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EnvironnementÉpisode 7/20

Mégabassines : eau volée, 200 blessés et un État accusé de collusion

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-06
Illustration: Mégabassines : eau volée, 200 blessés et un État accusé de collusion
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Le marais qui se meurt

Le Marais Poitevin est la deuxième zone humide de France. Julien Leget, co-porte-parole de Bassines Non Merci et naturaliste amateur, arpente ses canaux en barque. Il constate la disparition des libellules, espèces bio-indicatrices. Selon lui, le glyphosate et les pesticides utilisés dans l'agriculture intensive en sont la cause. La France a été condamnée par la Cour européenne de justice — dès les années 1990-2000 — pour non-respect des directives environnementales. Le constat était clair : le maïs irrigué détruisait les zones humides.

La réponse de l'État ? Construire des mégabassines.

Des réserves de substitution… qui augmentent la consommation

Le principe est présenté comme du bon sens : stocker l'eau en hiver, quand elle est abondante, pour irriguer en été sans pomper dans les rivières. Sauf que les nappes phréatiques sont déjà des réserves naturelles — gratuites, filtrées, protégées de l'évaporation. Les mégabassines, elles, sont des trous géants recouverts de bâches noires, exposés au soleil.

« C'est évidemment un non-sens », tranche Leget. Les études scientifiques citées dans l'enquête de Reporter estiment l'évaporation entre 5 et 20 % — et jusqu'à 60 % dans des régions comme le Maroc ou la Californie. Pire : l'eau stockée se réchauffe, favorisant le développement de cyanobactéries. Ces micro-organismes produisent des cyanotoxines potentiellement mortelles.

L'Agence Régionale de Santé (ARS) avait alerté. Il y a environ cinq ans, un technicien a rédigé une note « assassine » sur les risques sanitaires. « Il a été placardisé », affirme Leget. « Le nouveau directeur a dit : "De toute façon, c'est pour de l'eau d'irrigation, on s'en fiche." » Sauf que les cyanotoxines peuvent contaminer les légumes arrosés — et donc l'alimentation.

Un plongeur, venu voir Leget lors d'un rassemblement, a confirmé : « Mon boulot, c'est de plonger dans les bassines pour enlever les algues qui bouchent les pompes. Aujourd'hui, je ne veux plus plonger. »

70 % d'argent public pour un système illégal

Chaque mégabassine coûte environ 4 millions d'euros. Le financement public atteint 70 % — soit près de 3 millions par ouvrage. Mais le vrai problème est ailleurs. La plupart des bassines sont illégales. Les tribunaux administratifs les ont annulées. Celle de Sainte-Soline n'a pas le droit d'être remplie. « On se retrouve dans une situation paradoxale », explique Leget. « On utilise les méthodes de la désobéissance civile pour que le droit soit appliqué. »

La loi cadre européenne sur l'eau et sa déclinaison française (loi LEMA) établissent une hiérarchie stricte : priorité à l'eau potable, puis aux milieux naturels, et enfin aux usages économiques. Or, en France, 60 % de l'eau est consommée par l'agriculture. « Les mégabassines inversent cette hiérarchie », accuse Leget. « Elles mettent en péril l'eau potable et la vie dans les rivières. »

Et l'augmentation de la consommation est documentée : après la mise en place des bassines, l'irrigation grimpe de 50 à 70 %.

Sainte-Soline : 200 blessés, des images manipulées

Le 29-30 octobre 2022, première manifestation massive à Sainte-Soline. Julien Leget en fait partie : il a reçu 7 points de suture après un coup de matraque. Le 25 mars 2023, c'est Sainte-Soline 2. Cette fois, 3000 forces de l'ordre sont déployées pour protéger un chantier vide. Deux cents blessés physiques. Les images des caméras piétons de la police, publiées par Mediapart, montrent un gradé ordonnant de manipuler la couverture médiatique pour faire passer les militants pour violents. Depuis Sainte-Soline, aucun nouveau chantier de mégabassine n'a démarré en France.

Julien Leget sous bracelet électronique ?

Le co-porte-parole de Bassines Non Merci est poursuivi et risque une assignation à résidence sous bracelet électronique. « Je pense qu'aujourd'hui il y a bien des écoterroristes en France », lance Leget dans l'interview. « Un écoterroriste, c'est quelqu'un qui mène une politique de terreur vis-à-vis de l'écologie et de ceux qui la défendent. Monsieur Darmanin est le plus grand écoterroriste de France. »

La loi du plomb et les liens Macron-agroindustrie

En 2024, l'Assemblée nationale a voté la loi d'urgence agricole — surnommée « loi du plomb » par les opposants. Elle déclare les mégabassines d'intérêt général majeur, supprime des réunions publiques et menace les associations d'amendes. Une pétition a recueilli 2 millions de signatures contre ce texte.

Le contexte politique est trouble. Emmanuel Macron a travaillé pour la banque Rothschild et a négocié une vente entre Nestlé et Pfizer avant sa présidence. Une enquête de la presse suisse a exploré ses liens avec Nestlé. Off Investigation a enquêté sur son évasion fiscale. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est également PDG du groupe agroindustriel Avril. Seules 6 % des exploitations agricoles françaises irriguent. Le maïs irrigué sert principalement à l'alimentation animale — élevage intensif. Une alternative très simple pour nourrir des herbivores, c'est l'herbe : le retour à la prairie permettrait aux agriculteurs de regagner en autonomie.

Des alternatives existent — et elles marchent

Un collectif de maraîchers a réussi à créer une réserve de 10 000 m³ grâce à une cagnotte citoyenne. Ce modèle alternatif — petit, local, transparent — est celui que défend Bassines Non Merci. Le collectif n'est pas contre le stockage de l'eau par principe, mais prône une hiérarchisation des usages : le maraîchage d'abord, l'autonomie alimentaire ensuite, pas le maïs pour les élevages intensifs.

Le Marais Poitevin est l'une des terres les plus basses de France — entre 0 et 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. À long terme, l'océan le reprendra.

Sources : Reporter, le média de l'écologie (interview de Julien Leget par Hervé KF) ; Mediapart (images des violences policières et manipulation médiatique) ; Cour européenne de justice (condamnation de la France) ; Agence Régionale de Santé (note sur les cyanobactéries) ; Off Investigation (enquête sur l'évasion fiscale de Macron) ; Presse suisse (enquête sur Macron et Nestlé).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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