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Gibert Jeune : la chute silencieuse d'un empire du livre

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-02
Illustration: Gibert Jeune : la chute silencieuse d'un empire du livre
© Illustration Le Dossier (IA)

Le naufrage chiffré

35%. C'est la part des ventes d'occasion dans le chiffre d'affaires de Gibert. Un chiffre qui doit doubler d'ici 2029. Stratégie de survie ou aveu d'échec ?

Les comptes parlent d'eux-mêmes : 92 millions d'euros en 2024, 86 millions en 2025. La chute est brutale. Et elle s'accélère : Gibert coule deux fois plus vite que le marché du livre neuf, qui a lui-même reculé de 2,5% l'an dernier.

"Pour beaucoup de lecteurs, Gibert n'était pas un commerce, c'était un labyrinthe de trouvailles", rappelle Le Figaro. Aujourd'hui, ce labyrinthe se vide. Les étagères aussi.

1886-2026 : chronique d'une mort annoncée

Tout commence en 1886. Joseph Gibert ouvre sa première boutique, quai Saint-Michel. Cent quarante ans plus tard, l'enseigne se présente encore comme l'un des "premiers disquaires généralistes indépendants de France". Mais le passé ne suffit plus.

Françoise Kerymer a tenté de moderniser le groupe dans les années 2000. Informatisation. Rationalisation. Trop tard ? Le numérique a frappé plus fort. Amazon est arrivé plus vite. Et la crise Covid a porté le coup de grâce.

500 000 références. Un chiffre impressionnant, certes. Mais à quoi bon quand les clients se détournent ? L'odeur du papier jauni ne fait plus recette.

La stratégie du désespoir

"Doubler la part des ventes d'occasion d'ici 2029." Le plan de la direction ressemble à un dernier baroud d'honneur. L'occasion représente aujourd'hui 35% du CA, soit environ 30 millions. Le double ? 60 millions. Loin des 92 millions de 2024.

Trois questions brûlent les lèvres. Où sont les investissements ? Qui croit encore au modèle ? Pourquoi personne n'assume la gravité de la situation ?

Le secteur entier vacille. 3,9 milliards d'euros de CA en 2025 pour le livre neuf en France, en baisse de 1,5%. Gibert n'est pas un cas isolé. Juste le symbole le plus visible.

Les fantômes du quai Saint-Michel

Commençons par le commencement. Le magasin historique résiste encore. Mais pour combien de temps ? Les étages se vident. Les rayons s'éclaircissent. Les clients vieillissent.

Les chiffres officiels parlent de "réorientation stratégique". La réalité ? Des liquidations silencieuses. Des stocks non renouvelés. Des employés inquiets.

"La première librairie indépendante de France" (Le Monde) ? Peut-être. La dernière ? Sans doute.

Qui sauvera Gibert ?

L'État regarde ailleurs. Les collectivités locales tergiversent. Les clients achètent sur Amazon. La boucle est bouclée.

86 millions d'euros. Ce n'est pas encore la fin. Mais c'est déjà la fin d'un monde. Celui où flâner dans les librairies était une passion française.

L'enquête continue. Les livres ferment. Les pages se tournent. Une dernière fois ?

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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