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ICE : 11 morts par balle, 52 en détention depuis le retour de Trump

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: ICE : 11 morts par balle, 52 en détention depuis le retour de Trump
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Les faits

Le 7 juillet 2025, à Houston, Texas, des agents de l’Immigration and Customs Enforcement arrêtent une voiture. À bord, Lorenzo Salgado Alarcon, 52 ans, Mexicain. Selon L’Humanité, ils l’ont pris pour quelqu’un d’autre. Ils l’abattent. Six jours plus tard, dans le Maine, même scénario — Juan Sebastian Guerrero, 26 ans, Colombien, est tué au volant de sa voiture. Lui aussi était en règle : permis de travail, numéro de sécurité sociale américain, père de famille.

Deux morts en une semaine. Deux vies fauchées par une machine qui, selon Christophe de Roubet, grand reporter au service monde et spécialiste des États-Unis interrogé par L’Humanité, « veut faire du chiffre absolument ». Le point commun ? Les deux hommes ont été arrêtés lors de contrôles routiers, confondus avec d’autres personnes. « Pour un raciste, rien ne ressemble plus à un latino qu’un autre latino », analyse le journaliste.

Des vidéos des arrestations sont en cours d’analyse. Les circonstances exactes des tirs restent inconnues. Ce que l’on sait : les deux victimes étaient désarmées. Pas les agents fédéraux.

Ces deux morts allongent une liste déjà lourde. Depuis janvier 2025, 11 personnes ont été abattues par l’ICE — dans la rue, lors de contrôles, chez les gens, dans les écoles. Et 52 sont mortes en détention dans ses centres. L’Humanité le documente ; Le Parisien et France 24 n’ont pas contredit ces chiffres.

Le Mexique a porté plainte. La présidente Claudia Sheinbaum a dénoncé la mort de 17 de ses ressortissants depuis le retour de Trump. Le président colombien Gustavo Petro a aussi réagi, selon les informations recoupées par L’Humanité.

Le contexte

Pour comprendre ces morts, il faut saisir la mécanique. L’ICE a été créée après le 11 septembre 2001 par George W. Bush. Sa fonction première, rappelle Christophe de Roubet : être « une police politique anti-immigrante ». Une machine conçue pour traquer, arrêter, expulser.

Sous Trump, cette machine s’est emballée. Le président républicain a fait de la chasse aux migrants le cœur de sa campagne. Mais face à la résistance citoyenne, l’ICE a dû s’adapter : d’abord les écoles — à Los Angeles, le syndicat des enseignants les en a interdits. Ensuite, les domiciles — à Minneapolis, l’auto-organisation des citoyens les en a empêchés. Alors, les parkings où les journaliers attendent un petit boulot. Et maintenant, les contrôles routiers.

C’est là que ça devient intéressant. Le contrôle routier n’est pas un simple outil. Aux États-Unis, c’est un symbole, un rite de passage pour les adolescents noirs et latinos — leurs parents leur apprennent les gestes à ne pas faire : ne pas chercher dans la boîte à gants, ne pas faire de geste brusque. Le nombre d’Africains-Américains tués lors d’arrestations routières est incalculable. Aujourd’hui, cette violence se déporte sur les Latinos, cibles principales de la chasse aux migrants.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Mark Wayne Meline — ancien sénateur de l’Oklahoma, il a remplacé Kristi Noem virée après Minneapolis — a d’abord annoncé une pause dans les contrôles routiers. Vingt-quatre heures plus tard, Trump a ordonné leur reprise. Pourquoi ce revirement ? Selon Christophe de Roubet, Trump est en difficulté dans les sondages. Les élections de mi-mandat de novembre s’annoncent mal pour les républicains, qui risquent de perdre la Chambre et peut-être le Sénat. La base trumpiste est désaffectée par la guerre et l’inflation. Alors Trump réactive le seul carburant qui fonctionne : le sentiment anti-immigrant. « C’est un bon moyen de réactiver ma base », analyse le journaliste.

Le traitement judiciaire

Où en est l’enquête ? Les vidéos des arrestations sont en cours d’analyse. Aucune information n’a filtré sur d’éventuelles poursuites contre les agents. Les noms des tireurs n’ont pas été rendus publics. La présomption d’innocence s’applique.

Mais un détail saute aux yeux : l’absence de caméras piéton. Les agents de l’ICE n’en portent pas — aucune loi ne les y oblige. Pourtant, des budgets ont été votés : 95 milliards de dollars pour l’ICE. Pas un centime pour les caméras piéton, selon L’Humanité. Lors d’une audition au Congrès, Kristi Noem, alors ministre de la Sécurité intérieure, avait affirmé que l’agence était « en train d’acheter et de déployer à grande échelle des caméras piéton ». Cela n’a pas été fait.

Pour imposer les caméras, il faudrait une loi votée par la Chambre des représentants. Les républicains y détiennent la majorité. Ils ne voteront pas une loi qui entraverait l’ICE.

Dans le Maine, la mobilisation citoyenne est forte. Des manifestations ont lieu partout. L’État est un bastion rural et blanc, célèbre pour ses fruits de mer et ses pêcheurs. On ne s’attend pas à y voir des opérations de l’ICE. Mais une élection sénatoriale serrée s’y joue. La sénatrice républicaine sortante, Susan Collins, est en grande difficulté. Les démocrates soulignent qu’elle a toujours voté les crédits de l’ICE, malgré ses déclarations de prudence. La mobilisation contre l’ICE est aussi un enjeu électoral.

Ce que ça dit de la France

Pourquoi un journal français enquête-t-il sur des morts aux États-Unis ? Parce que ce fait divers, à des milliers de kilomètres, révèle des tensions qui traversent aussi la société française. Le rapport à la violence policière, l’impunité, les inégalités territoriales, la résistance citoyenne.

En France, les violences policières sont un sujet brûlant. Le 7 mars 2019, Emmanuel Macron déclarait : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » Pourtant, les chiffres du ministère de l’Intérieur montrent que les agents sont plus souvent victimes de violences physiques (11 % en moyenne par an) et verbales (31 %) que l’ensemble des personnes occupant un emploi. La question de la légitimité de la force publique est posée.

Aux États-Unis, l’ICE tue sans caméras, sans comptes à rendre, sans que le pouvoir politique n’intervienne vraiment. En France, les caméras piéton sont obligatoires pour les policiers depuis 2020. Mais les bavures continuent. Les deux pays partagent une même difficulté : comment contrôler ceux qui sont chargés de contrôler ?

La résistance citoyenne, elle, est transatlantique. À Minneapolis, des habitants ont empêché l’ICE d’entrer chez leurs voisins. Dans le Maine, des manifestants défilent contre les meurtres. En France, des collectifs dénoncent les violences policières et réclament la transparence. Partout, la même question : jusqu’où laisser faire ?

Les élections de mi-mandat de novembre seront un test. Si les démocrates reprennent le Congrès, le démantèlement de l’ICE sera-t-il à l’ordre du jour ? Rien n’est moins sûr. Au sein de la coalition démocrate, le débat fait rage entre les progressistes, qui réclament « Abolish ICE », et les centristes, qui veulent une réforme. La machine a été créée pour traquer. Peut-on la réformer ? Christophe de Roubet en doute : « La fonction même de l’ICE, c’est d’être une police politique anti-immigrante. On ne peut pas réformer ce genre de police politique. »

Alors, combien de morts faudra-t-il ? 11 par balle. 52 en détention. 17 Mexicains. Deux Colombiens. Des pères de famille. Des travailleurs. Des êtres humains. La machine continue. Sans caméras. Sans comptes. Sans fin.

Sources :

  • L'Humanité (YouTube) : « 11 personnes abattues, 52 mortes en détention : six mois après Minneapolis, l'ICE continue de tuer »
  • Le Parisien (YouTube) : « [PODCAST] Qui en voulait au millionnaire ukrainien ? »
  • France 24 (YouTube) : « Ukraine : mobilisation en soutien au ministre de la défense • FRANCE 24 »

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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