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SociétéÉpisode 15/12

Incendies en Gironde : la théorie du photovoltaïque passée au crible

Par la rédaction de Le Dossier · 31 JUILLET 2026
Illustration: Incendies en Gironde : la théorie du photovoltaïque passée au crible
© YouTube

Accroche

C’est une mélodie lancinante qui accompagne chaque vidéo sur les incendies girondins. Depuis le mercredi 22 juillet, un incendie massif a parcouru plus de 42 000 hectares. Et dans les commentaires, parmi les messages de soutien aux pompiers et aux sinistrés, une autre musique s’élève : celle du complot.

« Maintenant, ils vont tout raser et mettre de beaux panneaux photovoltaïques. » « Enedis qui est déjà en train de compter combien la pose d’autant de panneaux lui rapportera. » Des dizaines sur YouTube, des centaines sur TikTok, Facebook. La thèse est simple : les incendies profiteraient au secteur photovoltaïque, voire seraient provoqués par lui. Une théorie qui ne date pas de 2024 — elle avait déjà émergé lors des feux de 2022. Mais elle revient, plus vivace que jamais.

Nous avons vérifié, en croisant les sources, en contactant les acteurs, en remontant jusqu’aux faits bruts. Voici ce que nous avons trouvé.


Les faits

Le point de départ de la théorie : l’origine du feu. Selon le procureur de Bordeaux, l’incendie « semble partir d’une opération de débroussaillage d’une société travaillant pour le compte d’Enedis ». Une phrase qui, sortie de son contexte, alimente tous les soupçons.

Mais le procureur précise immédiatement : « D’après les premiers éléments de l’enquête, les intervenants n’ont pas violé la réglementation applicable à ce moment-là et n’ont donc pas démarré un feu intentionnellement. » Les équipes du prestataire, présentes sur place, ont découvert un départ de feu et ont alerté les secours. Elles ont même tenté de contenir les flammes avec des extincteurs. Enedis confirme : « L’origine exacte du feu n’est pas établie à ce stade. Le groupe reste disponible auprès des autorités compétentes. » L’enquête suit son cours.

Deuxième argument des complotistes : un projet de parc solaire géant, porté par les sociétés NGJ et Néonen, baptisé Oriseo. Un article du 6 mars 2024 annonçait 700 hectares de panneaux solaires, soit « rasés » de forêt. Mais la réalité est autre. Contacté par Ouest-France, le porte-parole de NGJ et Néonen dément : « Ce type de discours est une aberration. Le projet Oriseo est situé sur la commune de Salles, qui n’est pas touchée par les incendies. Il n’y a aucun projet photovoltaïque porté par nous sur ces zones incendiées. » Le projet, dont l’instruction est toujours en cours par les services de l’État, est au point mort depuis 2025, notamment en raison des contestations locales et de la loi Zéro Artificialisation Nette, qui limite les centrales solaires en forêt à 25 hectares.

Troisième pièce à conviction : une vidéo postée sur YouTube où un agriculteur montre une ferme solaire à Austan, affirmant qu’elle a été installée sur des parcelles brûlées en 2022. « Regardez ce qu’il y a maintenant. C’est bizarre des panneaux photovoltaïques. » Vérification via Google Street View : la ferme solaire était déjà en construction en 2014 et fonctionnelle en 2016, avant les incendies. L’affirmation est fausse.


Le contexte

Pourquoi cette théorie persiste-t-elle ? Elle s’appuie sur un noyau de réalité : il existe bien des projets photovoltaïques en Gironde, comme partout en France. Et certains propriétaires de parcelles brûlées ont effectivement été contactés par des promoteurs après les incendies de 2022 — un fait rapporté par France Info et TF1 à l’époque. Mais ces sollicitations ne sont pas une preuve de complicité.

Cependant, la réglementation est claire. Une forêt brûlée doit être replantée dans les cinq ans qui suivent l’incendie. Changer d’activité est possible, mais uniquement sur dérogation préfectorale, et c’est un parcours semé d’embûches. « Les incendies ne changeront rien à cette réalité », insiste le porte-parole de NGJ/Néonen. « Aucun projet ne peut être construit sans autorisation du préfet. »

Cette crainte d’une manipulation générale n’est pas nouvelle. Dans les années 1970-80, la pression immobilière sur la Côte d’Azur était telle que des soupçons d’incendie criminels provoqués par des promoteurs peu scrupuleux avaient déjà envahi les esprits.


Le dossier est loin d’être clos.

📰Source :youtube.com

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