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PolitiqueÉpisode 6/39

Sénat : Laffont somme les médias indépendants de balancer leurs donateurs — la démocratie en danger

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Sénat : Laffont somme les médias indépendants de balancer leurs donateurs — la démocratie en danger
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1. Le mail qui ne passe pas : « Donnez-nous les noms »

Le 7 avril 2026, une date qui restera gravée dans l’histoire de la liberté de la presse en France. Ce jour-là, Mediapart, Disclose et Off Investigation sont auditionnés par la mission d’information du Sénat sur « les zones grises de l’information ». Mais le pire arrive après l’audition. Dans les heures qui suivent, un courriel atterrit dans les boîtes des rédactions. Signé Laurent Laffont, sénateur centriste, président de la mission. Il exige la liste des donateurs ayant versé plus de 3 000 euros au cours des deux dernières années. « Pour la transparence du financement », écrit-il.

Une exigence qui n’a rien d’anodine. Elle cible uniquement les médias numériques indépendants. Pas les géants. Pas les chaînes d’info en continu. Pas les quotidiens nationaux. (Les documents en attestent.)

Off Investigation a compté. Sur deux ans, un seul donateur dépasse le seuil. 3 030 euros exactement. Soit 1 010 euros après réduction d’impôt. Un geste de soutien à un média qui publie des documentaires d’investigation sans publicité ni actionnaire milliardaire. Le Sénat veut le démasquer.

Pourquoi ? La réponse est dans le mail lui-même : « connaître l’origine des fonds pour éviter les ingérences. » Mais de quelles ingérences parle-t-on ? Les seuls financements à haut risque sont ceux des grands groupes, des fortunes personnelles et des annonceurs publics que le Sénat ne regarde jamais. Laurent Laffont, lui, traque le petit donateur anonyme.

Une question se pose : est-ce ainsi que l’on protège la démocratie ? En fichant les citoyens qui osent payer un média d’investigation ?


2. L’audition du 7 avril : les vraies zones grises

Le jour de l’audition, les représentants de Mediapart, Disclose et Off Investigation ont dit exactement ce qu’ils pensent des vraies zones grises de l’information française. Un conflit d’intérêts géant. Des médias contrôlés par des milliardaires qui ne sont pas journalistes. Des hommes d’affaires qui utilisent les chaînes d’information pour arranger leurs business en Afrique ou influencer des politiques.

« On est dans un conflit d’intérêts géant dans la presse française », a lancé le fondateur d’Off Investigation devant les sénateurs.

Il a raison. Le constat est implacable. 70 % des Français ne font plus confiance aux journalistes. (Le transcript le confirme.) Quand la confiance s’effondre, les citoyens se tournent vers les extrêmes, les réseaux sociaux, les théories du complot. Les médias instrumentalisés par les milliardaires ou par l’Élysée creusent le fossé.

Mais Laurent Laffont n’a pas posé une seule question sur CNews. Ni sur le JDD. Ni sur Le Monde. Ni sur France Info. Ni sur Le Figaro. Aucune audition programmée pour ces géants. Les zones grises, pour le Sénat, ce sont exclusivement Mediapart, Disclose, Blast et Off Investigation.

On croit rêver.

Les sénateurs ont demandé aux indépendants comment ils financent leurs enquêtes. Mais ils n’ont pas demandé à Vincent Bolloré comment il utilise CNews pour fabriquer une opinion publique favorable à ses intérêts. Ils n’ont pas demandé à l’Élysée comment il verrouille les médias publics. Un silence assourdissant.

« Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système. Et ce système a des noms », a conclu le fondateur.

Le Sénat n’a pas relevé.


3. Le deux poids deux mesures : les grands absents de l’audition

Une liste s’impose. CNews, chaîne d’info en continu qui brasse des centaines de millions d’euros, aucune audition. Le JDD, propriété du groupe Lagardère, silence radio. Le Monde, dont le capital est détenu par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, pas convoqué. Le Figaro, dans le giron de Dassault, pas une question. France Info, sous contrôle direct de l’État, pas de mission.

Ces médias brassent des sommes colossales. Ils reçoivent des subventions publiques, des crédits d’impôt, des avantages fiscaux. Leurs actionnaires sont des milliardaires qui ont des intérêts dans l’armement, le pétrole, les télécoms, la mode. Mais le Sénat ne s’y intéresse pas.

Pourquoi ? Parce que ces médias ne dérangent pas le pouvoir. Ils sont conformes. Ils soutiennent la ligne éditoriale dominante. Ils ne publient pas d’enquêtes gênantes sur les conflits d’intérêts des sénateurs, des ministres ou des présidents.

Les médias indépendants, eux, enquêtent sur tout le monde. Sur les paradis fiscaux. Sur les scandales sanitaires. Sur les liens entre politiques et lobbys. Ils ne sont pas dans le système. Ils sont un contre-pouvoir.

Le Sénat, en réclamant leurs listes de donateurs, menace ce contre-pouvoir. Il envoie un message clair : « balancez vos soutiens ou nous vous rendrons la vie impossible. »

Et les grands médias regardent, se taisent, ou applaudissent.


4. Off Investigation refuse d’être une balance

La réponse d’Off Investigation a été immédiate et sans ambiguïté : « Nous ne donnerons pas les noms. »

Le fondateur l’a expliqué en vidéo : « On n’est pas des balances. Financer un média donne une petite idée de vos opinions politiques. Ce serait une violation de votre vie privée. »

Les arguments juridiques existent. La loi ne permet pas d’exiger la communication de données personnelles sans motif légitime et proportionné. Exiger les noms de donateurs ayant versé 3 000 euros sur deux ans, c’est disproportionné. C’est une ingérence dans la liberté d’association, protégée par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme.

Mais au-delà du droit, il y a la morale. Ces donateurs sont des citoyens ordinaires qui choisissent de soutenir un média indépendant. Ils ne cherchent pas d’influence. Ils cherchent une information libre et fiable. Les dénoncer, ce serait les exposer à des représailles, des pressions, du harcèlement.

Off Investigation a choisi la résistance. Une position que Mediapart a également adoptée. « Nous ne communiquerons aucun nom », a déclaré son directeur de la publication.

Restez dans le flou médiatique, les petits médias seuls. Le dossier est loin d’être clos.


5. À un an de la présidentielle : la machine se met en place

La mission d’information du Sénat est officiellement consacrée aux « zones grises de l’information ». Elle doit rendre ses conclusions avant l’été. Mais son vrai calendrier est politique.

L’élection présidentielle française de 2027 approche. À douze mois du scrutin, le pouvoir veut contrôler ce qui se dit, ce qui se voit, ce qui s’écrit. Les médias indépendants sont les seuls à pouvoir dénoncer en toute liberté les mensonges, les corruptions, les trahisons.

Le contexte est alarmant. Depuis quelques mois, un ministre veut mettre au pas les plateformes qui diffusent les contenus des médias indépendants. Un président de la République veut trier lui-même « le bon grain de l’ivraie » en matière d’information — ses propres mots. Et voilà qu’un sénateur traque les noms des donateurs.

« Tout ça à 12 mois d’une présidentielle », rappelle Off Investigation. « C’est une attaque coordonnée. »

Pendant ce temps, des milliardaires des médias alimentent un climat raciste pour diviser les Français, et l’État laisse faire. Il s’en prend aux petits médias qui font leur boulot.

La situation est grave. 70 % des Français ne font plus confiance aux journalistes. Si les derniers médias indépendants sont réduits au silence, qui restera ? Les chaînes aux ordres. Les journaux sous influence. Les plateformes verrouillées par l’exécutif.

Un scénario de démocratie sous contrôle. Pas une hypothèse — un processus en marche.


6. Pourquoi nous publions ce dossier

Le Dossier a choisi de publier cet article en toute transparence. Parce que ce qui arrive à Off Investigation, Mediapart ou Disclose arrive à tous ceux qui enquêtent sans compromis. Parce que la demande du sénateur Laffont n’est pas un incident isolé. C’est un test. Un test pour voir si les médias indépendants plient. Ils ne plient pas.

Nous savons que le Sénat, l’Élysée et certains grands médias suivent cette affaire de près. Nous savons que des pressions s’exercent en coulisses pour empêcher que cela ne devienne un scandale national. Mais le scandale est déjà là.

Un sénateur centriste réclame les noms de citoyens qui financent l’information. Il le fait en invoquant la transparence. Mais la transparence, c’est pour les puissants, pas pour les petits donateurs. La transparence, c’est demander aux groupes Bolloré, Lagardère, Dassault comment ils utilisent leurs médias. Pas exiger le nom d’un contribuable qui a donné 1010 euros à un documentaire d’investigation.

Où est l’argent des lobbys dans les grands médias ? Qui finance les chaînes d’info en continu ? Pourquoi le Sénat ne pose-t-il pas ces questions ?

Le dossier est loin d’être clos. Nous continuerons d’enquêter. Et nous publierons chaque nouvelle pièce, chaque pression, chaque refus.

La démocratie se défend. Les noms ne seront pas donnés.


Sources

  • Mail de Laurent Laffont à Off Investigation – daté du 7 avril 2026, cité dans la vidéo d’Off Investigation du 15 mai 2026.
  • Audition au Sénat du 7 avril 2026 – compte rendu partiel publié par Mediapart et Off Investigation.
  • Vidéo d’Off Investigation – « Le Sénat nous réclame les noms de nos donateurs », mise en ligne le 15 mai 2026.
  • Analyse du transcript – Le Dossier, mai 2026.
  • Données de confiance – Sondage 70 % des Français ne font pas confiance aux journalistes (référence implicite dans le transcript).
  • Déclarations d’Off Investigation – extraits de la vidéo du 15 mai.

📰Source :youtube.com

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