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Corine Boutolo : 30 ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent

Par la rédaction de Le Dossier · 12 JUIN 2026
Illustration: Corine Boutolo : 30 ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent
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Le crime et la dissimulation

Tout commence ce matin de janvier 2004. Corine Boutolo se rend avec son mari Éric Boulon place du marché à Saint-Jean-d’Angély. Il s’arrête devant un distributeur — elle va à la boulangerie. Quand elle revient, il a disparu. C’est du moins ce qu’elle raconte.

Elle cherche dans les bars qu’il fréquente. Rien. Le 17 janvier, elle signale la disparition aux gendarmes. On placarde des affichettes. La presse régionale publie des avis de recherche. Personne ne reverra jamais Éric Boulon vivant.

Mais les enquêteurs doutent. Le lendemain de la disparition, 180 € sont retirés au même distributeur avec la carte d’Éric. Une semaine plus tard, son portefeuille est retrouvé sur un trottoir de Rochefort, à 30 kilomètres de Saint-Jean-d’Angély. Les gendarmes perquisitionnent la propriété de la Sablière. Rien. Ils fouillent la rivière Boutonne sur 3 km. Rien.

Pourquoi ? Parce que le corps n’est pas là — il a été brûlé.

Corine Boutolo finit par avouer, après deux ans de silence et des écoutes téléphoniques qui la trahissent. Ce qu’elle raconte ensuite est glaçant. Le 14 janvier au soir, Éric Boulon est allongé sur le canapé, devant la télévision. Il réclame des yaourts. Corine prend une cinquantaine de comprimés d’Équanil, un puissant tranquillisant prescrit à son mari, les broie dans un mixeur, et mélange la poudre à trois yaourts. Elle donne le tout à Éric à la petite cuillère, car il prétend ne plus pouvoir s’alimenter seul.

Le lendemain matin, à 6 heures, elle le trouve mort. « Froid, blanc et raide », dira-t-elle. La télévision est encore allumée. Elle sort chercher une brouette. Elle transporte le corps dans le lit conjugal, puis réveille les enfants, les fait déjeuner, les emmène à l’école. De retour à la Sablière, elle traîne le corps au fond du jardin, le place sur un tas de bois, ajoute des chiffons et des palettes. Elle y met le feu. Le bûcher se consume toute la journée, sous la fenêtre des voisins.

Elle va brûler le corps, le faire disparaître, mais monte un stratagème pour expliquer la disparition de son mari. Le soir, après avoir couché les enfants, elle retourne au bûcher. Un morceau de thorax d’une quinzaine de kilos n’a pas brûlé. Elle le cache sous une plaque de tôle. Le lendemain, elle ramasse les cendres et les jette dans le fossé. Puis elle emballe le morceau de thorax dans deux sacs poubelle et le dépose dans un container à l’entrée de Saint-Jean-d’Angély.

Pendant deux ans, elle garde le secret — ment à ses enfants, aux gendarmes. Mais les écoutes téléphoniques finissent par la trahir. Le 26 octobre 2005, une conversation tendue avec sa fille Marie-Catherine est interceptée. Celle-ci menace d’aller raconter aux gendarmes ce qu’elle sait sur le portefeuille retrouvé à Rochefort.

Le 2 novembre 2005, les gendarmes placent toute la famille en garde à vue. Marie-Catherine craque. Elle raconte avoir vu le portefeuille de son père dans la voiture, le lendemain de sa disparition. Confrontée à ses contradictions, Corine Boutolo reconnaît d’abord avoir déposé le portefeuille à Rochefort. Puis elle avoue s’être débarrassée du corps. Enfin, elle admet l’avoir tué. Elle s’effondre : « De toute façon, c’est trop lourd pour moi. Cette affaire est trop lourde pour moi. »

Un procès sous tension

Le 4 février 2008, le procès s’ouvre devant la cour d’assises de la Charente, à Saintes. Dix-sept témoins sont convoqués, ainsi que huit experts. Les quatre enfants du couple sont présents. Trois d’entre eux — Marie-Catherine, Wilfried et Océane — se sont constitués partie civile. Simon, 17 ans, a refusé d’accuser sa mère.

Parmi les pièces à conviction : une vieille brouette métallique, un portefeuille, un mixeur de cuisine. La présidente Nathalie Pignon dirige les débats. L’avocat général Joël Comu représente le parquet. La défense est assurée par le bâtonnier Jean Moulinot.

Premier jour : les circonstances de la disparition. Un expert médical analyse le dossier d’Éric Boulon. Sa conclusion : « Il n’avait pas une personnalité à faire une fugue. J’ai écarté également la mort accidentelle. On retrouve toujours le corps. » Pour lui, c’est une « disparition provoquée ».

Des voisins témoignent : « On le voyait de moins en moins parce qu’il était beaucoup couché. Il dormait toujours. […] C’était une loque. Il marchait comme un petit bébé, il fallait l’aider avec des cannes. On voyait qu’il était vraiment mal. Il bavait, il tremblait, il mangeait plus tout seul à la fin. »

Difficile d’imaginer cet homme incapable de marcher disparaître seul en moins d’une minute sur une place de marché. La distance entre le distributeur et la boulangerie est de 30 mètres. 30 mètres pour un homme très affaibli. La thèse de la disparition volontaire ne tient pas.

La vie de couple : 18 ans de violence

Corine Boutolo a 20 ans en 1987. Elle vit avec sa mère à Villeneuve-les-Salines, près de La Rochelle. Elle rencontre Éric Boulon, qui reconnaît son fils Wilfried à sa naissance. Le couple s’installe à la Sablière.

Éric Boulon est décrit comme alcoolique et violent. Son frère Bruno vit avec eux et apporte un soutien financier. Éric construit un mur de 2 mètres autour de la propriété. Corine raconte : « Je lui ai demandé de divorce, il m’a dit "tu serais crevée avant". »

Les enfants témoignent des violences subies et de la peur qu’ils avaient de leur père. Corine subissait des violences psychologiques et un contrôle marital strict. Éric avait été hospitalisé à plusieurs reprises pour des surdosages médicamenteux suspects.

La défense a plaidé la légitime défense et la libération après des années d’abus. L’accusation a requis 20 ans, mais la cour a condamné Corine Boutolo à 30 ans de réclusion criminelle.

📰Source :youtube.com

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