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JusticeÉpisode 3/3

Neuf mois d'inaction : Lyhanna assassinée malgré des plaintes classées sans suite

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Neuf mois d'inaction : Lyhanna assassinée malgré des plaintes classées sans suite
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« Pardon pour ce que tu as vécu »

La séance s'ouvre sur une minute de silence. Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée, évoque aussi la mort de l'adjudant Dorian Larigaudrie, 27 ans, tué dans le crash d'un hélicoptère de gendarmerie dans le Loiret — le dimanche précédant le débat. L'essentiel est ailleurs. « La République a cruellement failli à ses devoirs », déclare-t-elle. Lyhanna, 11 ans. Noam, 19 ans, lynché dans les rues de Metz. Deux vies brisées que l'État n'a pas su protéger.

Un virement. Une question. Une plainte. Un classement. Une mort.

Gabrielle Cathala, députée, pose le chiffre qui tue : « 73 % des plaintes des violences faites sur enfants sont classées sans suite. » Ce n'est pas un dysfonctionnement, martèle-t-elle — c'est un système. Elle cite 82 préconisations « enterrées » par le gouvernement depuis neuf ans. Et elle enfonce le clou : « Mediapart nous apprend qu'un rapport accablant vous a été remis pour la lutte contre la pédocriminalité. L'avez-vous seulement lu ? Il est dans votre tiroir. »

Gérald Darmanin, garde des Sceaux, reconnaît l'échec. Il est direct : « L'institution judiciaire devait présenter ses excuses. Nous avons failli. » Il promet des changements systémiques. Il demande aux députés de ne pas renverser le gouvernement — pour pouvoir augmenter les budgets, dit-il. Il « regrette la politisation » (source : DNA). Une réponse qui passe mal.

Jean-René Cazeneuve prend la parole. Il cite les parents de Lyhanna : « Pardon pour ce que tu as vécu. » Dimanche, 6 000 personnes ont marché dans le Gers, selon lui. Il réclame une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Darmanin répond que la loi a été présentée au Conseil d'État. Il promet la perpétuité pour les viols en série sur enfants. Puis il ajoute, presque en aparté : « Je ne peux pas légalement intervenir dans les affaires individuelles depuis 2013. »

Un aveu ? Une explication ? Le problème est posé.

Circulaire, silos, et 70 000 plaintes sans réponse

Céline Thiébault-Martinez rappelle le calendrier. Une proposition de loi intégrale déposée le 25 novembre précédent. — Huit mois d'attente. « Une fois de plus, c'est l'horreur qui nous oblige à regarder la réalité en face », dit-elle. Elle demande l'inscription du texte à l'ordre du jour dès septembre en session extraordinaire. Des milliers de citoyens mobilisés, dit-elle. Le gouvernement tergiverse.

Marine Le Pen monte à la tribune. Elle parle d'un « État englué dans le déni », d'une culture du « pas de vagues ». Elle évoque les enfants de l'ASE, les réseaux de prostitution, « l'explosion de la criminalité ». Sa critique est globale. Elle vise le Premier ministre directement.

Sébastien Lecornu répond. Il promet une inspection générale pour « faire la vérité ». Il annonce des mesures concrètes : alourdissement des peines — jusqu'à la perpétuité pour les crimes en série contre mineurs —, encadrement des délais d'enquête, transparence des procédures pour les victimes. Il fixe une date butoir pour traiter le stock des plaintes : le 14 juillet. « Ce sont 70 000 plaintes actuellement en cours », précise-t-il.

70 000. Le chiffre est vertigineux. Darmanin le confirme : « 70 000 plaintes ouvertes par les parquets, qui n'ont pas été classées et qui ne connaissent pas une information judiciaire. » Parmi elles, des crimes sur mineurs. Des enfants qui attendent — parfois depuis des années.

Pierre-Henri Carbonnel pose la question des moyens. « Le nombre d'enquêteurs ne cesse de diminuer », dit-il. Comment traiter 70 000 plaintes avec moins de personnel ? Darmanin répond en évoquant une circulaire datant de 14 mois, qui aurait fait des crimes sur enfants une priorité. Mais il admet que des cas comme celui de Lyhanna — où un agresseur identifié reste libre — « n'expliquent pas les dysfonctionnements qu'il peut exister dans cette affaire ».

Lyhanna, Noam, Yannis : des noms, des preuves, rien

Chiffres, faits, constats. Karine Lebon cite les pièces du dossier : « Rapports médicaux et judiciaires, expertises, témoignages. » L'auteur présumé avait été identifié depuis neuf mois. Il avait fait l'objet de plaintes en 2020 et 2023 — classées sans suite. « Lyhanna a été tuée alors que le mis en cause avait fait l'objet de plusieurs plaintes », assène-t-elle. « On a préféré la mort à la protection d'une enfant. »

Nathalie Colin-Oesterlé complète : « Cet homme avait été écarté d'un collège, signalé, visé par plusieurs plaintes. Jamais placé en garde à vue. » Neuf mois. Les faits sont connus de la justice. Personne n'a agi.

Darmanin reconnaît une défaillance de l'institution judiciaire. Il renvoie à l'inspection à venir. Mais les députés ne se contentent pas de cette promesse. La question revient, encore et encore : pourquoi ?

Marie-Charlotte Garin, députée écologiste, lâche trois mots, presque inaudibles, depuis son banc : « C'est que du vent. »

Perrine Goulet, présidente de la délégation aux droits de l'enfant, insiste sur le problème du partage d'information. « Les lois sont votées mais non appliquées sans aucune sanction », dit-elle. Elle évoque l'affaire du périscolaire à Paris — où personne n'a signalé les faits. « Notre société ferme trop souvent les yeux sur les violences commises sur les enfants », ajoute-t-elle. Elle propose un « juge des familles » unique, qui aurait une vision globale du dossier.

Darmanin semble approuver. Il parle de « dépénaliser la non-présentation d'enfant lorsqu'il y a une accusation d'agression sexuelle », de créer un « ordre de non-sûreté » pour les enfants. Flou persistant. Promesses en l'air. Les actes, pas encore.

929 morts dans les rues — et des amendements pour baisser le budget

Le débat bifurque. Katiana Levavasseur interpelle le gouvernement sur la crise des sans-abri. « En 2025, 929 personnes sans domicile sont mortes dans notre pays », dit-elle. Près de 1000. Dans les rues, dans des voitures, des abris de fortune. « C'est un drame national », ajoute-t-elle. « Cela dit quelque chose de notre pays. » (Oui, vous avez bien lu). Le nombre de morts en 2026 est déjà supérieur à celui de 2024.

Vincent Jeanbrun, ministre, répond. Il reconnaît que « la rue tue ». Il défend l'augmentation des budgets. Puis contre-attaque : « Merci par avance de le dire à tous vos collègues qui ont déposé, au moment du budget, non pas un mais bien quatre amendements pour baisser le budget d'hébergement d'urgence. » Le ton monte. « Il y a ceux qui agissent et ceux qui parlent. »

L'image est saisissante. Un gouvernement qui dénonce lui-même des parlementaires — de son propre camp ou de l'opposition — sur un sujet où 929 vies sont en jeu. La question reste ouverte.

« J'ai honte »

Laure Miller prend la parole. Elle est visiblement émue. « J'ai honte de l'image qu'on donne », dit-elle. Elle évoque ceux qui se sont déplacés pour la première fois de leur vie pour « demander d'agir en responsabilité ». Elle accuse : « Depuis 15 heures on se renvoie la balle comme des gamins dans une cour d'école. » Sa colère est triste. « Il n'y a déjà plus beaucoup de Français qui croient en la politique. Mais ce qu'on est en train de donner à voir comme image de la politique, c'est vraiment un désastre. »

Aurore Bergé, ministre, lui répond avec solennité. Elle remercie Laure Miller pour son ton. Elle promet « l'unité nationale pour protéger nos enfants ». Elle cite Yannis, un enfant mort dont le nom a été donné à une proposition de loi. « Nous nous devons d'être au rendez-vous », conclut-elle.

La séance se termine. Les paroles sont prononcées. Les promesses, faites. Mais les questions restent suspendues dans l'hémicycle vide.

73% de classements sans suite. 82 préconisations enterrées. 70 000 plaintes en attente. Un rapport Mediapart sur la pédocriminalité — ignoré par l'exécutif, selon la députée Cathala. Neuf mois d'inaction. Un agresseur libre. Une enfant morte.

Combien de Lyhanna faudra-t-il encore ?

À suivre.

Sources : Débat parlementaire à l'Assemblée nationale (vidéo YouTube), TF1 Info, Le Monde, L'Humanité, Dernières Nouvelles d'Alsace, Mediapart.

📰Source :youtube.com

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