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JusticeÉpisode 19/18

Sainte-Soline : l'identité du tireur enfin révélée, l'impunité démasquée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Sainte-Soline : l'identité du tireur enfin révélée, l'impunité démasquée
© YouTube

Le gendarme qui tirait sans voir

Son nom ? Pas encore public. Peu importe. On connaît son unité, son blindé, ses ordres. Les journalistes Camille Poloni (Mediapart), Laura Vic (service vidéo) et Antoine Chirer (enquêteur visuel indépendant) l'ont identifié formellement. Comment ? En analysant 150 heures de vidéos — caméras piétons des gendarmes, touches panoramiques, hélicoptères, GoPros, et surtout une vidéo inédite de Blast que la justice n'avait pas réquisitionnée.

Le tireur se trouvait dans un VBRG — Véhicule Blindé Roulant de la Gendarmerie. Un tank de 13 tonnes. À l'intérieur, il maniait une tourelle lance-grenades. Il a expliqué lors de son audition en février 2025 : « Je tirais à l'aveugle, comme dans un sous-marin avec un périscope. Mon chef, à côté du blindé, me donnait les ordres. » Ses tirs étaient tendus — à 7 degrés au lieu des 45 réglementaires. Pourquoi ? « Parce que le chef a dit de tirer droit. »

La justice l'a entendu comme témoin, pas comme suspect — une différence qui change tout. Un suspect aurait eu droit à une confrontation, une vérification de ses dires. Un témoin ? On le croit sur parole. Le parquet de Rennes n'a pas cherché plus loin. Le 26 décembre 2025, il classe sans suite : « Le tireur n'a pu être formellement identifié. »

Mais Mediapart et Libération ont retrouvé la preuve qui tue.

Une vidéo de 30 secondes, tournée par Blast ce jour-là. Un plan large en contre-champ. On y voit le VBRG. On voit la tourelle pivoter. On voit le tir partir. Et surtout — on voit qu'aucun autre gendarme, à pied ou ailleurs, n'a tiré au même moment. La modélisation 3D d'Antoine Chirer a confirmé : la grenade vient du blindé, directe, pas un ricochet. L'expertise médicale le dit : « Tir tendu à bout portant. »

Un mensonge s'effondre. Une question se pose. Une seule.

Pourquoi la justice n'a-t-elle pas voulu voir ?


5 000 grenades en quelques heures : la mécanique de la violence

Sainte-Soline, 25 mars 2023. Une manifestation contre les méga-bassines est interdite par la préfecture. Les opposants — Les Soulèvements de la Terre — viennent quand même. 5 000 gendarmes les attendent. Plus de 5 000 grenades sont tirées en quelques heures : lacrymogènes, explosives, de tous types. Les lanceurs de LBD crachent leurs projectiles.

Quatre blessés graves. Serge Duteuil-Graziani a le crâne fracturé. Michaell, Alix et Olivier — deux d'entre eux témoignent sous pseudo — subissent des traumatismes similaires. Tous déposent plainte. L'enquête judiciaire dure trois ans. Elle n'aboutit à rien.

Pourtant, les preuves sont partout.

Les gendarmes portent des caméras piétons — plus d'une centaine d'heures d'enregistrement. Une tourelle vidéo panoramique filme la zone. Un hélicoptère survole. Les gendarmes vidéastes tournent aussi. Et ils oublient que ça tourne. Ils insultent les manifestants. « Je lui ai mis en pleine tête, ouais ! » « Le tir tendu, ça m'aurait plus à interpeller. » « Fils de pute, va. » Des heures d'insultes, de vantardises, de jubilation.

Et surtout, des ordres.

Dans les caméras piétons, on entend la hiérarchie intermédiaire. Un chef crie : « Tirez tendu ! » Un autre : « Faites-les souffrir. » La pratique est illégale. Les grenades doivent être tirées en cloche, à 45 degrés, pour retomber sans exploser au visage. Tirer à l'horizontale, c'est la certitude de blesser grièvement, de tuer peut-être. Les gendarmes le savent. Ils le font quand même.

La première enquête vidéo de Mediapart, publiée en novembre 2025, révèle ces images. Elle montre la violence, l'impunité, le système. Une deuxième enquête, en janvier 2026, détaille le « dispositif image » de la gendarmerie. Comment ils se sont filmés eux-mêmes, comment ils se sont piégés. Une troisième, début 2026 — en collaboration avec Libération — identifie le tireur de Serge.

Le procureur de Rennes avait tout sous les yeux. Il a choisi de fermer les siens.


33 gendarmes sanctionnés... pour avoir parlé trop fort

Après les révélations de novembre 2025, une enquête administrative s'ouvre. Laurent Nuñez, préfet de police de Paris, annonce qu'il va « tirer toutes les conséquences. » Résultat ? 33 gendarmes sanctionnés. Des jours d'arrêt. Pour « propos inadaptés. »

Pas un mot sur les tirs tendus. Pas une sanction pour les blessures graves. Rien.

Les plaignants — Serge, Michaell, Alix, Olivier — comprennent : la gendarmerie se protège elle-même. Les tirs qui ont failli les tuer restent impunis. Les seules punitions concernent des insultes. Comme si appeler un manifestant « fils de pute » était plus grave que de lui fracturer le crâne avec une grenade.

Les journalistes de Mediapart et Libération posent la question : pourquoi ces sanctions légères ? Pourquoi les tirs tendus ne sont-ils pas poursuivis ? La réponse est dans le système. L'enquête administrative peut prendre des années. Les sanctions disciplinaires sont confidentielles. Les noms des gendarmes ne sont pas divulgués. Et pendant ce temps, le parquet classe sans suite.

Une date. Un virement. Une question.

Le 26 mars 2023, au lendemain de la manifestation, Gérald Darmanin, alors ministre

📰Source :youtube.com

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Épisode 19 · 2026-06-03

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