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Préfets sous pression : l'État lie leur prime aux mégabassines

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-12
Illustration: Préfets sous pression : l'État lie leur prime aux mégabassines
© YouTube

Un système de bonus pour les mégabassines

Fin 2021. Jean Castex, alors Premier ministre, met la pression sur Emmanuel Aubry, préfet des Deux-Sèvres. Objectif : lancer plus de deux réserves de substitution en 2022. Ce seront Sainte-Soline et Mauzé-sur-le-Mignon.

La feuille de route du préfet, révélée par Politico en novembre 2023, ne laisse aucune place au doute. Castex précise qu'il faut « vous attacherez à ce que les travaux soient engagés dans les meilleurs délais compatibles avec les procédures actuellement pendantes devant le juge administratif » et que « Les résultats obtenus constitueront l’un des critères d'appréciation de votre action ».

En France, la rémunération des préfets comporte une part variable — plusieurs milliers d'euros. Selon l'enquête, cette part dépend des objectifs atteints, dont la construction de mégabassines. En clair : plus Aubry construisait de réserves de substitution, plus il touchait d'argent.

Ces ouvrages sont privés, destinés à irriguer des terres agricoles. Le préfet, garant de l'intérêt général, est récompensé pour leur réalisation.

Lors d'un échange, un journaliste interroge Aubry, aujourd'hui préfet de la Sarthe. Il demande comment on peut être garant de l'intérêt général et avoir une prime pour la construction d'ouvrages privés. Aubry répond qu'il est préfet de la Sarthe et attentif à la gestion de l'eau dans le département, sans commenter sa feuille de route passée.

Le port de La Rochelle : une tromperie sur la marchandise

L'année même de la signature du protocole des 16 nouvelles bassines du Marais Poitevin, les pouvoirs publics valident un autre projet : l'agrandissement du port de La Rochelle. Emmanuel Macron soutient l'objectif de faire grandir les ports français et d'en faire des champions.

Mais, selon l'enquête, les véritables motifs auraient été dissimulés. Dans les brochures officielles, on évoque l'attractivité du port pour la filière pâte à papier. Une note confidentielle prévoit même un doublement des volumes de produits forestiers d'ici 2027.

Pourtant, une source anonyme exprime ses doutes : elle estime qu'il n'y avait aucune justification commerciale et que le marché de la pâte à papier est en décroissance à cause du numérique.

Un examen d'une carte du port révèle un autre usage. La Rochelle est le deuxième port français exportateur de céréales. Il approvisionne notamment le Maroc, l'Algérie et l'Égypte en blé tendre. Or, c'est sur le quai chef de B4 — zone où on charge les céréales — que devaient se concentrer 25 millions de travaux.

La source anonyme affirme que l'agrandissement visait en réalité à augmenter les exportations de céréales, mais que c'était difficile à assumer politiquement. Le vote de la municipalité sur le projet aurait été faiblement majoritaire.

Pour la source, il y a eu tromperie : le port est un établissement public qui doit travailler dans la transparence de l'usage de l'argent public, et là il n'y a pas eu de transparence. Elle ajoute qu'en ayant étudié le projet, elle s'en est rendu compte, que d'autres aussi, mais que personne ne le dit, et que le projet avance.

Les grands bénéficiaires : SICA Atlantique et le groupe Soufflet

Sur le port de La Rochelle, les principaux clients sont SICA Atlantique, société créée par les coopératives agricoles de la région pour le transport de céréales, et le groupe Soufflet, spécialisé dans le négoce de grain. Au moment de la décision d'agrandir le port, Soufflet anticipait une augmentation de ses ventes de 25 % et construisait un nouveau silo sur les quais.

Loin des discours sur la souveraineté alimentaire, les gros céréaliers du Marais Poitevin assument de travailler principalement pour l'exportation. Un agriculteur cité dans l'enquête déclare que tout le monde n'a pas la chance d'avoir des terres fertiles, que certains pays ne seront jamais autonomes, et que nourrir les personnes présentes est un devoir très lucratif.

Car l'exportation permet de spéculer sur les prix. Les immenses silos du port de La Rochelle permettent d'attendre que les prix soient au plus haut pour vendre, comme en cas de guerre. Le même agriculteur reconnaît que la guerre ukrainienne a redonné un peu de souffle, avec des prix des céréales qui se sont envolés.

Un agribusiness cynique ?

Les opposants aux mégabassines dénoncent un système irresponsable. L'un d'eux s'exprime dans l'enquête : il accuse ceux qui disent nourrir le monde de les empoisonner, d'empoisonner la terre et leur avenir. Il compare cette minorité à une menace pour la collectivité, et estime qu'il serait d'intérêt général de les payer pour qu'ils restent chez eux sans utiliser d'engrais ni de pesticides.

Ce qui est certain, c'est que des milliers d'euros de prime peuvent être touchés par un préfet pour accélérer des travaux contestés, et que l'agrandissement d'un port public a été justifié par une filière en déclin tandis que les céréaliers exportateurs en seront les premiers bénéficiaires.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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