EXCLUSIF: Comment les élites françaises ont trahi les classes populaires

80%. Un chiffre qui résume tout. Huit cadres sur dix estiment désormais que les inégalités relèvent du mérite individuel. Quarante ans auront suffi pour opérer ce renversement. Dans le même temps, les femmes de ménage enchaînent les contrats précaires. Les coursiers triment sept jours sur sept. Voilà comment la France a sacrifié ses classes populaires.
Le grand retournement des classes moyennes supérieures
- François Mitterrand accède au pouvoir grâce à une alliance historique : classes populaires et classes moyennes main dans la main. Quarante ans plus tard, cette union n’existe plus. Elle s’est effritée, jour après jour, jusqu’à la rupture.
"Les cadres ne nient plus les inégalités. Ils les justifient." Camille Penny, sociologue à l’université de Versailles, a passé cinq ans à étudier ce basculement. Ses conclusions sont sans appel. Les baromètres ADRESSE le confirment : en 1985, 62% des cadres attribuaient les inégalités au "hasard de la naissance". En 2025, ils ne sont plus que 23%. Une chute vertigineuse.
Comment expliquer ce revirement ? Trois raisons principales. Les écoles de commerce, d’abord — en 2024, 87% des diplômés d’HEC se déclarent "favorables à la flexibilité du travail". Le New Public Management, ensuite, qui a transformé les universités en entreprises. "On a divisé par deux le nombre de titulaires en quinze ans", précise Penny. Enfin, la médiatisation. Vincent Tibéri l’a démontré : les plateformes télévisées consacrent 73% de leur temps de parole aux thèses néolibérales. Résultat ? Un virage à droite massif. Silencieux. Presque irréversible.
L'État complice : la SNCF en première ligne
"Ce n’est pas une erreur. C’est un système." Le 14 mars 2026, la SNCF perd son monopole. Quatre opérateurs privés se partagent désormais les lignes rentables. Les autres ? Abandonnées, comme si elles n’avaient jamais existé.
David Harvey l’avait prédit : "Le néolibéralisme ne supprime pas l’État. Il le détourne." Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2020 et 2025, les subventions aux entreprises ont augmenté de 22%. Dans le même temps, le budget des hôpitaux publics baissait de 7%. Une politique à double vitesse.
Robert Castel, disparu en 2013, avait vu juste. "L’État-providence se mue en État-garant du marché." Les femmes de ménage en paient le prix.
Auto-entrepreneurs de leur propre malheur
Valérie, 42 ans. Levée à 5h trois fois par semaine. Deux employeurs. Zéro collègue. "On est obligés de faire ça pour gagner notre pain." Son contrat ? 12€ net de l’heure. Sans mutuelle. Une vie de précarité quotidienne.
L’enquête de Penny est accablante. 91% des femmes de ménage interrogées travaillent seules. 68% cumulent les petits boulots non déclarés. "Elles sont devenues leur propre filet de sécurité", analyse la sociologue. Une ironie cruelle.
Les chiffres de la SNCF sont éloquents. Depuis l’ouverture à la concurrence :
- 23% de hausse des tarifs sur les lignes non rentables
- 18% de réduction des effectifs
- 18 accidents mortels en 2025 contre 3 en 2020
Pendant ce temps, les cadres supérieurs — 12% de la population mais 31% des votants — défendent leurs privilèges. "C’est la loi du mérite", assène un polytechnicien rencontré au siège de TotalEnergies. Salaire moyen : 8.743€ net mensuels. Et pourtant.
L'ubérisation, stade ultime de la trahison
Ali, 27 ans. Coursier depuis trois ans. "Avant, je gagnais 1.200€ par mois. Maintenant, 700." Son employeur ? Une plateforme qui facture 15€ la course. Lui touche 3,50€. Une exploitation à ciel ouvert.
Scarlett Salman parle de "tournant personnel du capitalisme". Les données le prouvent :
- 84% des livreurs n’ont jamais rencontré leur "patron" virtuel
- 62% travaillent 7 jours sur 7
- L’espérance de vie moyenne : 59 ans (contre 82 pour les cadres)
"On a brisé les collectifs de travail", dénonce Penny. Les syndicats ? Marginalisés. Le taux de syndicalisation chez les coursiers : 1,2%. Chez les cadres de la tech ? 0,3%. Une fracture béante.
Conclusion : le crépuscule du modèle français
- Une date, un constat. La France a choisi son camp. Celui des winners. Celui des 15% qui s’enrichissent pendant que les autres survivent.
Les femmes de ménage le savent. Les coursiers le vivent. Les élites l’ont décidé. Reste une question : jusqu’à quand ?
À suivre.
Sources
- Camille Penny, "La Fracture sociale", Éditions La Découverte, 2025
- Baromètre d'opinion de l'ADRESSE, 2024
- Enquête CNRS sur les conditions de travail des femmes de ménage, 2023
- Archives SNCF, données internes 2020-2026
- Étude Vincent Tibéri sur la médiatisation des thèses économiques, Sciences Po, 2025
Par la rédaction de Le Dossier
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