G7 d'Évian : le dîner à Versailles divise les politiques français

Le débat ne porte pas sur la nécessité de parler à Trump. Il porte sur le symbole. Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l'IRIS, rappelle qu'Emmanuel Macron avait bien géré la relation avec Trump lors de son premier mandat. Mais selon lui, « Trump 2 n'a rien à voir avec Trump 1 ». À l'époque, Trump était isolé, sans colonne vertébrale politique. Désormais, l'extrême droite américaine ultra radicale l'épaule. « Le Rassemblement national serait des doux centristes à côté », lâche-t-il. Ces nouveaux venus ont un objectif clair : « Mettre à bas le système multilatéral post-45, nous ramener dans une ère où règne le bilatéralisme, la loi du plus fort. » Conséquence, selon lui : « Les États-Unis sont devenus la première superpuissance voyou de l'histoire moderne. »
Sciora estime que « la France n'est pas qu'une puissance moyenne. La France est aussi une grande voix. Mettre Donald Trump sur un piédestal — l'homme le plus impopulaire du monde aujourd'hui —, c'est peut-être une bonne idée stratégique pour les relations, mais une très mauvaise idée diplomatique pour l'image de la France. » Il plaide pour un accueil correct, sans le faste de Versailles. « Le problème n'est pas la stratégie diplomatique de Macron. Le problème, c'est l'image de la France. »
Dina Badiop, députée socialiste des Yvelines, abonde : « Non, sincèrement, quand on voit tout ce qui se passe en ce moment aux États-Unis… On est en pleine Coupe du monde, et on voit ce que fait l'administration Trump — un arbitre somalien empêché de venir. » Elle évoque ICE, les critiques sur les droits de l'homme, l'arrêt unilatéral de USAID. « Moi je ne crois pas qu'il fallait le recevoir à Versailles. » Pour elle, il y a une « hypocrisie du 'en même temps' » qui traverse Emmanuel Macron.
Loïc Hervé, sénateur Union centriste de Haute-Savoie — département qui accueille le G7 — conteste frontalement. « Je ne partage absolument pas. » Il rappelle les 250 ans de l'indépendance américaine. « Nous sommes les plus anciens alliés des États-Unis. La patrouille de France est en ce moment aux États-Unis, elle fait des shows partout. » Il distingue l'amitié entre les peuples et la période politique. « Le président de la République a réussi son G7. » Selon lui, l'agenda mondial a aidé : affaire iranienne qui se dénoue, venue de Zelensky à Évian. « On ne peut pas couper toutes les relations. » Il insiste sur la nécessité de parler à tout le monde, y compris à Trump. « Si nous voulons garder un lien transatlantique, on a intérêt à parler à tout le monde. » Il admet une « dimension de flatterie », mais justifie : « Le président est dans ses derniers mois de présidence, chaque mois doit être mis au service de la paix et de l'influence de la France. »
Romuald Sciora concède que l'amitié franco-américaine doit perdurer. « Emmanuel Macron a tout à fait raison de bien recevoir le président américain. Il aurait dû organiser un dîner amical privé. » En revanche, « il oublie l'image de la France à l'étranger dans le monde. On parle quand même d'un président allié à une extrême droite crypto-fasciste. » Il décrit une Amérique où « les universités sont sous pression, les agences média publics fermés, ICE devenu une police politique, la Garde nationale déployée ». « Je pense que la France se serait enorgueilli de rester la voie qu'elle était en recevant très bien le président américain, en le flattant, mais en évitant le symbole de Versailles. C'est une erreur stratégique monumentale. »
L’accord Iran : une « capitulation » ?
Parlons de l'Iran. L'accord signé au G7, Sciora le qualifie de « capitulation ». Il énumère : « Les buts étaient de faire tomber le régime des Mollahs. Il est toujours là. Le nucléaire ? On ne traite plus en priorité les raisons de la guerre. On traite les causes — le détroit d’Ormuz fonctionnait très bien avant que Trump nous entraîne dans cette guerre. Le nucléaire fera partie d’une seconde salle de négociations qui va traîner des mois, des années. » Son constat est brutal : « Les Iraniens vont avoir 12 milliards de dollars dégelés vendredi à la signature. Dans l’histoire, ce n’est pas les vaincus qui touchent de l’argent après une guerre. » L'accord fait une page et demie, contre 159 pages plus cinq annexes pour le JCPOA de 2015.
Dina Badiop partage l’inquiétude : « Ça va durcir le régime des Mollahs — bien sûr, évidemment. Ce n’est pas un bon accord pour le peuple iranien. » Elle voit dans cet accord une illustration de la méthode Trump : « L’image prime. Il peut dire « j’ai mis fin à la guerre ». Ce faisant, il rassure son électorat. »
G7 et Ukraine : unité de façade ?
Le G7 a réaffirmé son soutien à l'Ukraine, mais la fiabilité des États-Unis est remise en question. Romuald Sciora estime que « le multilatéralisme post-45 est mort. L’ONU est une naine politique depuis vingt ans. Ce n’est pas Trump qui l’a tué, mais il a accéléré le mouvement. » Il compare la situation à « un type qui tombe d’un building : la question n’est pas de savoir s’il va se briser les os, c’est fini. Il faut appeler une ambulance. »
La France divisée, l’Amérique isolée
Une fracture, c'est ce que révèle le débat. Loïc Hervé insiste sur la continuité de la relation bilatérale. « On fête les 250 ans de l’indépendance américaine. Le traité a été signé à Versailles. C’est comme ça. » Il rappelle que le désengagement américain a commencé sous Obama. « Ce n’est pas que l’affaire de Trump. » Sa stratégie : parler à tout le monde, y compris à Trump, pour garder une influence. « Je suis loin d’être trumpiste, je partage vos analyses sur la dérive. Mais dans la période que nous connaissons — Iran, Ukraine, Israël-Palestine — le président doit avoir ces temps de dialogue. »
Dina Badiop ne nie pas la nécessité de discuter. Mais elle refuse le faste. « Recevoir, certes, c’est un partenaire. Mais est-ce encore notre allié ? On travaille sur la souveraineté de la France et de l’Europe. Il y a une hypocrisie. » Elle pointe la menace de Trump de taxer à 100 % les vins et champagnes français si Macron ne cède pas sur la taxe GAFAM. « On peut encore le qualifier d’allié ? »
Le Canada s’éloigne, l’Afrique regarde vers la Russie et la Chine, les alliés du Golfe comprennent que les États-Unis ne seront pas toujours là, selon Sciora. « Les États-Unis sont isolés comme jamais. »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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