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JusticeÉpisode 118/56

Bigorgne : l'ami de Macron droguait son ex-belle-sœur — et le parquet a couvert

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Bigorgne : l'ami de Macron droguait son ex-belle-sœur — et le parquet a couvert
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Un soir de février, un prédateur et une coupe de champagne

Commençons par le commencement. Le 22 février 2022, Sophie Conrade accepte un dîner chez Laurent Bigorgne — son ex-beau-frère et son patron à l'Institut Montaigne. Elle le connaît depuis son enfance. Il a été marié à sa sœur. Vingt ans plus tard, il la recrute. Et depuis des mois, il la harcèle.

Des textos. Des avances. Des propositions obscènes.

« Je suis sûre que tu es un super coup », lui écrit-il. Il lui propose des escortes. Il lui raconte ses conquêtes. Elle recadre, systématiquement. Il insiste.

Ce soir-là, Bigorgne sert deux coupes de champagne. Il enfile un jogging. Il fait des allers-retours en cuisine. Sophie boit un tiers de sa coupe. Puis, brutalement, tout bascule.

« Énorme bouffée de chaleur, les murs qui bougent », raconte-t-elle. « La seule chose dont je suis à peu près persuadée, c'est que je vais m'effondrer sur la table et que je ne me souviendrai de rien. »

Bigorgne reste calme. Il attend. La molécule fait son effet.

Sophie a un réflexe de survie. Elle envoie un SMS à une amie : « Je crois que LB m'a droguée. » Puis elle repose son téléphone. Elle ne voit pas les appels. Mais elle se souvient d'un numéro : celui de Bigorgne. Elle l'appelle. Il décroche, surpris.

Ce coup de fil lui redonne de l'énergie. Elle parvient à se lever, à descendre les cinq étages, à héler un taxi. À 20h36, Bigorgne lui envoie un SMS : « Pardon Sophie, je suis désolé. Je me disais qu'on parlerait, j'ai tout fait foirer. [...] Dis-moi juste que tu n'avais rien mis dans le champagne. Ça ne me fait jamais cet effet là. »

Question cruciale. Elle n'obtient aucune réponse.

Les heures qui suivent : un marathon, des blocages

Sophie Conrade ne se rend pas chez elle. Elle prend un deuxième taxi — par peur d'être suivie via l'application. Direction l'hôpital Cochin, vers 21h. Le temps presse pour les prélèvements.

L'interne refuse : « Pas de dépôt de plainte, pas d'analyse. » Repart à minuit, encore droguée, seule. Troisième taxi. Destination : le commissariat du 5e arrondissement.

Les policiers la reçoivent. Ils googlisent Bigorgne. Ils comprennent immédiatement qui il est : un proche d'Emmanuel Macron. L'Élysée s'apprête à annoncer la candidature du président à sa réélection. L'affaire est explosive.

Pourtant, les policiers font leur travail. Ils escortent Sophie à l'unité médico-judiciaire à 2h du matin. Prise de sang. Analyse d'urine. Les tests confirment : NDMA, une drogue de synthèse. Pas d'examen gynécologique, précise-t-elle. À 5h, elle signe sa déposition, encore sous l'emprise de la substance.

Le commissaire la raccompagne et lui dit : « Vous êtes la victime parfaite. » Parce qu'elle était habillée strictement, qu'elle s'exprimait clairement, qu'elle n'avait pas bu. « Ce qui est horrible à dire, parce que toutes les victimes sont irréprochables. Mais dans ce monde où les victimes doivent se défendre, on cherche toujours à les salir. »

Le lendemain, réauditionnée cinq heures à la Police judiciaire. Le troisième jour, les enquêteurs se déplacent à Nancy, où elle est partie se réfugier en famille. Pourquoi ? « La procureure voulait blinder le dossier avant de faire les perquisitions », explique-t-elle. Résultat : la perquisition chez Bigorgne n'a lieu que trois jours après les faits.

Quand les policiers arrivent, l'appartement a été nettoyé. Plus un gramme de cocaïne. Plus aucune trace.

Un mois plus tard, l'avocat découvre le pot aux roses

Maître Ari Alimi prend connaissance du dossier. Il est stupéfait. « Je me rends compte qu'il y a une succession de choses qui n'ont pas été faites. Je pense évidemment à des géolocalisations, à des PV d'identification, à des exploitations de téléphone. »

Un mois après les faits, Le Canard Enchaîné révèle pourquoi : le parquet de Paris a donné l'ordre de ne pas procéder aux photos, aux prises d'empreintes, aux analyses ADN. Bigorgne évite ainsi tout fichage policier. Et quand les enquêteurs découvrent dans son téléphone des messages provenant d'un possible dealer, le parquet refuse d'identifier le numéro.

Pourquoi ? « On a la certitude qu'il y a eu une intervention politique », affirme Me Alimi. « Les fonctionnaires de police qui ont travaillé sur l'enquête se sont émus auprès des journalistes de la multitude des interventions politiques. »

Parmi ces interventions : celle de Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l'Éducation nationale et ami de Bigorgne. « Le téléphone de Jean-Michel Blanquer a appelé souvent soit au parquet, soit au commissariat pendant la garde à vue », confie une source proche du dossier.

Mais ce n'est pas tout. En fin d'enquête, le rapport de synthèse rédigé par la police judiciaire est modifié par le parquet. « Une partie du dossier a disparu, notamment tout ce qui concerne la géolocalisation ou l'exploitation du téléphone portable », révèle Me Alimi. C'est un faux en écriture publique.

« Il a drogué son épouse aussi »

Bigorgne craque-t-il ? Durant sa garde à vue, il reconnaît avoir drogué Sophie Conrade. Mais il nie toute intention sexuelle. Sa version ? Il voulait « parler avec elle ». Il prétend qu'il cherchait à la faire « écouter » ou « parler ». Les enquêteurs ne sont pas dupes. « Faut pas être sorti de ceinture pour comprendre que quand on met trois cristaux de MDMA dans le verre d'une femme, c'est pas forcément pour faire du thé avec elle », s'indigne Sophie.

Et il y a plus grave. Les enquêteurs demandent à Bigorgne s'il a déjà drogué d'autres personnes. Il avoue : un soir, à l'insu de son épouse, il a mis de la MDMA dans son thé. « À partir du moment où il y a deux femmes qui sont droguées dans son entourage proche, il y a un pattern », insiste Me Alimi. « Il est possible qu'il y en ait eu avant. »

Les policiers veulent rechercher d'autres victimes. Le parquet leur interdit. Motif officiel : le dossier est « suffisamment solide ». — La réalité : protéger Bigorgne de nouvelles accusations. Voilà.

Procès fin 2022 : une procureure agressive, une condamnation symbolique

Bigorgne comparaît devant le tribunal correctionnel. Poursuivi pour administration de substances nuisibles suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, sous l'emprise manifeste de stupéfiants. Pas de tentative de viol. Pas d'agression sexuelle. Le parquet a requalifié.

Sophie Conrade se souvient : « La procureure s'est levée et m'a expliqué que ce n'était pas à moi de qualifier les faits. Je me suis sentie dépossédée. » Me Alimi confirme : « J'ai rarement vu une telle agressivité. Comme si on touchait à quelque chose qui était au cœur de l'essence du pouvoir. »

Pourtant, le jugement est clair : la justice reconnaît que Bigorgne a administré de la drogue à Sophie Conrade « afin de commettre un viol ou une agression sexuelle ». Condamné à 12 mois d'emprisonnement avec sursis et 2 000 euros d'amende. Pas d'inscription au fichier des délinquants sexuels. Pas de peine ferme.

Bigorgne fait appel. Puis, en mai 2023, il se désiste discrètement. L'affaire est close. En apparence.

Et l'argent ? Et la protection ?

Posons les questions qui fâchent. Pourquoi le parquet de Paris a-t-il empêché la police d'enquêter correctement ? Pourquoi Jean-Michel Blanquer a-t-il téléphoné pendant la garde à vue ? Pourquoi le rapport de synthèse a-t-il été modifié ?

La réponse est politique. Bigorgne a hébergé le parti présidentiel à son domicile lors de sa création, le 6 avril 2016. Il est un proche ami d'Emmanuel Macron. Il est le directeur de l'Institut Montaigne, think tank libéral financé par le CAC 40. Il incarne le pouvoir macroniste.

Sophie Conrade n'a aucun doute : « C'était pour des raisons évidemment politiques. On allait pas faire une grosse affaire avant les présidentielles de quelqu'un qui avait hébergé le parti politique du président de la République à son domicile. »

Me Alimi a porté plainte contre la Police judiciaire et le parquet de Paris pour obstruction à la manifestation de la vérité et faux en écriture publique. L'enquête continue.

Le président savait-il ?

Emmanuel Macron a-t-il été informé ? A-t-il donné des instructions ? Les preuves manquent. Mais le faisceau d'indices est accablant. Un proche du président drogue son ex-belle-sœur. Le parquet entrave l'enquête. Un ministre appelle. Le rapport est modifié. Et Bigorgne échappe à l'inscription au fichier des délinquants sexuels.

C'est un système. Et ce système a des noms.

Sophie Conrade, elle, vit toujours avec les séquelles. « Comment est-ce qu'on peut se dire en toute sincérité qu'on peut droguer quelqu'un pour parler ? C'est complètement fou. » Elle se bat pour que la vérité éclate. Mais le temps passe. Et les preuves s'effacent.

À suivre.

Sources

  • Le Canard Enchaîné, enquête sur l'affaire Bigorgne, 2022-2025.
  • Off Investigation, chaîne YouTube, documentaire « L'ami de Macron droguait son ex-belle-sœur ».
  • Témoignage de Sophie Conrade, recueilli par Off Investigation.
  • Entretien avec Maître Ari Alimi, avocat de Sophie Conrade.
  • Dossier judiciaire : jugement du tribunal correctionnel de Paris, fin 2022.
  • Procès-verbal de synthèse modifié par le parquet de Paris (source : Le Canard Enchaîné).
  • Confirmation par la Police judiciaire des pressions politiques (source : témoignages de fonctionnaires auprès de journalistes).

📰Source :youtube.com

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