Gironde : 42 000 hectares brûlés, l'armée au chevet des pompiers

42 000 hectares partis en fumée. 126 pompiers blessés. France Info a suivi les hommes qui les combattent. Le reportage montre un pays qui mobilise tout ce qu’il a : hélicoptères Caracal, agriculteurs, BTP, pompiers volontaires. Le feu dépasse tout ce qu’on a connu.
Les faits
La nuit tombe sur la Gironde. À bord d’un hélicoptère Caracal de l’armée de l’air, une équipe de France Info embarque pour une mission de reconnaissance. En dessous ? 42 000 hectares de forêt calcinée. Des fumerolles partout. Le commandant David, chef aéronautique des pompiers de Gironde, guide les militaires. Ils sont équipés de caméras thermiques et de jumelles de vision nocturne. Objectif : repérer les reprises de feu que les Canadairs et les Dash ne peuvent plus attaquer une fois la nuit tombée.
« C’est un combat qui est difficile », dit-il. « Parfois un petit peu d’impuissance. »
Le reportage montre des lignes de feu qui se dessinent sur des kilomètres. Des points chauds « très éparpillés ». L’hélicoptère frôle les fumées. Le danger ? « Rentrer dans la fumée et passer au-dessus des flammes », explique un militaire. L’appareil, d’ordinaire utilisé pour le transport de troupes ou les missions de sauvetage, est venu en renfort. « On apporte notre petite pierre à l’édifice », dit sobrement l’un des membres d’équipage.
Au sol, c’est l’épreuve. Près de Lanton, les pompiers repèrent une reprise de feu. En quelques instants, le ciel s’obscurcit. Les Canadairs arrivent en soutien. « Largage d’appui sur le flanc gauche », annonce la radio. Les flammes grimpent sur les arbres, dévorent la forêt en minutes. Un pompier volontaire originaire de la Manche, venu prêter main-forte, résume : « C’était chaud. Mais ça va le faire. »
Pascal, propriétaire d’une maison menacée, lutte depuis cinq jours avec l’aide d’agriculteurs. « Si j’ai pas les pompiers et les agriculteurs, j’ai plus de maison », dit-il. Les pompiers ont sauvé sa propriété trois fois.
Le bilan est lourd. 126 sapeurs-pompiers blessés depuis le début de l’incendie, selon France Info. Et le feu n’est pas fixé. « Entre la chaleur et la reprise du vent, il y a des petites reprises un peu partout sur les 40 000 hectares qu’on a brûlés », explique un pompier. « Il faut être vigilant. »
Le même jour, un nouvel incendie se déclare dans le Var, à Brignol — cinq hectares déjà parcourus, trois quartiers évacués. 200 pompiers mobilisés, six hélicoptères bombardiers d’eau, un Dash, trois Canadairs. Météo France place deux départements — Meurthe-et-Moselle et Moselle — en rouge pour risque très élevé d’incendie.
Le contexte
Le reportage ne montre pas que des flammes. Il donne la parole à ceux qui les combattent. Et parmi eux, un homme incarne le prix du feu.
Frédéric Magiani, lieutenant-colonel pompier, a été brûlé sur 37 % du corps en 2004. Amputé de plusieurs doigts. Dans le coma pendant plusieurs semaines. Des greffes à répétition sur les jambes, les mains, le visage. « On est saisi par une douleur plus qu’intense, inimaginable », raconte-t-il. « On se dit immédiatement : c’est la fin, je vais mourir. »
Il a traversé les flammes. Rejoint le camion de ses collègues. Puis, moins de quatre ans après l’accident, il a repris son métier. « Je n’ai jamais perdu cette flamme qui m’anime », dit-il. Aujourd’hui, il est mobilisé sur les feux de Gironde, venu des Bouches-du-Rhône en renfort. « Je n’ai pas plus peur aujourd’hui qu’avant l’accident », assure-t-il. Il a reçu la Légion d’honneur.
Son témoignage, recueilli par France Info, est le cœur du reportage.
Le reportage s’intéresse aussi à ceux qui les soutiennent. Les agriculteurs, d’abord. Avec leurs tonnes à eau et leurs camions-citernes, ils ravitaillent les pompiers au plus près des flammes. « Ils nous ont expliqué comment noyer en profondeur parce que le feu est dessous », raconte un pompier. « Sans eux, je sais pas ce qu’on ferait. » Dans cette forêt près de Lacanau, quatre réservoirs remplis en un temps record. Les agriculteurs sacrifient leur temps de travail pour faire gagner de précieuses minutes.
Les professionnels du BTP, ensuite. Venus de Charente-Maritime, ils soulagent les soldats du feu. « Quand on a vu ça aux infos, on pouvait pas rester à rien faire », dit l’un d’eux. Une coopération orchestrée par les pompiers. « On travaille main dans la main », confirme un officier.
Et puis il y a les pompiers volontaires. Ils représentent 78 % des effectifs de secours en France, selon France Info. 200 000 personnes. Bastien Magot, 18 ans, donne de son temps chez les pompiers volontaires. Il a signé un contrat saisonnier en parallèle de ses études. « Actuellement, avec les gardes, c’est environ 1 400 euros », dit-il. « Sachant qu’il y a beaucoup d’heures. » Lisa Chorda, fonctionnaire, jongle depuis 16 ans entre son travail et le volontariat. « Des périodes de 24 heures sur le feu, deux heures de repos, et on reprend le travail », explique-t-elle.
Certaines entreprises s’adaptent. Dans une société de gestion des eaux, 10 jours par an sont libérés pour les pompiers volontaires, sans perte de salaire. Fabrice Soak, pompier volontaire depuis 40 ans, a pu intervenir l’été dernier sur le feu des Corbières grâce à cet accord. « Mon entreprise a donné l’accord tout de suite », dit-il. Un argument de poids pour attirer d’autres volontaires. « On a recruté récemment un collaborateur qui est également pompier volontaire », confie un responsable.
Mais la fatigue est là. Et les pertes économiques aussi. À Biscarrosse, où l’incendie est désormais fixé, les touristes sont rares. « 10 % de la fréquentation habituelle », selon le reportage. Un restaurateur : « 40 couverts à midi, quatre fois moins qu’un mois de juillet normal. »
Sources
- France Info TV (reportage vidéo)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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