéroport de Leipzig. Ces dossiers sont suivis par les parquets locaux, et la SBU ukrainienne collabore avec les services européens.

Ce que ça dit de la France

Ce dossier dépasse le simple fait divers. Il révèle une tension profonde dans notre rapport à la vérité, à la démocratie et à la souveraineté. La France, comme beaucoup de démocraties occidentales, est structurellement vulnérable face à la guerre hybride.

D'abord, notre système politique est polarisé. Les candidats pro-ukrainiens sont attaqués ; d'autres — notamment ceux du Rassemblement national — sont épargnés, voire favorisés. Comme le dit Nicolas Tenzer, l'objectif est de « placer ses candidats ». Le contribuable français finance des institutions censées protéger l'intégrité du scrutin, mais la vitesse de propagation des fake news dépasse souvent la capacité de réaction.

Ensuite, notre appareil de défense informationnelle reste défensif. Le colonel Dejong le dit sans détour : « On est que défensif. Offensif, c'est quasiment zéro. » Pendant que les réseaux russes produisent en masse, la France se contente de démentir. Les États-Unis, eux, ont une capacité offensive — mais ils se désengagent. Le retrait de 7 000 soldats américains d'Europe, annoncé récemment, affaiblit encore notre posture.

Enfin, cette affaire illustre la crise de confiance qui ronge nos démocraties. Chaque deepfake, chaque faux article, sème le doute. À force d'être exposés à des manipulations, les citoyens peuvent finir par ne plus croire aucune source — ou au contraire se réfugier dans des bulles complotistes. La présidentielle 2027 risque d'être entachée par des contestations post-électorales, sur la base d'ingérences réelles ou alléguées. Le précédent de la Roumanie, où l'élection a été annulée pour ingérence, est dans tous les esprits.

Et maintenant ? Viginum continuera de surveiller. La nouvelle loi sur les fausses informations pourrait renforcer les moyens de riposte, mais les débats parlementaires s'annoncent tendus entre liberté d'expression et protection démocratique. Sur le terrain, les sabotages physiques en Allemagne montrent que la menace dépasse le numérique. La France doit-elle s'attendre à des actions similaires sur son sol ? Le Premier ministre Sébastien Lecornu estime que le risque est « significatif » pour la présidentielle.

Le Dossier suivra ces développements. Une chose est sûre : la partie ne fait que commencer. Et les Français, eux, devront choisir entre la défiance et la vigilance.

Sources : LCI (Le Grand Dossier, 5 août 2026), Le Monde (6 août 2026), France 24, Arte. Recoupement effectué entre les formats vidéo et presse écrite. Aucune divergence factuelle majeure ; la portée réelle des opérations reste sujette à interprétation.

📰Source :youtube.com

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