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SociétéÉpisode 22/33

Saint-Denis : 7 m², moisissures et 500 hommes invisibles

Par la rédaction de Le Dossier · 2 JUILLET 2026
Illustration: Saint-Denis : 7 m², moisissures et 500 hommes invisibles
© YouTube

« La prison veut mieux que ça »

Bademou Coulibaly ouvre une porte. La chambre fait 7 m². « Je pense que quelque part la prison veut mieux que ça », dit-il.

Il est arrivé en France le 3 mars 1974. Il a emménagé dans ce foyer en 1978. Il a travaillé 42 ans — 38 ans chez Citroën, puis 4 ans ailleurs. Depuis 1974, dit-il, rien n'a été rénové.

Le foyer David Saricaros — nom à vérifier — est le plus ancien foyer de travailleurs immigrés de Saint-Denis. Construit dans les années 1950-1960, il devait loger des hommes seuls venus des colonies pour travailler.

Ils sont Algériens, Marocains, Tunisiens, Maliens, Sénégalais. « Tout le monde on vit en famille ici », explique Coulibaly.

Des carreaux cassés depuis un an

Dans les cuisines collectives, 12 personnes par côté. Depuis 1995, pas de nouvelles chaises. « On a trois chaises pour 12 personnes », dit Coulibaly. Les tables n'ont pas été changées.

Les carreaux cassés ? « Plus d'un an qu'on a réclamé. » Personne n'est venu.

Les douches sont sales. L'humidité ronge les murs. « Il y a pas d'aération », constate Coulibaly. « On vit dedans comme ça, on n'a pas le choix. »

Le vidéaste pose la question : « Comment c'est trop sale, qui peut vivre dedans ? »

3 millions d'euros — selon Adoma

Adoma — le bailleur social — affirme avoir injecté plus de 3 millions d'euros en travaux depuis 2020. Le foyer serait « bien entretenu », selon un mail lu par le vidéaste.

Coulibaly montre les toilettes. « Chaque fois c'est nous qui lavons. On prend les gars, on lave. C'est pas normal. » Il y a pourtant quelqu'un de payé pour ça, dit-il. Mais le travail n'est pas fait.

Les invisibles : 300 à 500 surnuméraires

Dans le foyer, des hommes dorment sans être déclarés. Coulibaly les appelle les « surnuméraires ». Il en compte 300 à 500 — en plus des 304 résidents officiels.

« C'est un cousin qui vit avec moi, il n'a pas de logement. Je le prends, c'est normal jusqu'à ce qu'il trouve. »

Ces hommes sont invisibles pour Adoma. Ils n'ont pas de droit d'occupation. Le bailleur le dit dans son mail : « Nous ne disposons pas de la faculté juridique permettant d'assurer le maintien, l'hébergement ou le relogement de personnes ne bénéficiant pas d'un droit ni d'un titre. »

« On veut que ces gens soient relogés comme nous », insiste Coulibaly.

Le 29 janvier : les travaux bloqués

Ce jour-là, les engins de démolition devaient entrer. Les résidents ont bloqué l'entrée. Ils veulent des garanties que tous les habitants soient relogés — y compris les surnuméraires — et que le foyer reste en état pendant les travaux.

Adoma propose un relogement des titulaires « dans la ville et dans d'autres logements sociaux à proximité ». Mais les résidents craignent l'éclatement de leur communauté. « On veut vivre ensemble », répète Coulibaly.

Ils ont créé une association, une cuisine collective et une entraide. « On appelle ça ashoura, c'est le thé du Mali. Et ça, c'est la France », dit-il.

Un rendez-vous avec le maire

Un rendez-vous est prévu avec le maire de Saint-Denis la semaine suivant le tournage. « Nous on est prêt à discuter, mais dans des conditions convenables pour chacun », déclare Coulibaly.

Ce que dit Adoma

Le bailleur assure que « la priorité reste la protection et le relogement des résidents disposant d'un droit d'occupation ». Sur les surnuméraires, il invoque l'absence de cadre juridique.

50 ans d'attente

Le foyer a connu des rénovations en 1964 et 1994. Depuis 1974, rien n'a été fait, selon Coulibaly.

« On veut vivre en dignité comme tous les citoyens français », dit-il.

Sources

  • Vidéo YouTube (enquête de terrain, témoignage de Bademou Coulibaly, images du foyer)
  • Mail d'Adoma au vidéaste (cité dans la vidéo)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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