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Espionnage : le grand classement qui met la France face à ses faiblesses

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Espionnage : le grand classement qui met la France face à ses faiblesses
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Silence, on espionne

Le monde du renseignement est une fabrique de silence. On n'y classe pas ses pairs. On y échange discrètement des informations, parfois des coups bas. Pourtant, L'Express a réussi l'impossible : demander à ceux qui savent — directeurs en exercice et retraités, officiers traitants, analystes — de noter les services secrets européens. Le résultat est cinglant.

Le Royaume-Uni écrase la concurrence. La France arrive en deuxième position, mais avec un écart de 82 points. Les Pays-Bas complètent le trio de tête. Les autres ? Cinquième, le BND allemand, pénalisé par un cadre légal contraignant.

Ce classement n'est pas un simple jeu de chiffres. Il raconte la guerre secrète qui fait rage en Europe depuis l'invasion de l'Ukraine : cyberattaques, assassinats ciblés, manipulation, réseaux dormants démantelés. Et il pose une question que les contribuables français sont en droit de se poser : les 7 000 agents de la DGSE — contre 4 000 au MI6 — et son budget équivalent valent-ils le coût, quand le service britannique reste le maître incontesté ?


Le classement : 251, 169, 97

Le palmarès s'appuie sur une méthode rigoureuse. Chaque professionnel interrogé devait donner son top 5 européen, du meilleur au moins bon. Les points ont été agrégés. Résultat : le MI6, avec 251 points, est donné largement vainqueur. La DGSE suit avec 169. L'AIVD néerlandais ferme le podium avec 97. Cinquième, le BND allemand, pénalisé par un cadre légal contraignant.

Pourquoi le MI6 est-il si loin devant ? Trois raisons, explique Étienne Girard, journaliste à L'Express et auteur de l'enquête. D'abord, l'accord de partage du renseignement avec la CIA et la NSA — un accès privilégié aux données d'interception mondiales que la France n'a pas. Ensuite, « le travail sur le temps long » : les Britanniques savent placer des taupes sur dix ou quinze ans avant que l'opération ne porte ses fruits. « C'est le pays qui fait du renseignement depuis le plus longtemps en Europe », rappelle Girard. Enfin, l'expertise russe. Passée par la catastrophe des Cinq de Cambridge — des agents soviétiques au cœur du Foreign Office —, l'école anglaise a transformé cette leçon en force. Aujourd'hui, sur la Russie, le MI6 est sans équivalent en Europe.

La DGSE, elle, dispose d'un atout que le MI6 n'a pas : un service intégré, qui combine renseignement humain (HUMINT), électronique (SIGINT) et un bras armé — le célèbre service action. Les Britanniques doivent faire appel à leurs forces spéciales pour les opérations armées. « La DGSE capte le renseignement électronique, le renseignement humain et dispose d'un bras armé que n'ont pas les Anglais », résume Vincent Crouzet, ancien espion et participant à l'émission. Pourtant, malgré 7 000 agents contre 4 000, et un budget comparable (environ 1,2 milliard d'euros), l'écart de points est net.


La confiance fissurée

Ce classement intervient dans un climat de tension extrême. La guerre en Ukraine a relancé les opérations clandestines à un niveau jamais vu depuis la guerre froide. Les services ukrainiens ont été formés par la CIA et les Pays-Bas. Emmanuel Macron a déclaré que « les deux tiers du renseignement ukrainien sont fournis par la France ».

Car la défiance envers les États-Unis s'installe. Selon la source, la défiance envers l'administration Trump pousse les services européens, comme les Néerlandais, à limiter le partage de renseignements avec la CIA.

De l'autre côté, la Russie ne ménage pas ses efforts. Vladimir Poutine a inauguré en 2020 un mémorial glorifiant les espions infiltrés en Europe, avec des symboles comme la tour Eiffel. Les archives Mitrokhine révèlent l'ampleur de la pénétration soviétique. L'Autriche a été un nid d'espions : des agents du renseignement autrichien ont fourni des adresses d'opposants à un réseau bulgare.


Des taupes et des hommes

Le dossier de L'Express, et les témoignages recueillis, mettent en lumière plusieurs affaires récentes. Un réseau d'espionnage dirigé par Yann Marsaleek — ancien directeur des opérations de Wirecard — a été démantelé. Marsaleek œuvrait pour le GRU, recrutant des Bulgares et planifiant des actions violentes. Stanislav Petlinski, général du GRU, et Orlin Roussev, espion bulgare, font partie des mis en cause. Martin Weis, un agent autrichien, s'est exilé à Dubaï après la découverte d'un dépôt de 50 000 euros en liquide remis dans un sac McDonald's à Vienne. Gisto H, autre agent autrichien, a été arrêté.

Sur le front ukrainien, deux colonels des services de sécurité ont été arrêtés pour avoir comploté l'assassinat de Volodymyr Zelensky — recrutés par le FSB selon des jugements publiés par les tribunaux ukrainiens.

Ces arrestations sont l'œuvre, entre autres, de la DGSI et de la DGSE, dont la coordination est saluée par les experts. La France a aussi créé l'agence Viginum après le piratage de la campagne Macron en 2017, dédiée à la lutte contre la désinformation. Pourtant, les carences demeurent. La pénétration de la société française par des taupes est considérée comme une faiblesse historique — même si le contre-espionnage progresse.


Souveraineté en trompe-l'œil

Derrière ce palmarès se dessine une question de souveraineté. La France veut s'imposer comme une alternative crédible à la CIA pour les services européens. Elle en a les moyens humains et budgétaires. Mais elle n'en a pas encore la crédibilité opérationnelle. Le MI6 reste le partenaire privilégié des Américains, et la DGSE peine à rivaliser sur le temps long et l'expertise russe.

📰Source :youtube.com

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