LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

PolitiqueÉpisode 50/105

Versailles : le dîner d'État qui fâche – Macron accusé de 'vassalisation'

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-18
Illustration: Versailles : le dîner d'État qui fâche – Macron accusé de 'vassalisation'
© YouTube

Un G7 « cirage de pompe »

Trois jours dans les Alpes françaises. Un sommet multilatéral — le G7 — que Donald Trump a failli boycotter. Puis, lundi, la confirmation : il sera là.

Pourquoi cette hésitation ? Selon Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS, « c’est un petit peu aux Iraniens que l’on doit la visite de Donald Trump ». Sans la feuille de route signée dimanche — un préaccord avec Téhéran — le président américain serait arrivé « de très très mauvaise humeur ».

Il est venu. Et on l’a reçu en roi. Le château de Versailles, 250 ans après la proclamation d’indépendance des États-Unis. Louis XVI avait reçu Benjamin Franklin dans ces murs. En 1783, le traité de paix y fut signé. Ce soir, Trump déroule le même tapis rouge. Visite de la Galerie des Glaces. Concert à la Chapelle Royale. Dîner dans la basilique. Feu d’artifice. « Les grands honneurs », résume le journaliste James André sur France 24. Le dernier président américain à avoir eu droit à un tel dîner d’État à Versailles ? John Fitzgerald Kennedy, sous de Gaulle.

Mais le protocole a déraillé. Macron a pris une heure et trois de retard à sa conférence de presse. Trump n’est toujours pas arrivé à 19 h 15. Le programme est « complètement décalé », dit James André. Ironie : le maître du temps, c’est le président américain.

Sciora ne mâche pas ses mots. « Ça a été un G7 taillé sur mesure sur Donald Trump, un peu cirage de pompe, faut quand même le dire. » Les choses se sont bien passées. Opération réussie pour Macron. Mais à quel prix ? « Recevoir Donald Trump à Versailles donne un petit peu une impression de soumission voire de vassalisation. » Il insiste : « Je ne suis pas certain que cette soumission, le côté pardonnez-moi, mais parfois un petit peu petit garçon du président de la République française face à Emmanuel Trump paie. » Une erreur de notre part : c’est Trump le président américain. Mais la confusion dans le verbatim est révélatrice, non ?

L’accord iranien, cadeau empoisonné

Pendant que la France mitonne son dîner, les États-Unis signent un protocole d’accord avec l’Iran. Cérémonie prévue vendredi à Genève. Le plan en 14 points, dévoilé par Bloomberg, est un chèque en blanc. Au moins 300 milliards de dollars pour le redressement économique iranien. La levée des sanctions qui frappent l’Iran depuis 1979. Le dégel des avoirs iraniens à l’étranger. Des dérogations du Trésor américain pour que Téhéran exporte du pétrole.

Trump se défend : « Nous n’investissons pas. On n’y met pas 10 centimes. » Mais le texte ne précise pas la provenance des 300 milliards. Et les concessions s’accumulent. Selon Victor Faubert, chercheur cité par France 24, « Trump semble prêt à des concessions ». L’expert Sciora enfonce le clou : « On parle quand même d’une capitulation. » Les objectifs de guerre ? « Mettre à bas le régime de Téhéran. Il est là, et encore plus consolidé. » Le programme balistique ? « On en parle même plus. » Le nucléaire ? « Va faire partie d’une seconde phase de négociation. » Et Trump menace : « Si ça ne me plaît pas, on recommencera à leur tirer dessus, à leur larguer des bombes sur la tête. »

Une guerre qu’il a déclenchée contre l’avis de son vice-président, de sa secrétaire générale de la Maison-Blanche, des généraux du Pentagone. Et surtout de sa base MAGA. Une base qui avait suivi Trump en enfer, mais qui commence à se détourner. Le résultat ? « Les Iraniens devraient avoir 12 milliards d’avoirs dégelés vendredi à la signature. 300 milliards d’investissements. Et potentiellement la possibilité d’instaurer un péage sur le détroit d’Ormouz. » Sciora s’étonne : « En principe, ce n’est pas les vaincus qui touchent de l’argent après une guerre. »

La France en image de soumission

Macron a voulu un G7 consensuel. Neuf déclarations conjointes. Une unanimité. Et surtout, l’annonce par Trump de nouvelles sanctions sur le pétrole russe. Le chef de l’État français s’en félicite sur TF1 : « J’ai une relation de confiance avec Donald Trump parce que le président américain tient parole sur tout ce qu’il me dit. » Sciora ironise : « Il ne s’était pas engagé à respecter l’accord de Paris sur le climat. Effectivement, il a tenu parole. » Pas une seule promesse concrète de Trump à Macron, selon l’expert.

« Dites-moi une seule promesse de Macron, euh de Trump à Macron qui a été tenue. Il y en a pas eu aujourd’hui. » Le Canada, lui, a tenu tête. Justin Trudeau humilié, puis Mark Carney élu. « Auréolé de la souveraineté populaire, il a su se faire respecter. Il est très poli avec Trump, très respectueux, mais il est ferme. » Sciorta — c’est Sciora, la retranscription est phonétique — compare : « Je pense que si le président américain avait été reçu dans ce G7 taillé à sa mesure, avec un somptueux dîner à l’Élysée, sans les fastes de Versailles, cela aurait pu très bien se passer. Et la France n’aurait pas renvoyé au monde entier cette image de vassalisation. »

Une date. Un virement. Une question. Où est passée l’indépendance française ? Le général de Gaulle avait reçu Kennedy à Versailles, mais c’était une autre époque. Aujourd’hui, Trump menace de bombarder Téhéran, et Macron sert le champagne. Voilà. L’expert le dit crûment : « Je ne suis pas certain, même si Donald Trump est de très très bonne humeur, que cela permettra d’avoir des accords un peu plus poussés sur l’Ukraine ou autre par la suite. »

Une capitulation ?

Le mot est lâché. Capitulation. Sciora le répète : « Trump a avalé des couleuvres, et de très grosses couleuvres. » Les États-Unis « perdent la guerre » — il le dit malgré la victoire proclamée. Les sondages montent dans l’électorat républicain. Les soutiens d’Israël se sentent floués. Netanyahou « lâché » par Trump. L’image de la France ? « Nuire à la diplomatie française », prédit Sciora.

L’enquête continue. Le dîner de Versailles n’est pas encore commencé. Le feu d’artifice n’a pas éclairé la nuit. Mais les questions, elles, brûlent déjà. Pourquoi une telle soumission ? Qui a validé l’accord iranien ? Quel prix pour la France ?

Les faits sont là : 300 milliards, levée des sanctions, menace de bombes. Et un président français qui accueille un homme qui a mis le monde au bord du gouffre. La vassalisation, ou la realpolitik ? Le débat ne fait que commencer.

Sources

  • France 24 – reportage en direct de Versailles par James André et interview de Romuald Sciora (IRIS)
  • TF1 – interview d’Emmanuel Macron
  • Bloomberg – plan en 14 points sur l’accord États-Unis-Iran

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 1 · 2026-03-07

Missile Koramchar : L'arme qui fait trembler Tel Aviv et l'Europe

L'Iran déploie son missile dernier cri, le Koramchar. Une arme hyper puissante capable de frapper Israël en 12 minutes et d'atteindre l'Europe. Le Dossier révèle les détails.

Épisode 2 · 2026-03-07

Guerre Iran-Israël-États-Unis : L'Europe prise en étau

Attaques à Chypre, pétrole à +70%, accords militaires secrets — comment Paris et Berlin tentent d'éviter l'embrasement.

Épisode 3 · 2026-03-07

La France en guerre contre l'Iran : Macron dans l'ombre de Trump et Netanyahou

Sans vote du Parlement, Emmanuel Macron a engagé la France dans des opérations militaires contre l'Iran. Interception de missiles, déploiement du Charles de Gaulle : une escalade sous commandement américain.

Épisode 4 · 2026-03-07

Guerre de 100 jours : comment l'Iran piège Trump avec ses drones et tunnels

Le Pentagone sous-estime l'arsenal souterrain iranien. 65 km de tunnels, 5000 missiles, 2000 drones. Coût : 1 milliard par jour.

Épisode 5 · 2026-03-10

Netanyahou joue avec le feu en Iran : la guerre qui arrange l'élite israélienne

94% des Israéliens soutiennent la guerre contre l'Iran. Pourtant, les bénéfices ne profitent qu'à une minorité. Enquête sur les vraies motivations du Premier ministre israélien.

Épisode 50 · 2026-06-18

Versailles : le dîner d'État qui fâche – Macron accusé de 'vassalisation'

Sur le même sujet