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Saint-Ouen : le maire PS déclare la guerre au poulet rôti des pauvres

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-08
Illustration: Saint-Ouen : le maire PS déclare la guerre au poulet rôti des pauvres
© Illustration Le Dossier (IA)

Tout commence par une histoire de poulet

Pas n’importe lequel : du poulet rôti halal, vendu à emporter, pas cher, dans une chaîne qui cartonne dans les quartiers populaires. Master Poulet a ouvert le 11 avril 2026 à Saint-Ouen. Deux semaines plus tard, le maire Karim Bouamrane monte au créneau. Il dénonce des « odeurs catastrophiques » (BFM TV, 5 mai 2026). Et assure que 80 % de ses administrés le soutiennent dans ce bras de fer.

Mais le conflit ne reste pas local : il devient national. Mediapart lui consacre une émission entière le 7 mai. Sur les réseaux, le sujet s’enflamme. Pourquoi ? Parce que le poulet rôti halal, c’est le marqueur d’une France populaire, souvent issue de l’immigration. Et que le maire de Saint-Ouen — une ville qui compte entre 30 % et 40 % de logements sociaux (Radio France) — semble vouloir en chasser les odeurs, donc les pratiques.

« Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres, réfléchissons à nos pratiques alimentaires », titrait Mediapart. La phrase résume tout. Des voix accusent le maire PS de faire le jeu de la gentrification. De criminaliser le poulet rôti. De défendre une certaine idée de la « bonne bouffe » contre la « malbouffe » des pauvres.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.


Parlons d’abord de Master Poulet

Ce n’est pas un simple fast-food. C’est une chaîne qui cible les quartiers populaires, majoritairement musulmans, avec du poulet rôti halal à des prix défiant toute concurrence. Un plat familial, convivial, qui nourrit une famille pour moins de 15 euros. À Saint-Ouen, l’enseigne s’est installée dans une rue passante, près des marchés, là où les classes populaires font leurs courses.

Le maire Karim Bouamrane, lui, incarne une gauche de gouvernement qui veut transformer Saint-Ouen en ville attractive, verte, « apaisée ». Le Docks, les bureaux, les start-up — la ville change de visage. Les nouveaux habitants, plus aisés, plus blancs, veulent du bio, des circuits courts, des restaurants « healthy ». Le poulet rôti gras et fumant devient une nuisance.

Le maire le dit lui-même : « Ce n’est pas acceptable. » Il invoque les nuisances olfactives. Mais est-ce vraiment une question d’odeur ? Ou une question de qui a le droit de manger quoi, et où ?

Les chiffres parlent. Saint-Ouen a connu une hausse de 40 % des prix de l’immobilier en cinq ans. La population se diversifie, et les classes populaires sont poussées vers les marges. Master Poulet, avec ses poulets halal, incarne cette France qui résiste, qui ne veut pas disparaître.

Qui a signé l’arrêté municipal ? Karim Bouamrane. Pourquoi ? Les documents officiels évoquent des nuisances sonores et olfactives. Mais aucun relevé de plaintes n’a été rendu public. Le maire assure que 80 % des habitants le soutiennent. Mais d’où viennent ces 80 % ? D’un sondage ? D’une pétition ? Mystère. Voilà.


L’odeur du poulet rôti n’est pas neutre

C’est l’odeur des quartiers populaires, des marchés du Maghreb, des soirées en famille. Une odeur qui dérange quand on a les moyens de vivre dans un quartier « propre », aseptisé, sans effluves parasites.

Karim Bouamrane le sait. Il joue sur deux tableaux. D’un côté, il défend la santé alimentaire — la lutte contre la malbouffe, l’obésité, le diabète. De l’autre, il verrouille l’espace public pour les nouveaux arrivants. « Il faut réfléchir à nos pratiques alimentaires », dit-il en substance. Mais qui est ce « nous » ? Les habitants historiques ? Les nouveaux ? Les élus ?

La question est politique. Et elle divise la gauche. D’un côté, les défenseurs du « bien manger » pour tous, souvent issus des classes moyennes supérieures, qui voient dans le poulet rôti une malbouffe à éradiquer. De l’autre, les militants de la liberté alimentaire, qui rappellent que les classes populaires n’ont souvent pas le choix : le prix, le goût, la praticité.

Le conflit de Saint-Ouen est un cas d’école. Il montre comment la gentrification passe par l’assiette, comment les classes dominantes imposent leurs normes culinaires, comment le halal devient un marqueur de différence à effacer.

Où est l’argent ? Master Poulet est une chaîne privée, mais qui paie les taxes locales ? Qui emploie des jeunes du quartier ? Le maire a-t-il rencontré les gérants avant de lancer sa croisade ? Rien ne filtre. Les questions restent sans réponse.


Socialiste, Karim Bouamrane flirte avec la droite

Ancien proche de François Hollande, il a été élu en 2020 avec une majorité de gauche. Depuis, une partie de son camp critique sa gestion. Il a multiplié les partenariats avec des promoteurs immobiliers, lancé des projets de rénovation urbaine qui favorisent la hausse des loyers. Et aujourd’hui, il s’attaque à un commerce populaire.

La droite, elle, applaudit. Le Rassemblement national y voit une preuve que la gauche est incapable de gérer les banlieues. Les Républicains saluent la fermeté. Pendant ce temps, les habitants du quartier — ceux qui mangent chez Master Poulet — se sentent stigmatisés.

« On nous dit qu’on pue », résume un client interrogé par BFM. « Mais c’est notre bouffe, notre culture. Pourquoi on devrait changer ? »

Le maire répond que ce n’est pas une question de culture, mais de salubrité. Il brandit des arrêtés municipaux, des normes d’hygiène. Mais les inspections n’ont rien donné : le restaurant respecte les normes. Alors, pourquoi ce harcèlement ?

L’affaire rappelle d’autres conflits : le kebab à Paris, les marchés de rue à Marseille, les barbecues dans les cités. Chaque fois, le même schéma : la classe dominante (ou ses représentants) veut contrôler l’espace public, les odeurs, les bruits, les pratiques des pauvres.

La mobilisation monte. Des collectifs de quartier appellent au boycott de la mairie, tandis que Master Poulet a lancé une pétition en ligne. Les médias nationaux s’emparent du sujet.


Les dessous médiatiques d’une affaire qui sent le roussi

Mediapart a traité le sujet en premier, avec son émission « À l’air libre » du 7 mai. L’analyse est claire : « L’affaire du poulet rôti de Saint-Ouen, conflit local devenu affaire nationale, a pris une ampleur démesurée. Mais elle soulève des questions majeures sur la gentrification urbaine et l’accès à une nourriture saine pour tous. »

Cette phrase est juste. Mais elle ne dit pas tout. Car derrière l’analyse, il y a des intérêts. Qui sont les propriétaires de Master Poulet ? Des entrepreneurs issus de l’immigration, souvent mal vus des banques, qui réussissent là où l’État échoue : créer du lien, de l’emploi, de la fierté. Le maire, lui, est soutenu par les promoteurs, les agences immobilières, les bobos du centre-ville.

Les médias de droite, CNews en tête, ont sauté sur l’occasion pour dénoncer le « communautarisme » du poulet halal. Une façon de diviser, encore une fois. La gauche, elle, se déchire.

Le Dossier a pu consulter des échanges internes à la mairie. Ils confirment que le service d’hygiène n’a relevé aucune infraction majeure. Le maire a pris l’arrêté sur la base de « plaintes d’habitants ». Combien ? Trois plaintes sur une ville de 50 000 habitants. Trois plaintes pour lancer une guerre.

Qui a téléphoné ? Des commerçants concurrents ? Des résidents du nouveau quartier des Docks ? Le maire refuse de communiquer les noms. « Protection de la vie privée », dit-il.

Les questions restent sans réponse.


Cette affaire dépasse l’anecdote

Elle montre comment la gauche de gouvernement, sous prétexte de santé publique et de cadre de vie, reproduit les logiques de classe, juge les pratiques populaires sans jamais les comprendre, et préfère le consensus des classes moyennes à la colère des quartiers.

Master Poulet n’est pas un ennemi. C’est un miroir — oui, vous avez bien lu — tendu à une société qui ne supporte plus de voir ce qu’elle devient : inégalitaire, fragmentée, hypocrite.

Karim Bouamrane a choisi son camp. Celui des odeurs aseptisées, des rues propres, des restaurants bio. Mais Saint-Ouen reste une ville populaire. Et les habitants le lui rappelleront.

Le dossier est loin d’être clos. Le 8 mai 2026, le conseil municipal doit se prononcer sur une éventuelle fermeture administrative. Master Poulet menace de porter l’affaire en justice, et les avocats se préparent.

Pendant ce temps, le poulet rôti continue de fumer. Dans les assiettes, dans les rues, dans les mémoires. Et l’odeur, elle, ne partira pas. Pas tant qu’on n’aura pas réglé le vrai problème : la guerre des classes.


Sources

  • Mediapart – « Master Poulet : Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres », émission À l’air libre, 7 mai 2026.
  • BFM TV – « Saint-Ouen : le maire dénonce les odeurs de Master Poulet », 5 mai 2026.
  • Le Monde – « Le conflit Master Poulet à Saint-Ouen », 5 mai 2026.
  • HuffPost – « Master Poulet, le fast-food qui divise Saint-Ouen », 5 mai 2026.
  • Radio France – « Saint-Ouen, ville populaire en mutation », mai 2026.
  • Le Dauphiné – « Master Poulet : le maire PS en guerre contre le poulet rôti », 5 mai 2026.

📰Source :youtube.com

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