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Faits diversÉpisode 6/25

Delphine Jubillar, la disparue du Tarn : un mari au cœur des soupçons, une enquête sans corps

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-06
Illustration: Delphine Jubillar, la disparue du Tarn : un mari au cœur des soupçons, une enquête sans corps
© YouTube

L’effacement

L’affaire commence ici. Dans un lotissement tranquille du Tarn, une maison modeste, une famille ordinaire. Delphine Jubillar travaille à la clinique Claude Bernard d’Albi depuis dix ans. Elle accompagne des malades en fin de vie. « C’est quelqu’un qui faisait l’unanimité, semble-t-il, autour d’elle », rapporte un journaliste. « Pour sa gentillesse, pour sa douceur, pour sa sympathie. »

Ce soir-là, mardi 15 décembre, Delphine ne travaille pas. Elle a posé des congés pour préparer Noël. Son mari, Cédric, se couche vers 22h30. Il laisse Delphine et leur fils devant la télévision. À 23h, elle couche l’aîné. Le garçon se souvient d’avoir embrassé sa mère, de lui avoir fait un câlin. « Bonne nuit. À demain. »

Il n’y aura pas de demain.

Quand Cédric se réveille à 4h du matin, les chiens sont dehors — anormal. Il cherche Delphine. Il envoie des messages à ses amies. Personne ne sait où elle est. Il prévient les gendarmes une demi-heure plus tard. À 6h, ils sont déjà au domicile.

Les chiens de gendarmerie suivent une trace. Elle mène à un panneau stop, à environ 200 mètres de la maison. Puis plus rien. « Le chien va suivre un parcours d’environ 200 m et il va s’arrêter à un stop », explique un enquêteur. « À partir de là, on ne sait pas très bien ce qu’elle est devenue. »

Est-elle montée dans une voiture ? A-t-elle été enlevée ? Les habitants du lotissement peinent à y croire. « C’est un lotissement relativement dense. Les habitations sont proches les unes des autres », témoigne un voisin. « On a du mal à imaginer qu’une personne puisse être enlevée sans le moindre bruit. »

Pourtant, un élément trouble les enquêteurs. Le bornage du téléphone portable de Delphine — son seul effet personnel emporté — indique qu’il s’est connecté à un relais situé à 2,3 km du domicile. Loin du village. Loin de son habitude. « Le téléphone borne pour la dernière fois sur un relais qui est situé à 2 km du centre du village », précise Pascal Maes, expert en téléphonie auprès des tribunaux. « Et quand on descend, on s’aperçoit qu’on a un grand nombre de relais dont le plus proche est à 2,39 km. »

Le téléphone s’éteint ensuite. Il se rallume brièvement le 10 février 2021 — deux mois plus tard — sans que l’on sache qui l’a allumé, ni où.

Le contexte

Delphine et Cédric Jubillar se rencontrent en 2004, lors d’un anniversaire. Elle a 17 ans, il est apprenti peintre. « C’est pas le jour et la nuit, c’est pas le yin et le yang, mais c’est quelque chose un peu comme ça », résume un proche. « On a une jeune fille de 17 ans qui découvre la vie. On a beau lui dire que c’est pas un mec pour elle, que c’est un bad boy qui fume du shit, elle y va quand même. »

Le couple s’installe à Artès en 2008, se marie à Albi en 2013. Leur premier enfant naît en 2014, année où ils emménagent à Cagnac-les-Mines. Delphine travaille, Cédric aussi. Mais les tensions s’accumulent.

Un ancien voisin décrit un homme impulsif. « Au début, il disait bonjour. Après, petit à petit pour des petits trucs, il s’énervait, il voulait montrer que c’était lui le chef », raconte-t-il. « Ça a très très chauffé. Il montait dans les tours. »

Avant sa disparition, Delphine engage une procédure de divorce. Elle avait déjà tout organisé : un logement, la garde des enfants.

Le traitement judiciaire

Dès le début, les soupçons se portent sur Cédric Jubillar. Le mari statistiquement, c’est souvent le coupable. L’affaire Jonathan Daval — où le mari a tué sa femme et joué les veufs éplorés pendant des mois — est encore dans toutes les têtes. « On sort de quelques semaines après l’affaire Jonathan Daval », rappelle un journaliste. « Cette personne qui jouait les mariés pleurant lors de la disparition de sa femme et qui, au bout de 3 mois, s’avère être le meurtrier. Évidemment, on fait des raccourcis. »

Cédric Jubillar est rapidement cloué au pilori sur les réseaux sociaux. Il fume du cannabis — il ne s’en cache pas. « Les gens ont vite fait de faire un raccourci en disant : de toute façon, à partir du moment où il fume des joints, ça peut être que lui l’assassin », déplore un proche. « Regardez les statistiques des consommateurs de cannabis chez les moins de 35 ans. Si toutes ces personnes-là sont des tueurs potentiels, on a beaucoup d’inquiétude à se faire. »

Se sentant harcelé, Cédric construit un mur devant sa maison pour se protéger des caméras. Il refuse de parler à la presse. Un journaliste l’aborde un soir : « Je me sens perdu, je veux qu’elle revienne », lui dit-il. Puis, sentant le poids des rumeurs : « Je sais que l’immense majorité du village pense que je suis le coupable. »

Les gendarmes passent la maison au peigne fin : sonar, BL Star (révélateur de sang), analyse toxicologique des enfants. Aucun résultat probant connu.

Cédric Jubillar est entendu à plusieurs reprises. Mais toujours comme simple témoin. Jamais placé en garde à vue. Jamais mis en examen.

Les gendarmes ont mobilisé des moyens considérables — 80 militaires, un hélicoptère, des plongeurs, des drones, 1800 bénévoles lors d’une battue citoyenne. Rien.

La piste de l’amant virtuel — un homme marié de Montauban avec qui Delphine échangeait — a été explorée. Son alibi est solide : il était avec sa femme cette nuit-là.

Reste Cédric. Mais que peut-on lui reprocher concrètement ? Son passé de consommateur de cannabis ? Son impulsivité ? Ses conflits de voisinage ? Sa réticence à parler aux médias ? Autant d’indices, aucun de preuve.

« Cédric Jubillar, c’est l’un des seuls personnages qu’on voit », constate un journaliste. « C’est le visage finalement de cette famille Jubillar, le seul visage auquel les médias et le public ont accès. »

Un visage qui devient, malgré lui, celui du coupable idéal.

L’affaire Delphine Jubillar n’est pas résolue. Elle est suspendue. À un corps qui ne réapparaît pas. À une famille qui se tait — « omerté absolue », selon les mots d’un journaliste.

Que s’est-il passé cette nuit-là, entre 23h30 et 4h du matin, dans ce lotissement tranquille du Tarn ? Delphine est-elle partie volontairement ? A-t-elle été victime d’un prédateur ? Son mari a-t-il commis l’irréparable ?

Les questions restent ouvertes. Les réponses, enterrées quelque part dans les mines de Cagnac-les-Mines.

Sources

  • Transcription de l’enquête (source unique - vidéo d’origine)

📰Source :YouTube

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