Gironde-Var : deux pompiers morts, 20 000 évacués

L'embrasement
Le ciel a disparu. D'après les images diffusées, un immense panache de fumée recouvre le nord du bassin d'Arcachon. Le soleil n'est plus visible — à peine quelques coins de ciel bleu, alors que le temps était radieux ce matin.
L'incendie a démarré hier après-midi. À 6 heures ce matin, 2 000 hectares étaient déjà touchés. À 19 heures, selon la préfecture de Gironde, le bilan atteignait 3 700 hectares brûlés.
Près de 20 000 personnes ont été évacuées.
Les flammes, hautes de plusieurs dizaines de mètres, dévorent la forêt. Les images aériennes montrent un spectacle apocalyptique : à perte de vue, la terre engloutie par les fumées. L'équipe de reportage n'a pas pu survoler les flammes — il fallait impérativement laisser le champ libre aux Canadairs et aux hélicoptères des pompiers.
Tout l'enjeu, explique le journaliste présent à bord d'un hélicoptère, est d'arrêter la progression du feu pour ne pas bloquer l'accès à la presqu'île du Cap Ferret. Un nouveau départ de flamme s'est déclaré quelques minutes seulement avant le survol. Virulent, menaçant, il grignote la végétation.
« Ce qui est impressionnant depuis qu'on est arrivé, c'est la propagation de cette épaisse panache de fumée qui recouvre l'horizon », constate le reporter.
Le piège de Bordeaux-Mérignac
Mardi, deux sapeurs-pompiers sont morts. Anthony Bertô et Wilfried Schmitter, 34 ans tous les deux, appartenaient au centre de secours de Saint-Médard-en-Jalles. Piégés dans leur camion par un violent feu de pins aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac.
Un hommage leur a été rendu sur le parvis de l'hôtel de ville. Un registre de condoléances a été ouvert pour leurs familles, leurs proches et leurs collègues.
La guerre du Cap Ferret
Au sol, 800 pompiers sont mobilisés, appuyés par 330 gendarmes. Des renforts arrivent de Paris. Des renforts sont également arrivés des Deux-Sèvres et des Pyrénées-Atlantiques.
Le commandant Florent Gastou décrit une stratégie d'« attaque massive des feux naissants ». Mais sur le terrain, la réalité est brutale.
« En journée, l'appui aérien est primordial. Ils sont beaucoup plus efficaces que nous. La nuit, on court après, on protège les maisons. La journée, c'est eux qui travaillent. Et nous, voilà, c'est un peu comme une guerre. Aucun nom à l'avion et nous après la baïonnette dans les fossés », confie un pompier.
Le feu continue de se propager. Les images tournées il y a une heure à peine montrent les flammes gagnant le centre-ville de Lège-Cap-Ferret. Une maison est touchée. En quelques minutes, la charpente s'embrase.
Les habitants sont médusés. « Je suis très ému. Je suis presque aux larmes », témoigne l'un d'eux.
Le feu est « erratique », selon les autorités. Ici, quelques flammes d'abord. Puis soudain, le brasier se réveille. Il gagne en intensité avec de très nombreuses sautes de feu. Le vent s'est levé, avec un changement de direction.
« La partie du massif forestier qui n'était pas entamée a commencé à être prise par le feu avec une puissance — vous avez vu la montée en puissance importante et rapide », décrit un officier.
Six moyens aériens restent engagés ce soir. Les autorités redoutent une nouvelle nuit difficile.
L'exode
Les évacuations sont massives. En 24 heures, près de 20 000 habitants et touristes ont dû quitter leur maison, leur camping ou leur village de vacances. À Lège-Cap-Ferret, la population explose pendant l'été. Les départs se sont faits dans l'urgence.
À la sortie du village vacances, une file de voitures ininterrompue. « Vous avez déjà rendu vos clés ? Super. Vous avez un endroit où aller ? Rentrez chez vous, faites bonne route. Au revoir », lance un gendarme.
La préfecture a ordonné l'évacuation des 195 chalets. Le directeur du centre improvise. « Ça se passe plutôt bien. On a quasiment fait le tour du village, et là j'attends la validation. La gendarmerie est présente. Là, tout le monde semble être évacué. Après, je fais évacuer mon personnel. On ferme l'établissement. Moi, je vais rester partir le dernier », explique-t-il.
Pour les vacanciers, un mélange d'amertume et de compréhension. « Les petits sont tristes, ils voient forcément — c'est les vacances qui se terminent un peu plus tôt. Mais bon, il vaut mieux être en sécurité qu'autre chose », dit une mère.
Certains n'ont pas de voiture. Ils partent avec les bus de la région appelés en renfort. « Je me suis retrouvée avec trois petits et pas de voiture. Il fallait évacuer, tout ranger, prendre l'essentiel, mais avec trois enfants et beaucoup d'essentiels. Les équipes nous ont donné un gros coup de main », témoigne une femme.
Ceux qui trouvent refuge dans les salles communales — comme celle du Porge, ouverte dès hier soir — sont rapidement saturés. « On est partis vite vite même si les sacs étaient prêts, et on a passé la nuit en extérieur puisqu'il y avait plus de place dans la salle », raconte un évacué.
Des habitants viennent spontanément gérer l'intendance et le ravitaillement. L'un d'eux a mis sa camionnette à disposition. « On a fait des allers-retours toute la nuit, toutes les deux heures à peu près, pour ravitailler les pompiers. L'opération a commencé à 14h30 hier. Là, on est en non-stop depuis », dit-il.
L'évacuation se fait aussi par la mer. Les navettes qui relient le Cap Ferret à Arcachon n'ont pas cessé de l'après-midi. Une trentaine de bateaux sont mobilisés ce soir pour assurer si besoin l'évacuation générale du Cap Ferret, où il n'est désormais plus possible de se rendre.
L'accès est interdit par voie terrestre ou maritime. Barrages. Village presque désert. Fumée omniprésente.
La presqu'île suspendue
L'équipe de reportage a parcouru cette presqu'île suspendue à l'évolution des flammes. « Il est interdit d'entrer sur la presqu'île du Cap Ferret. D'en sortir aussi », lance un gendarme à un conducteur. « On reviendra quand ça sera bon. Courage à vous. »
Les rues sont désertes. Dans les villages de la presqu'île, partout des terrasses vides, alors qu'habituellement elles sont très prisées des touristes. Les vacanciers sont partis. Seuls sont restés les habitants qui n'ont pas encore reçu d'ordre d'évacuation.
Dans le petit village de Claé, le seul commerçant ouvert, c'est la pizzeria qui fournit les pompiers. « Il y a plus de camping, donc tout est fermé. Plus de clients », dit le gérant.
Plus les heures passent, plus l'inquiétude grandit. Les habitants portent des masques, car la fumée envahit le village. En milieu d'après-midi, le feu se rapproche des habitations. « Ça s'amplifie et ça se rapproche vraiment. Les nuages sont vraiment plus proches », témoigne un résident.
Puis c'est le cimetière qui s'embrase.
D'autres habitants sont évacués. « Le désavantage qu'on a, c'est que le vent a tourné vers nous. Donc là, c'est les tourbillons », explique un pompier.
Les soldats du feu sont fatigués. « Ils ont besoin de repos, et on aborde la soirée avec une certaine inquiétude, je vous cache pas, même si on peut espérer que le vent va se calmer », confie un officier.
L'air devient irrespirable. Une maison vient de s'enflammer.
La nuit risque d'être longue sur la presqu'île du Cap Ferret.
Le scénario maritime
« Aucune évacuation terrestre ne sera possible car une seule route mène à la presqu'île du Cap Ferret, qui forme un cul-de-sac », explique l'envoyé spécial à Arcachon.
Le scénario privilégié est celui d'une évacuation maritime. Un exercice grandeur nature s'était d'ailleurs tenu l'an passé. Les habitants sont préparés, tout comme les bateaux. Le responsable de la jetée d'Arcachon vient de confirmer que tous les capitaines sont prêts.
Une trentaine de navettes pourront faire les allers-retours cette nuit entre Arcachon et la presqu'île. Elles peuvent transporter jusqu'à 2 000 personnes par heure.
Mais une fois à Arcachon, où aller ? La ville ne dispose pas d'infrastructures suffisantes pour accueillir autant de monde. Bordeaux se prépare et a déjà ouvert plusieurs salles.
Pourquoi la Gironde brûle-t-elle si souvent ?
Les images de ce soir en rappellent d'autres. À l'été 2022, déjà plus de 20 000 hectares étaient partis en fumée en Gironde.
Alors pourquoi ce territoire brûle-t-il si souvent et si violemment ?
D'abord la nature même de la forêt. Une monoculture de pins. Au sol, un tapis de fougères et de bruyère peut faire office d'allume-feu. Les arbres gorgés de résine s'embrasent à une vitesse impressionnante. Les pommes de pin peuvent se transformer en bombes incendiaires, projetées à plusieurs dizaines de mètres.
Et il y a ces tourbillons de vent et de feu qui alimentent le brasier. « L'incendie se déplace alors très rapidement. Pas de rupture. Donc un feu qui se déclare aux abords dans ce type de forêt se propage sur des superficies très étendues », décrit un spécialiste.
Mais cette zone à haut risque est aussi l'une des mieux équipées. Depuis les incendies de 2022, les forêts de Nouvelle-Aquitaine comptent 360 kilomètres de pistes supplémentaires, parfois agrandies pour mieux stopper l'avancée des flammes. 238 nouveaux points d'eau, fixes et mobiles. 2 500 bénévoles formés pour prévenir et aider en cas d'incendie.
Des moyens importants. Mais qui n'empêchent pas les feux dans une région dense qui attire de plus en plus de touristes et d'habitants.
« Plus il y a de personnes près des massifs forestiers, plus il y a de départs de feu, puisque 90 % des départs de feu sont dus à l'homme, de manière volontaire ou involontaire », explique le reportage.
Et ces incendies sont de plus en plus violents avec le réchauffement climatique. Les vagues de chaleur à répétition assèchent les sols et la végétation.
Le Var n'est pas épargné
Dans le Var, les flammes repartent de plus belle. Le feu n'est toujours pas fixé ce soir. Une situation inquiétante attisée par le mistral.
Plus de 300 personnes ont été évacuées à titre préventif de plusieurs villages. Dans celui de Cotignac, la population est confinée.
Les flammes frôlent les toits des maisons. Une épaisse fumée recouvre le village. En peu de temps, les habitants sont pris de panique.
« De ce côté-là au village, il y a ma maison qui est en train de cramer. Et là, c'est la maison de mon père qu'on essaie de protéger », hurle un habitant.
« Ma maison est en feu, monsieur. Mais bon, je me suis échappé, alors ça va », dit un autre.
Le feu a repris en début d'après-midi, poussé par le mistral. Le brasier s'est intensifié très vite. Les habitants observent la scène avec angoisse.
« Regardez, ça part de partout. J'espère que ça ira pas jusqu'au village. C'est désastreux pour nous de voir ça. Aujourd'hui, c'est compliqué », témoigne une femme.
Dans les airs, les Canadairs et les hélicoptères bombardiers d'eau multiplient les rotations. Au sol, le travail des pompiers est incessant. 2 700 hectares brûlés.
« C'est un gros chantier. Il va falloir pied à pied travailler. Il y a encore plusieurs jours où il ne sera pas fixé », explique un officier.
Au cœur du village, les gendarmes invitent les habitants à quitter les lieux. Certains s'y refusent, préférant se confiner, volets fermés, draps mouillés partout où la fumée pourrait rentrer.
Ce soir, Cotignac est un village désert. Les moyens aériens poursuivent leur travail. Des drones les relaieront pour assurer la surveillance de l'incendie cette nuit.
Les moyens des pompiers : une question qui brûle
Une question se pose avec cette saison exceptionnelle : nos pompiers ont-ils suffisamment de moyens face à la multiplication des incendies ?
46 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l'été.
« Il y en a un peu assez des polémiques », a sèchement répondu hier le ministre de l'Intérieur.
Mais certains élus locaux se plaignent d'un manque d'accompagnement.
Alors, quels sont les moyens des sapeurs-pompiers aujourd'hui ? En effectif, ils sont plus de 256 000 en France, dont 44 000 sapeurs-pompiers professionnels. Pour intervenir, ils s'appuient sur 17 000 camions et 70 avions ou hélicoptères, renforcés prochainement par l'arrivée d'un A400M militaire actuellement en test.
Est-ce suffisant ? Non, à en croire plusieurs syndicats et certains maires obligés d'engager des frais pour la prévention des feux — en plus des actions déjà financées par les départements.
Ici, cette vigie où des agents communaux et des volontaires scrutent les départs de feu. « Ici, c'est communal. Tout ce qui se passe ici, c'est la commune qui finance ce genre de vigie. C'est la commune qui finance. C'est la commune qui finance d'ailleurs les véhicules qui sont utilisés, les équipements », explique un maire.
« Le changement climatique allonge la saison des feux, le nombre de jours pour lesquels on a un risque très fort établi. Dans le climat historique, jusque dans les années 90, c'était 20 jours par an dans le sud et 5 jours par an dans des latitudes jusqu'à Paris. Ce que ça fait dans des latitudes jusqu'à Paris, c'est que ça le multiplie jusqu'à cinq », explique un expert.
Cinq fois plus de journées à risque. Et donc des moyens humains et matériels encore plus mobilisés pour chaque départ de feu.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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