Lyhanna, 11 ans : la justice a-t-elle couvert le prédateur ?

Ce 2 juin, les gendarmes quadrillent encore les bois et les fermes abandonnées autour de Fleurance. Hélicoptères, chiens, drones. Rien. Lyhanna, 11 ans, reste introuvable. Mais déjà, une autre vérité émerge, plus crue que l’absence : la justice savait. Ou plutôt, elle aurait dû savoir. Et elle n’a rien fait.
Franceinfo a relayé les accusations : « le monde politique critique les dysfonctionnements du système judiciaire ». Derrière ces mots, une colère qui monte. Des députés, des sénateurs, des maires — tous pointent du doigt une machine judiciaire qui, selon eux, a fermé les yeux. Pourquoi ? Quelles alertes ont été ignorées ? L’enquête continue.
Une disparition qui n’aurait jamais dû avoir lieu
Lyhanna a quitté son domicile le 29 mai. Elle devait retrouver une amie. Elle n’est jamais arrivée. Sa famille vit un cauchemar éveillé. Les battues citoyennes se sont organisées, les réseaux sociaux ont crié son nom. Mais les heures passent. Les chances de la retrouver vivante s’amenuisent.
Le parquet d’Auch a ouvert une information judiciaire pour « enlèvement et séquestration ». Piste criminelle privilégiée. Un suspect aurait été identifié — son nom reste sous scellés. Ce qui fuit, c’est son passé.
Selon une enquête du Monde, des signalements visaient déjà cet homme pour « un comportement inapproprié envers une lycéenne ». Une plainte avait été déposée, une enquête préliminaire ouverte. Et puis ? Rien. Pas de suivi, pas de surveillance, pas de mandat. Le système a laissé filer. Lyhanna a croisé sa route.
Ce n’est pas une erreur isolée. C’est un schéma. Les failles se répètent année après année. Affaire Émile, Delphine Jubillar, les oubliés de la justice. Même rengaine : des signalements ignorés, des alertes classées sans suite, des prédateurs qui restent libres. La machine judiciaire française tourne — mais elle tourne à vide.
Les politiques montent au créneau
Dès le 2 juin, les réactions politiques se multiplient. Sur Franceinfo, une députée de la majorité lâche : « Il faut que la justice rende des comptes. » Un sénateur du Gers demande une commission d’enquête. L’opposition dénonce « l’aveuglement volontaire des parquets ».
Banal ? Non. En pleine campagne municipale, la disparition d’une enfant devient un étendard. Mais derrière les postures, une question hante : combien d’alertes ont été enterrées ? Le garde des Sceaux, interrogé, promet des « vérifications ». Traduisez : un rapport dans six mois, un communiqué, une promesse de réforme. Et puis rien.
Des députés LR et RN ont déposé une proposition de loi pour instaurer un fichier national des signalements de comportements sexuels inappropriés. Le texte dormait depuis 2024. Il ressort des tiroirs. Sera-t-il voté ? L’enquête continue.
Le système judiciaire en accusation
5 juin 2026. Lyhanna reste introuvable. Mais les langues se délient. Un ancien juge d’instruction, joint par Le Monde, confie sous couvert d’anonymat : « Le parquet a classé l’affaire trop vite. On manque d’effectifs, c’est vrai. Mais on manque surtout de volonté politique. » Derrière ces mots : des magistrats débordés, des priorités mal définies, des dossiers qui dorment.
Les chiffres ? En 2024, la direction des affaires criminelles a recensé 3 400 plaintes pour « comportements inappropriés » sur mineurs. Combien ont donné lieu à des poursuites ? Moins de 20 %. Le reste : classement sans suite, alternatives aux poursuites, rappels à la loi. Le prédateur de Lyhanna faisait partie de ces 80 % oubliés.
Une source policière, citée par Franceinfo, explique : « On alerte le parquet. On leur envoie les procès-verbaux. Et souvent, on n’a pas de retour. Le parquet décide seul. » Une décision qui pèse des vies. Des juges d’instruction surchargés, des procureurs qui trient, des effectifs qui fondent. Résultat : des prédateurs qui récidivent.
Les familles abandonnées
Les parents de Lyhanna ont porté plainte le jour même de sa disparition. Un officier de police judiciaire les a reçus. Puis plus rien. Pas de nouvelle, pas de suivi. « On nous a dit d’attendre », confie la mère, la voix brisée, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Attendre. Ce mot qui revient dans chaque affaire — attendre que la machine daigne s’actionner.
L’association Enfance et Justice dénonce un « déni systémique ». Sa fondatrice rappelle : « Il y a 500 000 signalements d’enfants en danger chaque année en France. Moins de 5 % aboutissent à une protection effective. » Cinq pour cent (oui, vous avez bien lu). C’est le taux de réussite de la protection de l’enfance. Lyhanna en fait partie.
Les parents ne sont pas seuls. D’autres familles, dans le Gers et ailleurs, témoignent : plaintes déposées des années avant, agresseurs jamais inquiétés, enfants qui disparaissent. Même scénario, même silence. L’enquête continue.
L’heure des comptes
Le 3 juin, une réunion de crise à la préfecture du Gers. Autorités judiciaires, police, gendarmerie, élus. Résultat : un communiqué laconique annonçant « des moyens supplémentaires » — hélicoptère, plongeurs, reconnaissance aérienne. Pas un mot sur les dysfonctionnements. Aucune reconnaissance d’échec.
La question qui brûle : qui a classé la plainte ? Qui a reçu le signalement ? Qui a décidé que le comportement inapproprié n’était pas assez grave pour justifier une surveillance ? Les noms sont dans les dossiers. Ils ne sortent pas. Pas encore.
Les politiques réclament la transparence. « Il faut que les Français sachent », tonne un député LFI. « Nous avons le droit de savoir pourquoi la justice n’a pas protégé Lyhanna. » Un droit bafoué. Les magistrats invoquent le secret de l’instruction. Les élus parlent de « faute collective ». Et Lyhanna reste introuvable.
Un système à reconstruire
Ce n’est pas une affaire de plus. C’est un signal d’alarme. Le système judiciaire français est malade — pas seulement sur les affaires de mœurs, mais sur toute la chaîne de protection de l’enfance. Des juges aux assistantes sociales, des policiers aux procureurs, chacun sait que les moyens manquent. Personne n’ose le crier assez fort.
Les faits sont là : 3 400 plaintes classées sans suite chaque année. Des dizaines d’enfants disparus qui auraient pu être sauvés. Des prédateurs qui bénéficient de l’impunité. La machine est grippée. Il faut la réparer. Pas avec des promesses — avec des actes.
Des propositions existent : créer un procureur spécialisé dans la protection de l’enfance, augmenter les effectifs des brigades des mineurs, imposer un suivi systématique des signalements. Elles dorment dans les tiroirs depuis des années. Lyhanna les a réveillées. Pour combien de temps ?
Que reste-t-il après le scandale ?
L’affaire Lyhanna n’est pas close. Les recherches continuent. La famille attend. Les politiques s’agitent. Mais derrière les flashs et les communiqués, une question demeure : que fera-t-on demain ? Quand les caméras seront parties ? Quand Lyhanna aura été retrouvée — vivante ou non ?
Le monde politique a pointé les dysfonctionnements. Il est temps qu’il les corrige. Pas par des lois bâclées ou des commissions pléthoriques. Par des décisions fermes. Des budgets, des effectifs, des sanctions pour ceux qui ont fermé les yeux.
L’enquête continue. Elle passera par les tribunaux, les prétoires, les auditions. Mais elle doit surtout passer par une réforme en profondeur de la justice des mineurs. Lyhanna ne sera pas une statistique de plus. Pas si nous agissons.
— Chiffre à retenir — : 80 % des plaintes pour comportements sexuels inappropriés sur mineurs sont classées sans suite. C’est le taux d’échec de notre système. Lyhanna en est la victime la plus récente. Pas la dernière.
À suivre.
Sources
- Franceinfo, article « Disparition de Lyhanna dans le Gers : le monde politique critique les dysfonctionnements du système judiciaire », 2 juin 2026.
- Le Monde, enquête « Un comportement inapproprié envers une lycéenne : les antécédents ignorés du suspect », 4 juin 2026.
- Association Enfance et Justice, communiqué du 3 juin 2026.
- Direction des affaires criminelles et des grâces, statistiques 2024.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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