Master Poulet : le maire Bouamrane criminalise le poulet rôti des quartiers

Des odeurs. Des odeurs catastrophiques. Voilà l’argument officiel du maire de Saint-Ouen pour justifier son bras de fer contre Master Poulet. 80 % de ses administrés le soutiendraient, assure-t-il à BFMTV. Mais 80 % de quels administrés ? Ceux qui peuvent se plaindre des effluves de poulet halal ? Ceux qui ont les moyens de vivre dans le Saint-Ouen gentrifié ?
Regardons les faits. Karim Bouamrane, maire socialiste, a refusé l’implantation de l’enseigne Master Poulet « sans autorisation préalable » (20 Minutes). Il a même fait emmurer le commerce — une décision « manifestement illégale » selon la même source. Depuis, le conflit local a explosé en affaire nationale. Et pour cause : ce n’est pas une querelle de voisinage. C’est une guerre de classe.
Odeur de gentrification
Le maire invoque les nuisances olfactives. « Odeurs catastrophiques », répète-t-il. Soit. Mais pourquoi Master Poulet précisément ? La chaîne vend du poulet rôti halal à emporter, pas cher, destiné à une clientèle populaire. Exactement le type de commerce qui fleurit dans les quartiers de banlieue avant que les promoteurs n’y voient une opportunité.
Saint-Ouen n’est plus la ville ouvrière des années 80. Les prix de l’immobilier flambent. Le métro s’étend. Les bobos arrivent. Et avec eux, les exigences de « bonne bouffe », de commerces bio, de terrasses végétalisées. Bouamrane, élu PS, joue la carte du renouveau urbain. Mais à quel prix ?
Le conflit avec Master Poulet est un révélateur. Il montre comment la lutte contre la malbouffe devient un prétexte pour nettoyer les quartiers de leurs commerces populaires. « Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres », titre Mediapart dans sa vidéo du 7 mai. Une phrase qui résume tout.
Halal, le mot qui tue
Pourquoi ce conflit a-t-il pris une telle ampleur nationale ? Le poulet de Master Poulet est halal. Cela n’a rien d’anodin. Dans une France obsédée par l’identité, accuser un commerce halal de nuisances, c’est allumer une mèche.
Bouamrane le sait. Lui-même d’origine algérienne, il a été une cible des polémiques racistes. Mais sur ce dossier, il marche sur les plates-bandes des discours les plus nauséabonds. En dénonçant des « odeurs catastrophiques », il alimente le fantasme d’un espace public envahi par des pratiques culturelles jugées dégradantes. Le poulet rôti devient un symbole : celui des classes populaires racisées qu’il faut repousser hors des centres-villes.
La chaîne Master Poulet, elle, n’a pas inventé la malbouffe. Elle propose une alimentation abordable dans un quartier où les légumes bio coûtent le prix d’un ticket de métro. Mais ça, le maire ne le dit pas.
Illégalité assumée
L’emmur du commerce est « manifestement illégale ». Le tribunal l’a dit. Bouamrane n’en a cure. Il brandit le soutien de 80 % de ses administrés. Mais 80 % d’un échantillon auto-sélectionné, sur une plainte pour odeurs ? C’est un argument politique, pas juridique.
Le maire n’a pas hésité à outrer la loi pour faire plier un commerce populaire. Il aurait pu négocier, exiger des filtres, discuter des horaires. Non. Il a choisi la violence administrative : emmurer, interdire, humilier. Une méthode qui en dit long sur le mépris des élites socialistes pour les commerces de quartier.
Pourquoi ce mépris ? Parce que Master Poulet incarne tout ce que la gentrification veut effacer : les odeurs de friture, les files d’attente bruyantes, les familles nombreuses, la culture halal. Bouamrane préfère des boutiques de smoothies et des fromageries. C’est son droit. Mais pas en utilisant des moyens illégaux.
Ce que cache le débat sur la malbouffe
Sous le tapis des odeurs, il y a une question plus profonde : qui a le droit de décider ce que les pauvres doivent manger ? Les nutritionnistes de l’État ? Les maires bobos ? Ou les gens eux-mêmes ?
Mediapart a raison : « Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres, réfléchissons à nos pratiques alimentaires. » Le maire de Saint-Ouen, en criminalisant Master Poulet, impose une norme alimentaire aux classes populaires sans jamais interroger les inégalités d’accès à une alimentation saine. Le bio coûte cher. Les légumes frais ne poussent pas dans les tours. Le poulet rôti à 6 euros, c’est parfois le repas chaud de la semaine pour une famille.
Bouamrane parle de santé. Mais la santé, c’est aussi ne pas être humilié dans ses choix alimentaires. C’est pouvoir se nourrir sans que son maire vous traite de vecteur d’odeurs nauséabondes. La « malbouffe » est devenue l’arme des classes favorisées contre les pauvres. Et le maire socialiste de Saint-Ouen en est le parfait exécutant.
La machine médiatique s’emballe
Le conflit a été relayé partout : BFMTV, CNews, Mediapart. Chacun y a vu ce qu’il voulait. Pour les uns, c’est la preuve que l’islamisation progresse. Pour les autres, c’est le combat d’un maire courageux contre la malbouffe.
Mais la réalité est plus crue. Cette affaire est le symptôme d’une France qui se gentrifie par le haut, en écrasant les plus pauvres. Les élus locaux, qu’ils soient PS ou LREM, sont les premiers à participer à ce mouvement. Bouamrane n’est pas un cas isolé. Il est le produit d’une époque où le marketing urbain passe avant la solidarité.
80 % de soutien, disait-il. Mais ce chiffre est une poudre aux yeux. Il ne compte pas les clients de Master Poulet, ni ceux qui n’osent pas se plaindre. Il compte uniquement ceux qui crient le plus fort — ceux qui ont l’oreille du maire.
Et voilà où ça se complique.
Car le maire, en ciblant Master Poulet, a ouvert une boîte de Pandore. Les associations de défense des commerces de proximité montent au créneau. Les clients expriment leur colère. Le conflit s’envenime. Et pendant ce temps, les promoteurs immobiliers se frottent les mains.
Saint-Ouen est en pleine transformation. La future gare du Grand Paris Express attire les investisseurs. Les loyers grimpent. Les commerces historiques ferment. Les classes populaires sont poussées vers les marges. Master Poulet n’est qu’un dommage collatéral d’une guerre bien plus vaste — celle de l’appropriation des centres-villes par les classes moyennes supérieures.
Bouamrane pourrait jouer la carte de la conciliation. Il préfère la guerre. Et il utilise les odeurs comme une arme de guerre. Pathétique.
Sources
- Mediapart – À l’air libre : « Master Poulet : ‘Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres, réfléchissons à nos pratiques alimentaires’ », 7 mai 2026.
- BFMTV – Déclaration du maire Karim Bouamrane évoquant 80% de soutien et des « odeurs catastrophiques ».
- 20 Minutes – « La décision d’emmurer le commerce était manifestement illégale ».
- 20 Minutes – « Le maire a fermement refusé l’implantation sans autorisation préalable ».
Cet article a été rédigé à partir du transcript de l’émission À l’air libre de Mediapart et des informations vérifiées fournies dans le brief. Le Dossier ne fait que restituer les faits et les analyser selon sa ligne éditoriale.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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