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JusticeÉpisode 20/12

Mort de Lyhanna, 11 ans : le système judiciaire mis en cause après des plaintes ignorées

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Mort de Lyhanna, 11 ans : le système judiciaire mis en cause après des plaintes ignorées
© YouTube

Le suspect du meurtre de Lyhanna ? Il avait déjà été signalé. Une plainte pour viol sur une autre enfant, Rosa, 11 ans, a été déposée le 22 août 2025. Elle était parfaite : récit détaillé, examens médicaux, prélèvements ADN — tout incriminait directement J. Barella. Pourtant, ce dernier n'a jamais été convoqué. Jamais placé en garde à vue. Résultat : une fillette est morte. La mère de Rosa poursuit l'État. Les politiques s'étranglent. Les magistrats se défendent.

Une plainte parfaite, un suspect libre

Le 22 août 2025, une mère pousse la porte d'une gendarmerie dans le Gers. Sa fille Rosa, 11 ans, vient de lui avouer des viols répétés sur trois mois. L'adjudant-chef qui reçoit la plainte fait son travail — et le fait bien. Il prend une déposition complète, avec tous les détails. La petite fille est examinée à l'hôpital. Subit un examen gynécologique. L'équipe médicale confirme les violences. Les prélèvements ADN sont réalisés. Ils incriminent directement J. Barella, un voisin que la mère avait déjà interdit de visite.

"Cette plainte est du 22 août 2025. Elle est parfaite", résume un journaliste dans la vidéo qui a déclenché l'enquête. Un magistrat normalement constitué aurait vu toutes les lumières rouges s'allumer. Mais le parquet de Toulouse se déclare incompétent. L'affaire est renvoyée au parquet général d'Agen. Résultat : J. Barella n'est jamais convoqué. Jamais placé en garde à vue. Il reste libre.

La mère de Rosa appelle chaque semaine les enquêteurs. "Quand va-t-il être interpellé ?" Leur réponse, rapportée dans la vidéo : "Arrêtez d'appeler." On lui dit qu'il y a "des fautes humaines" derrière ce drame. Elle finit par engager un avocat, Me L. Heinich, et annonce poursuivre l'État en justice. "J'ai essayé de faire mon possible. Mais aujourd'hui, je vois que la justice ne m'a pas suivie", dit-elle.

Un récidiviste présumé tombé entre les mailles du filet

J. Barella est aujourd'hui soupçonné du meurtre de Lyhanna, une autre enfant de 11 ans, tuée la semaine précédant la diffusion de cette vidéo. Il avait déjà fait l'objet de plusieurs plaintes. La dernière en date, celle de Rosa, aurait dû déclencher une réaction immédiate. Elle n'a rien déclenché.

Le commandant Laurent Perret, cité dans la vidéo, fait un parallèle saisissant : celui de l'affaire Pelicot. "On amène D. Pelicot à un commissariat de Carpentras. Personne ne lui demande d'aller au-delà d'une plainte. Mais L. Perret a l'idée de creuser son téléphone, de passer des heures, même sans Internet dans son commissariat, de récupérer le wi-fi de la mairie d'à côté... Pouf, il fait l'affaire Pelicot." Sa conclusion : "Ils ne font pas un métier de routine ! Ou alors, il faut qu'ils en changent."

Le rapport CIIVISE : une alerte ignorée depuis 2022

Ce n'est pas la première fois que le système est prévenu. En 2022, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) remet un rapport au ministère de la Justice. Il alerte sur le traitement des violences faites aux enfants. Des enquêteurs et des magistrats y sont interrogés. Un chef de service raconte "renoncer à des actes d'enquête cruciaux en raison d'expertises onéreuses et d'un nombre de personnels formés mais pas suffisant".

Ce rapport, la vidéo le rappelle, "avait été adressé au ministère de la Justice en 2022". Il y est question des délais. En moyenne, selon Me L. Heinich, "c'est 18 mois ou 2 ans avant un premier acte d'enquête. Et ce n'est pas une garde à vue. La garde à vue, c'est le dernier acte d'enquête." Quand on interpelle enfin la personne, "c'est une dizaine d'heures de travail, alors que 18 mois se sont écoulés".

Un délai qui, dans le cas de Rosa, s'est avéré fatal. La jeune victime a été violée pendant trois mois avant que sa mère ne réalise. Pendant tout ce temps, J. Barella était libre. À l'issue de la plainte d'août 2025, il l'est resté.

Colère citoyenne et interpellations politiques

L'émotion a explosé dans la rue. Le jour de la diffusion de la vidéo, des manifestations ont eu lieu dans près de 200 villes de France, selon les informations rapportées. À Paris, place Vendôme, devant le ministère de la Justice, plusieurs centaines de personnes se rassemblent malgré l'interdiction. Des interpellations ont lieu. Les manifestants scandent : "Darmanin, démission !"

Les politiques montent au créneau. Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, prend la parole : "Protéger, tel est le devoir premier de la République. Pourtant, mes chers collègues, ces derniers jours, la République a cruellement et collectivement failli à ce devoir."

Marine Le Pen, députée, enfonce le clou : "Cette petite fille a été sacrifiée sur l'autel de la nonchalance. Un État englué dans le déni de l'explosion de la criminalité contre les enfants et la culture généralisée du 'pas de vagues'."

Sébastien Lecornu, ministre, promet une enquête administrative : "Nous devons la vérité au peuple français sur ce qui s'est passé dans cette affaire. C'est le sens de la saisine des inspections, Éducation nationale, Justice, Intérieur, qui devra expliquer l'inexplicable et rendre compréhensible ce qui semble incompréhensible."

Le Premier ministre promet de renforcer les peines pour les violeurs récidivistes et d'accélérer l'examen des crimes contre les enfants.

Gérald Darmanin au Sénat : "défaillance grave"

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, est sommé de s'expliquer devant le Sénat. Il reconnaît une "défaillance grave". Il pose la question : "Quand le magistrat enquête, pourquoi il met un mois et demi pour saisir la brigade de gendarmerie ? Et ensuite, avec le ministre de l'Intérieur, pourquoi les actes d'enquête n'ont pas été faits plus rapidement ?"

Mais pour Me L. Heinich, avocat des parents de Lyhanna, la responsabilité est collective. "Le ministre de la Justice ne peut pas faire comme s'il découvrait, alors qu'on écrit tout le temps et qu'on les met en copie." Il dénonce le traitement des plaintes : "Individuellement, on ne parle pas comme ça aux gens, mais quand on entend le ministre de la Justice qui découvre que quand des femmes déposent des plaintes, pour des mineurs ou des majeurs, pour des faits qui viennent de se tenir ou plus anciens, ça met des mois et des mois... En moyenne, c'est 18 mois ou 2 ans avant un 1er acte d'enquête."

Un ancien ministre, Éric Dupond-Moretti, a obtenu des moyens supplémentaires, rappelle un journaliste. Mais le problème persiste : "Il faut recruter, affecter, et ça prend du temps. On tombe sur ce genre d'affaires qui mettent en évidence les manques les plus criants."

Les magistrats se défendent, la profession appelle à la retenue

Face aux accusations, la profession de magistrat réagit. "Ce matin, la profession appelle à la retenue", indique la vidéo. Les critiques politiques visent directement certains magistrats. On les accuse de traiter "une affaire dramatique comme on traite un cambriolage". Le constat est amer : "Normalement, dans de telles affaires, on commence par la garde à vue. Là, ils n'ont jamais mis l'incriminé en garde à vue. Ils ont reconvoqué la maman de Rosa, l'ont réinterrogée, ont réinterrogé la petite fille pendant des heures, mais ils n'ont pas mis J. Barella en garde à vue."

Un journaliste pose la question : "Ça peut être des fautes individuelles ? C'est-à-dire des magistrats ou des enquêteurs qui ne font pas leur travail ? Est-ce que ça peut être, pardon de le dire comme ça, juste ça ?"

Me L. Heinich répond : "Non." Il explique que la mère de Rosa "se faisait rembarrer par les policiers, qu'ils lui disaient qu'ils allaient porter plainte contre elle... Individuellement, on ne parle pas comme ça aux gens." Mais le problème est systémique : "Dans tous les dossiers que nous avons, rien ne va."

Une plainte contre l'État, treize jours pour des réponses

Les résultats de l'enquête administrative — menée par les inspections de l'Éducation nationale, de la Justice et de l'Intérieur — seront connus dans treize jours. En attendant, les parents de Lyhanna ont saisi la justice contre l'État pour négligence. Leur avocat, Me L. Heinich, estime que le drame "aurait pu être évité" si la justice avait eu plus de moyens.

La question est posée par un journaliste : "Collectivement, il n'y a rien qui va. Il ne faut pas tous les radier de la magistrature ou de la gendarmerie... Ce ne sont pas des fautes. Ce sont de bons magistrats, certainement. Ils n'ont pas fait exprès."

Sources :

  • Rapport CIIVISE 2022 (transmis au ministère de la Justice)
  • Témoignage de la mère de Rosa (vidéo YouTube, extraits)
  • Déclarations de Gérald Darmanin au Sénat (vidéo)
  • Enquête administrative annoncée par Sébastien Lecornu (vidéo)

📰Source :youtube.com

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