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JusticeÉpisode 14/28

Daniel Siad : le recruteur français d'Epstein emporte ses secrets dans la tombe

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-23
Illustration: Daniel Siad : le recruteur français d'Epstein emporte ses secrets dans la tombe
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Le 20 juillet 2024, Daniel Siad est retrouvé mort chez lui, à Colombes (Hauts-de-Seine). Il avait 69 ans. Causes inconnues. Son nom apparaît plus de 1800 fois dans les fichiers Epstein déclassifiés sous l'administration Trump — le documentaire LIGNE ROUGE de BFMTV le révèle. De 2009 à 2019, il échangeait régulièrement avec le pédocriminel américain. Il lui envoyait des vidéos de jeunes femmes. Il mentionnait des mineures de 15 à 17 ans. Aujourd'hui, il emporte ses secrets. Cet article s'appuie sur une source unique, la vidéo de BFMTV. Impossible de présenter les faits comme définitifs. Chaque élément est attribué à cette source.

« J'ai jamais violé quelqu'un de ma vie »

Daniel Siad se présentait comme un chasseur de mannequins. Une carrière irréprochable, disait-il. Devant la caméra de BFMTV, quelques mois avant sa mort, il avait accepté de parler. « J'ai jamais violé quelqu'un de ma vie », affirmait-il. « Violé ou agressé sexuellement ? Jamais de la vie de ma vie. » Il insistait : « J'étais marié et j'ai jamais sorti avec un mannequin de ma vie. »

Mais les messages échangés avec Jeffrey Epstein, selon la vidéo, racontent une autre histoire.

En mai 2009, Daniel Siad envoie au milliardaire la vidéo d'une jeune femme. Son seul commentaire : « Bonjour Jeffrey, je l'ai testé. » Cinq ans plus tard, dans un autre message, il évoque sans détour des filles mineures. « Au moins cinq d'entre elles, âgées de 16 à 17 ans, seront prêtes l'année prochaine », écrit-il. Et encore : « À Paris, j'ai peut-être trouvé une nouvelle star, elle a 15 ans. »

Des mots glaçants. Qu'il n'a pas vraiment expliqués face à la caméra.

Interrogé par BFMTV, Daniel Siad minimisait. Il décrivait une relation « strictement professionnelle » avec Epstein. Il disait avoir organisé pour lui des castings Victoria's Secret. Combien de jeunes femmes lui avait-il présentées ? « Pas plus d'une dizaine », répondait-il. Des Françaises, des étrangères. Rien de plus, selon lui.

Il assurait n'avoir jamais rien vu. Jamais rien su. « Il était jamais, jamais ça s'est passé quelque chose avec moi, ma présence », répétait-il.

Et il attendait la justice française. « J'attends que ça, je suis là, je me cache pas. J'attends qu'confronter la justice française. » Il se disait prêt à rencontrer les femmes qui l'accusaient. « Absolument, absolument, absolument. Je suis là pour ça à 100 %. »

La justice ne l'a jamais entendu. Il est mort avant.

Juliette, la rencontre qui a tout déclenché

Une femme témoigne dans le documentaire. Juliette. Elle n'a jamais porté plainte contre Daniel Siad. Mais elle se souvient.

C'était en 2003. Elle croise Siad par hasard dans les rues de Paris. Elle est jeune mannequin, elle enchaîne les castings. Alors quand il lui propose de partir aux États-Unis, elle hésite, puis accepte. Son agence la rassure : oui, elles connaissent cet homme.

Juliette traverse l'Atlantique. Direction New York. Elle s'installe dans un appartement où sont logés d'autres mannequins. On lui donne une adresse pour un rendez-vous.

Elle ne sait pas qui elle va voir.

L'homme qui l'accueille est grand, costume gris, chemise blanche. Il lui dit qu'il n'a pas le temps. Il lui demande son passeport. Elle le lui tend, sans méfiance. Il lui donne 120 dollars. Sa limousine l'attend en bas. Elle reviendra demain.

L'homme, c'est Jeffrey Epstein.

Le lendemain, Juliette revient. Epstein la fait monter. Elle traverse une salle de musculation. Au-dessus, près du plafond, des photos. Des gros plans de sexes, de poitrines, de fesses. « Je fais waouh, ok, qu'est-ce que c'est que ça ? », raconte-t-elle.

Il l'entraîne dans une chambre. Il s'assoit sur le lit. Elle reste sur le pas de la porte. « Je vous préviens, je ne ferai rien. » Il la rassure : « T'inquiète pas, c'est safe, viens. » Il lui demande de se déshabiller. Il doit vérifier si son corps est prêt.

Elle obéit, garde ses sous-vêtements. Il exige qu'elle enlève aussi son soutien-gorge. Elle le fait, en se cachant. Il la regarde. Il la touche. Il estime qu'elle aura besoin de trois mois pour se remettre en forme.

Pendant cette période, lui dit-il, elle peut travailler : accompagnatrice de soirée, hôtesse de l'air pour des compagnies privées.

Juliette comprend. Elle sent le danger. Elle exige son passeport. Elle ne le reverra jamais.

Daniel Siad a essayé de la recontacter après cette journée. Elle n'a jamais donné suite.

Les cinq résidences du prédateur

Jeffrey Epstein possédait cinq propriétés à travers le monde. Cinq lieux où les abus se seraient multipliés, selon le documentaire.

La première à avoir attiré l'attention des enquêteurs : sa villa de Palm Beach, en Floride. En 2005, une adolescente de 14 ans porte plainte pour agression sexuelle. Le FBI ouvre une enquête. Les enquêteurs identifient 40 victimes. Ils perquisitionnent la propriété. Ils découvrent des photos d'adolescentes à moitié dénudées, une table de massage, des jouets sexuels.

Epstein avait acheté cette villa de 3000 m² en 1990 pour 2,5 millions de dollars.

Huit ans plus tard, il investit dans une île : Little Saint James, dans les îles Vierges. Les images de la perquisition montrent un bâtiment rayé bleu et blanc, un plafond décoré de signes du zodiaque, une bibliothèque vide. Dans la cuisine, on voit Epstein poursuivre deux femmes dont les visages sont masqués par des rectangles noirs.

En 1993, il achète le Zorro Ranch au Nouveau-Mexique. Un domaine de 3070 hectares, avec une propriété de plus de 2000 m², une piste d'atterrissage. Les habitants l'appelaient le « playboy ranch ». Plusieurs jeunes femmes mineures affirment y avoir été recrutées puis abusées.

Virginia Giuffre, l'une des principales témoins à charge, avait 17 ans quand elle a été photographiée dans cette demeure. Elle a été agressée à de nombreuses reprises au Nouveau-Mexique, selon le documentaire.

Pendant des années, malgré les accusations, la propriété n'a jamais été perquisitionnée. Il a fallu attendre le 16 février 2025 pour que la Chambre des représentants de l'État vote l'ouverture d'une enquête. Et le 9 mars 2026, pour que la première perquisition ait lieu.

À New York, dans son hôtel particulier de Manhattan, Epstein recevait dans un appartement de plus de 2000 m² et 40 pièces. C'est là qu'il a été arrêté en juillet 2019.

Et puis il y a Paris.

L'appartement du 22 avenue Foch

Le 24 février dernier, BFMTV a eu accès à un dossier de 300 pages. Il contient les clichés de la perquisition menée en 2019 au 22 avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris.

L'appartement fait plus de 700 m². Des chambres, des salles de sport, des salons. Le luxe. Mais aussi l'étrange.

Selon le documentaire, on y trouve un « cabinet de curiosités » : un éléphanteau empaillé, un vautour, un singe. Des coupes de cerveau. Dans la salle à manger, un fauteuil recouvert d'une peau de tigre, avec des cornes sur les côtés.

L'appartement reflète le double visage d'Epstein. D'un côté, les salons où il recevait les puissants : Bill Clinton, Woody Allen, Michael Jackson, Mick Jagger, même le pape Jean-Paul II. De l'autre, les pièces où les visiteurs importants ne venaient pas. Là, les murs sont couverts de photos de femmes nues. Des gros plans de sexes, de fesses, de seins. « Souvent des très jeunes femmes », précise la voix off.

Parmi ces pièces, un bureau au mur en cuir rouge. La « Red Room ». Epstein y filmait des femmes en train de danser. Des vidéos font partie des documents déclassifiés par la justice américaine. On y entend les commentaires du milliardaire.

Ces femmes, parfois mineures, étaient recrutées pour le masser. Une activité à laquelle il s'adonnait jusqu'à quatre fois par jour. Les clichés de la perquisition le montrent allongé, deux femmes à moitié nues assises sur lui.

Le mode opératoire était toujours le même : d'abord le massage, puis l'obligation de se déshabiller, puis les attouchements, puis les viols.

Les puissants dans la toile

Le scandale Epstein éclabousse les plus hautes sphères du pouvoir.

Selon le documentaire, le couple Clinton a été auditionné en février dernier dans leur maison de Chappaqua, à 50 km au nord de New York. Ils devaient s'expliquer sur leurs liens avec Epstein. Des dizaines de photos les montrent avec le financier : à des événements mondains, à bord de son avion, dans des cadres plus privés. Sur l'une d'elles, Bill Clinton se fait masser. Sur une autre, il est dans un jacuzzi avec des femmes au visage masqué.

Bill Clinton a tweeté : « Si j'avais eu le moindre soupçon de ce qu'il faisait, je l'aurais dénoncé moi-même et je l'aurais traîné devant la justice pour ces crimes. Il n'y aurait eu aucun petit arrangement. »

Le prince Andrew, lui, a rencontré Epstein en 1999, à Londres, chez Ghislaine Maxwell. En mars 2001, Epstein présente au prince une jeune femme : Virginia Giuffre, 17 ans. Une photo les montre bras dessus, bras dessous. Ghislaine Maxwell observe la scène depuis l'arrière.

Il faudra attendre 2015 pour que Virginia Giuffre prenne la parole. Elle accuse Andrew de l'avoir violée alors qu'elle était mineure.

Le 16 novembre 2019, Andrew est interviewé par la BBC. L'entretien tourne au fiasco. Face aux accusations, il se dérobe. Il parle de son propre sort, pas des victimes. L'opinion britannique se retourne contre lui. Quelques jours plus tard, il se retire de ses fonctions officielles.

Ghislaine Maxwell et Jean-Luc Brunel

Ghislaine Maxwell, ex-compagne et collaboratrice d'Epstein, purge une peine de 20 ans de prison pour avoir recruté des jeunes filles mineures exploitées sexuellement par le milliardaire. Les caméras de vidéosurveillance de sa prison de Brooklyn la montrent lisant, faisant du yoga. Elle est régulièrement auditionnée.

En 2016, on l'interroge sur l'âge des jeunes femmes qu'elle a présentées à Epstein. Elle esquive. Elle parle de « personnes adultes, professionnelles ». Elle finit par admettre qu'une fille avait 17 ans. Rien de plus.

C'est par son intermédiaire qu'Epstein rencontre Jean-Luc Brunel. Le Français dirige une grande agence de mannequins. Dans les années 80, il s'entoure des plus belles filles du monde. Il leur promet des carrières de top model.

Une caméra le suit un jour en Floride, à la rencontre d'une potentielle recrue. « 14 ans, 1,72 m, 73 cm, un visage exceptionnel de beauté », dit-il. « Dans 2 ans, elle aura son appareil dentaire retiré. En attendant, je crois qu'elle peut travailler une journée par-ci, une journée par là sans trop sourire. »

Il ajoute : « Le contact avec les filles, même quand elles sont très jeunes, est très important. »

Dans les Epstein Files, le nom de Jean-Luc Brunel apparaît plus de 5000 fois. Des centaines de photos le montrent faisant la fête avec Epstein ou entouré de filles anonymisées.

Une note confidentielle retrouvée chez lui mentionne une fille russe de 16 ans. « Il y a une prof pour vous apprendre à parler russe. Elle a 2 x 8 ans, pas blonde. Les leçons sont gratuites. »

Son avocat conteste le terme de « recruteur ». Il rappelle que Brunel a été interrogé pendant des dizaines d'heures et que trois juges d'instruction n'ont jamais estimé qu'il y avait assez d'éléments pour le mettre en examen pour recrutement.

Jean-Luc Brunel a été mis en examen pour viol aggravé sur mineur. En 2020, une mannequin de 17 ans déclare avoir été droguée et abusée pendant une soirée avec lui. Il est incarcéré à la prison de la Santé.

En février 2022, il est retrouvé mort dans sa cellule.

Trois morts, des questions sans réponse

Jeffrey Epstein, arrêté le 6 juillet 2019, est retrouvé mort dans sa cellule le 10 août 2019. Suicide officiel. Beaucoup en doutent.

Jean-Luc Brunel, incarcéré, meurt en prison en février 2022.

Daniel Siad, retrouvé mort chez lui le 20 juillet 2024. Causes inconnues.

Trois hommes. Trois morts. Trois protagonistes du même dossier qui disparaissent.

Selon le documentaire, l'avocate des femmes qui ont porté plainte contre Daniel Siad affirme que les investigations récentes en France et les témoignages recueillis ont permis de faire émerger de nouveaux noms. Reste à savoir s'ils permettront de démanteler le réseau.

Ce que cette affaire dit de la France

Ce fait divers dépasse le simple fait divers. Il révèle une tension profonde dans la société française.

D'abord, le rapport à la justice. Daniel Siad disait vouloir être entendu. Il attendait les juges français. Il est mort avant. Jean-Luc Brunel est mort en prison, avant que la justice n'ait pu établir pleinement les faits. Deux hommes qui emportent leurs secrets. La justice française a-t-elle été trop lente ? Trop prudente ? Ou simplement dépassée par l'ampleur du réseau ?

Ensuite, le rapport aux inégalités. Epstein recrutait ses victimes dans les quartiers pauvres de Miami. Des adolescentes sur le point de se retrouver à la rue. On leur proposait 200 ou 300 dollars pour un massage. Elles acceptaient. Parce qu'elles n'avaient pas le choix. La prédation sexuelle prospère sur la misère. C'est vrai aux États-Unis. C'est vrai en France aussi.

Enfin, le rapport à l'impunité des puissants. Epstein fréquentait Clinton, Trump, Gates, le prince Andrew, des prix Nobel, des chefs d'État. Pendant des années, personne n'a rien dit. Personne n'a rien vu. Ou personne n'a voulu voir. Le système Epstein a fonctionné parce que les puissants se protègent entre eux.

La France n'est pas épargnée. L'appartement du 22 avenue Foch, au cœur du 16e arrondissement, est un symbole. À deux pas des institutions, des ambassades, des lieux de pouvoir, un pédocriminel recevait en toute impunité. Les voisins ne voyaient rien. Les autorités non plus.

Aujourd'hui, des enquêtes sont en cours. Au Nouveau-Mexique, la première perquisition du Zorro Ranch a eu lieu en mars 2026. À Paris, le dossier de 300 pages est entre les mains de la justice. Des noms émergent.

Reste à savoir si cette fois, la vérité éclatera.

Ou si, comme Daniel Siad, elle disparaîtra dans la tombe.

Sources :

  • BFMTV, LIGNE ROUGE - Epstein: le mystère des morts en série, documentaire vidéo.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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