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Faits diversÉpisode 5/6

Liana, 6 jours sans traces : le prédateur que la justice n'a pas arrêté

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-04
Illustration: Liana, 6 jours sans traces : le prédateur que la justice n'a pas arrêté
© YouTube

Il ne dit rien. Mais les faits l’accablent.

Jérôme Barrella refuse de parler. 48 heures de garde à vue, sans craquer. « Quelqu’un qui refuse de parler… depuis le Moyen-Âge on n’a plus le droit à la torture », lâche le général François Daoust, spécialiste des interrogatoires. Aujourd’hui, le suspect est en détention provisoire, mis en examen par un juge. Chaque heure compte — et Liana reste introuvable.

Pourquoi ce silence ? Parce qu’il sait que les incohérences de son récit l’accablent. Vendredi, à 15h05, la vidéosurveillance du collège montre Liana monter dans sa voiture. Barrella affirme l’avoir conduite à la piscine municipale de Fleurance. Problème : ce jour-là, la piscine était fermée au public. La procureure d’Auch l’a confirmé en conférence de presse. « Son récit comporte des incohérences », a-t-elle dit, sobrement.

À 18h30, le même homme participe à la fête d’école de l’une de ses filles, dans un village voisin. Il filme avec son téléphone, il sourit. « Ils étaient tous souriants », raconte un témoin. Puis, en début de soirée, il sonne chez les parents de Liana. « Il nous a dit : oui, la petite Liana, elle a disparu, vous ne l’avez pas vue », se souvient la mère de l’adolescente. Lui-même donne l’alerte. Un classique des prédateurs.

Les enquêteurs ont fouillé un silo agricole où Barrella travaillait. Rien. Les recherches continuent : plus de 170 gendarmes, des plongeurs, des drones, des hélicoptères. Une cinquantaine de chasseurs et pêcheurs volontaires prêtent main‑forte. « La famille est en détresse, elle cherche leur fille. Nous aussi on n’est pas rames », témoigne l’un d’eux.

Mais une question, lancinante : pourquoi n’a-t-on rien fait avant ?

Août 2025. Une enfant de 10 ans porte plainte pour viol.

Rosa, l’amie de la fille de Barrella, dépose plainte au parquet de Toulouse. Cinq jours plus tard, les gendarmes l’entendent selon le protocole Mélanie — ils agissent vite. Ensuite, le dossier traîne. Il faut attendre décembre 2025 pour que le parquet de Toulouse se dessaisisse au profit de celui d’Auch, dans le Gers, où les faits auraient été commis.

Dix mois plus tard — nous sommes en juin 2026 — la plainte n’a toujours pas abouti. « Mon client est toujours présumé innocent. Il n’a jamais été entendu dans le cadre de cette enquête. Il n’a jamais été interrogé », a déclaré l’avocat de Barrella. Exact. Aucune audition du mis en cause. Aucune confrontation. Rien.

La procureure d’Auch tente de justifier : « Dans le cadre d’une enquête pénale, l’audition du mis en cause est toujours le dernier acte d’enquête à effectuer. » C’est un argument technique, certes. Mais dix mois pour une plainte pour viol sur une enfant de dix ans — c’est une éternité. Que s’est-il passé pendant ces mois ? Les investigations avaient-elles vraiment lieu ? La procureure assure que l’enquête était « en cours au moment de la disparition de Liana ». Mais elle n’a pas précisé quand elle aurait abouti.

Le préjudice est immense. Liana, elle, est peut-être la deuxième victime d’un système qui a laissé faire.

Le ministre de l’Intérieur a dû monter à la tribune de l’Assemblée nationale. « Nous avons décidé de diligenter une enquête administrative qui sera confiée à l’Inspection générale de la Justice et à l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale pour identifier d’éventuels dysfonctionnements. » Dysfonctionnements ? Le mot est faible. Une plainte pour viol mise de côté pendant des mois — c’est une faute, pas un dysfonctionnement.

Un licenciement en 2021, jamais signalé à la justice

Barrella n’était pas un inconnu pour l’institution scolaire. En 2021, agent d’entretien dans un lycée du Gers, une lycéenne signale un comportement inapproprié. L’établissement engage une procédure disciplinaire et le licencie.

Mais combien d’enfants a-t-il côtoyés avant ? Et surtout : l’établissement a-t-il alerté la justice ? L’article 40 du code de procédure pénale oblige tout fonctionnaire à signaler tout crime ou délit dont il a connaissance. Le lycée aurait dû saisir le parquet. Interrogée, la procureure d’Auch répond qu’elle « n’avait pas la réponse à cette question ». Aucune communication entre l’Éducation nationale et la justice. Un trou noir.

Un trou noir dans lequel des adolescentes ont pu tomber.

Les parents de Liana, eux, avaient déjà senti le danger. À l’automne dernier, leur fille raconte une soirée pyjama chez Sophia, la fille de Barrella. « Elle m’a dit qu’il lui avait fait des guillis et tout. J’ai dit que je ne voulais plus qu’elle lui adresse la parole », raconte la mère sur BFM TV. La famille prend ses distances. Mais Barrella ne lâche pas. « Apparemment, tous les jours il était devant le collège. Il amenait des goûters à Liana, mais pas qu’à elle. » Il a une fixation. Les parents le voient tous les matins quand leur fille sort du bus.

Cette fixation, le général Daoust la décrit : « Un mécanisme d’attirance relativement démontré par les faits. » Un homme qui gravite autour d’adolescentes, qui leur offre des goûters, les filme, les touche — et qui, un jour, passe à l’acte.

Aujourd’hui, le père d’une autre jeune fille a déposé une nouvelle plainte pour attouchement. Les enquêtes seront regroupées. Mais combien d’autres victimes silencieuses ?

Le vendredi où tout a basculé — et où rien n’a été fait

Revenons à ce vendredi. 15h05. Liana monte dans la voiture de Barrella. Il prétend l’emmener à la piscine municipale, fermée. Pourquoi mentir ? Sans doute parce que le vrai lieu est autre — un endroit qu’il connaît, discret. Les gendarmes ont fouillé des silos agricoles, des zones boisées, des étangs. Rien.

À 18h30, Barrella participe à la fête d’école de sa fille. Il prend des vidéos, sourit. « Ils étaient tous souriants. » Aucune nervosité. Puis, en début de soirée, il va chez les parents de Liana et donne l’alerte. Pourquoi ? Parce qu’il veut maîtriser le récit, se positionner en victime, en collaborateur. Un stratagème classique des prédateurs qui brouillent les pistes.

Le général Daoust explique : « Quand on le confronte à ses incohérences, il se renferme. Le mettre en face de ces contradictions, c’est lui montrer qu’il se met en danger lui-même. » Barrella a choisi le silence. 48 heures de garde à vue sans craquer. Mais l’instruction continue. Le juge d’instruction dispose de plus de moyens, de plus de temps. Perquisitions, auditions des proches, des enfants — tout cela peut apporter des preuves.

Mais le temps, justement, joue contre Liana. Les plongeurs, les drones, les hélicoptères ratissent le Gers chaque jour. L’espoir s’amenuise.

Enquête administrative, mais questions sans réponse

Le ministre de l’Intérieur a ordonné une enquête conjointe de l’IGJ (Justice) et de l’IGGN (Gendarmerie). Que peut-elle révéler ? Déjà, le délai de traitement de la plainte pour viol d’août 2025 est un scandale. Dix mois pour une enfant violée. Le transfert entre parquets a pris quatre mois (août à décembre). Et ensuite ? Le parquet d’Auch a-t-il vraiment enquêté ? La procureure assure que l’audition du mis en cause était le « dernier acte ». Mais pourquoi ne pas l’avoir programmée plus tôt ? Parce que l’enquête n’était pas prioritaire. Parce qu’au Gers, les effectifs sont limités. Parce qu’une enfant de 10 ans, ce n’est pas assez urgent.

Regardons les faits. Le suspect était connu de l’Éducation nationale depuis 2021. Licencié pour « comportement inapproprié envers une lycéenne », l’information n’a jamais été transmise à la justice. En août 2025, une plainte pour viol arrive. Elle est prise au sérieux — protocole Mélanie, audition de l’enfant — puis elle s’enlise. En janvier 2026, l’enquête est toujours en cours. Barrella n’a toujours pas été entendu. En juin 2026, Liana disparaît.

Voilà. Un échec systémique.

Combien de femmes, combien d’enfants doivent subir des violences avant que la justice réagisse ? Le cas de Liana est emblématique. Un homme signalé, licencié, plaint pour viol — et pourtant il était libre, il circulait devant les collèges, offrait des goûters, organisait des soirées pyjama.

La colère des familles, l’impuissance des gendarmes

Les parents de Liana sont brisés. La mère témoigne : « On a entendu sonner à la maison à 8h15, 8h30. C’était lui. Il nous a dit que Liana avait disparu. » Ils ont immédiatement su que c’était grave. Après la soirée pyjama, ils avaient pris leurs distances. Mais ils ne pouvaient pas empêcher leur fille d’aller au collège. Barrella les guettait.

Les gendarmes, eux, travaillent sans relâche. « Je l’espère très fortement », répond un gradé quand on lui demande si Liana est encore en vie. « On fait tout pour apporter des réponses. Même si le temps joue contre nous. » Les recherches mobilisent des moyens considérables : 170 gendarmes, des plongeurs, des drones, des hélicoptères, des volontaires. Mais sans indice, sans témoin, sans parole du suspect, la voie est étroite.

Le général Daoust rappelle que le silence du suspect peut être brisé par la confrontation aux preuves. « Les personnes qui se sentent coupables ont envie de se soulager. Il faut aider ce moment-là. » Mais Barrella n’est plus en garde à vue. Il est en détention provisoire. Le juge d’instruction l’interrogera, mais la pression n’est plus la même.

Le temps passe. Liana n’a toujours pas été retrouvée. Chaque minute accroît l’angoisse.

Conclusion : un système à réformer d’urgence

Non, cette affaire n’est pas un cas isolé. Trop d’alertes ignorées, trop de plaintes classées sans suite, trop de prédateurs laissés en liberté. Le ministre annonce une enquête administrative. Mais ce n’est pas une enquête

📰Source :youtube.com

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