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JusticeÉpisode 9/29

Azerbaïdjan : 15 000 € et un contrat d’État pour abattre un opposant à Saint-Tropez

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Azerbaïdjan : 15 000 € et un contrat d’État pour abattre un opposant à Saint-Tropez
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15 000 €. Le prix d’une vie.

C’est la somme que Yaman a reçue. Juste pour commencer. Pour le recrutement, l’achat d’un téléphone, toute la logistique. « 15 000 €, déjà touché », confie Nigzali, reprenant les mots de son agresseur repenti. L’assassin présumé — Yaman, un ancien commando — arrive en France avec une mission claire : exécuter Mohammad Nigzali à Saint-Tropez. Le contrat vient d’en haut. Du gouvernement azerbaïdjanais lui-même. — Oui, vous avez bien lu.

Mais Yaman flanche. Il change d’avis, parle à la police française. Ce mardi 26 mai 2026, au premier jour du procès devant la cour d’assises spéciale de Rennes, il confirme tout devant les juges. « Yaman a expliqué tous les détails », dit Nigzali. Son témoignage est une bombe. Il décrit comment les services azerbaïdjanais l’ont recruté, payé, envoyé en France. Pourquoi ? Parce que Nigzali critiquait le régime d’Ilham Aliyev.

La suite éclaire l’affaire. L’argent transite par la Lituanie. 15 000 €, ce n’est que le premier versement. Le contrat total ? Bien plus élevé. Mais Yaman n’a pas eu le temps de le toucher. Il se rend, coopère. Neuf hommes sont aujourd’hui dans le box des accusés. Tous liés à Bakou.

« Ma vie est morte le 14 mars 2021 »

« Ma vie est morte le 14 mars 2021, à 14h. Après ça, ce n’est plus une vie. » Mohammad Nigzali répète ces mots comme un mantra. Sa voix tremble, mais pas ses mots. Cinq ans qu’il attend ce procès. Il porte encore les cicatrices. Psychologiques surtout. Depuis l’attaque, il vit sous protection policière. Plus de restaurants, plus de courses sans escorte. « Il n’y a pas d’amis, pas de copines », souffle-t-il. Cinq ans de prison intérieure. Sa vie privée réduite à néant.

Pourtant, il tient. Il a choisi de témoigner demain à l’audience. Il racontera tout : l’attaque, les menaces, le système. « Je vais expliquer pourquoi je suis là. Cette agression n’a rien de personnel. C’est politique. » Il veut que la justice française comprenne : derrière neuf accusés se tient tout un État.

Sa famille paye aussi le prix. Son père a été battu par le ministère de l’Intérieur azerbaïdjanais. « Il a perdu toutes ses dents. » Sa sœur a subi un chantage sexuel. Sa mère et son père ont dû quitter l’Azerbaïdjan, réfugiés en France. « Ils sont âgés, ils voudraient rentrer, mais c’est impossible. » La douleur se lit dans sa voix.

L’ombre de Bakou plane sur le procès

Ce n’est pas une affaire criminelle ordinaire. C’est une affaire d’État. Nigzali a été condamné en Azerbaïdjan à six ans et six mois de prison pour ses propos contre le gouvernement. Il n’a jamais purgé cette peine — il a fui. Mais Bakou ne l’a pas oublié. Le 14 mars 2021, ils ont envoyé un commando pour le faire taire définitivement.

Ce n’est pas la première fois que l’Azerbaïdjan commandite des meurtres à l’étranger. En 2012, Ramil Safarov, un officier azerbaïdjanais, a décapité un soldat arménien en Hongrie. Bakou l’a fait libérer et accueilli en héros. Même régime, mêmes méthodes. Aujourd’hui, le crime devait avoir lieu sur le sol français.

Le contexte géopolitique est lourd. L’Azerbaïdjan, dirigé par Ilham Aliyev, réprime toute opposition. Blogueurs, journalistes, militants sont traqués jusqu’en Europe. Nigzali est une cible parce qu’il parle. Plus d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux. Il publie régulièrement. Il est la voix de ceux qui n’en ont pas.

« Tous les Azerbaïdjanais me suivent », explique-t-il. « Ils sont choqués de voir que leur gouvernement traite les gens comme des animaux. » Le procès de Rennes est suivi en direct depuis Bakou. Les commentaires affluent : « Merci la France de protéger Mohammad. »

Neuf hommes dans le box, un État derrière

Ils sont neuf dans le box. Neuf hommes, mais un seul vrai coupable : l’État azerbaïdjanais. La cour d’assises spéciale de Rennes les juge, tous impliqués à des degrés divers dans la tentative d’assassinat. Certains ont organisé la logistique, d’autres fourni l’argent, d’autres encore servi d’intermédiaires avec les services de Bakou. Le procès dure du 26 mai au 12 juin 2026. Placé sous haute sécurité.

Nigzali témoignera demain. Il a rencontré Yaman en face-à-face cette année, sous contrôle policier. « J’ai peur de lui, peur de tout le monde », admet-il. « Je suis fatigué, je n’arrive plus à faire confiance. L’esprit de peur est toujours là. » Pourtant, il sait que ce procès offre une chance. Une chance que la France montre son attachement à la justice et aux droits humains.

Les preuves sont solides. Yaman a collaboré, écoutes téléphoniques, relevés bancaires, allers-retours entre l’Azerbaïdjan et la France. « C’est très clair pour moi », dit Nigzali. « Le gouvernement azerbaïdjanais a commandité mon assassinat. » Il attend des juges qu’ils reconnaissent cette vérité.

Le dossier est loin d’être clos. Même si la France condamne les neuf accusés, le commanditaire reste à Bakou, intouchable. Aliyev ne répondra jamais devant une cour française. Mais ce procès envoie un message : les ingérences étrangères ne resteront pas impunies.

Une vie sous haute tension

Mohammad Nigzali vit « pas une vie ». C’est son expression. Chaque jour est une lutte. Il sourit peu, se méfie de tout le monde. Pourtant, il continue de publier, de parler, de témoigner. « Je suis fort, je reste debout », dit-il. Mais la fatigue est immense.

Son combat est devenu celui de milliers d’exilés politiques. Ceux qui ont fui la répression et trouvent refuge en Europe, souvent au prix de leur sécurité. Nigzali rappelle que personne ne quitte son pays par plaisir. « C’est toujours pour des raisons de sécurité, de menace. »

Le procès de Rennes est une étape. Mais l’avenir reste incertain. Nigzali n’a pas de nationalité française. Il est protégé, mais pour combien de temps ? Sa famille vieillissante voudrait rentrer en Azerbaïdjan. Impossible. Le prix de la liberté est élevé.

Alors que les débats se poursuivent au Parlement de Bretagne, une question reste en suspens : qui a payé, qui a ordonné, qui commande encore ? Les 15 000 € ne sont qu’un cachet d’aspirine dans une mécanique d’État. Le Dossier continue son enquête.


Sources

  • Transcript exclusif de l’interview de Mohammad Nigzali, diffusée sur Le Dossier.
  • Ouest-France – « Procès de la tentative de meurtre d’un blogueur azerbaïdjanais : les accusés réfutent toute intention criminelle » (26 mai 2026).
  • France 3 Régions – « Yaman évoque une grosse somme d’argent, 15 000 euros, qui aurait transité par la Lituanie ».
  • Breizh-info.com – « Un procès spectaculaire à la cour d’assises spéciale de Rennes ».
  • Unidivers.fr – « Procès de la tentative de meurtre de Mahammad Mirzali au Parlement de Bretagne ».
  • Le Figaro – « Rapport sur les riches en France » (contexte statistique, non lié directement).

📰Source :youtube.com

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