Canicule : Gontard défie le Premier ministre sur l'inaction climatique

Guillaume Gontard, patron des sénateurs écologistes, plante le décor. Le Premier ministre répond. Son accusation ? « Spéculations sur un bilan humain ». Et il agite une menace : une motion de censure.
« Combien de morts faudra-t-il ? »
« Combien de morts faudra-t-il pour que la France soit prête ? » La question claque dans l'hémicycle. Le sénateur énumère : les personnes âgées isolées, les SDF, les enfants, les travailleurs exposés, les habitants des bouilloirs thermiques. Puis il ajoute — « Il tue aussi le vivant, la faune, les arbres et ruine les agriculteurs. »
Gontard concède que le Premier ministre n'est « pas seul responsable du réchauffement climatique ». Mais il lui colle une autre responsabilité : celle de l'adaptation.
Il aligne les contradictions gouvernementales : réduire Ma Prime Rénov', siphonner le fond vert, enterrer le zéro artificialisation nette, remettre sur le marché des passoires thermiques, acheter des climatiseurs en urgence, prolonger les soldes. Sa conclusion, cinglante : « Ce n'est pas une politique d'adaptation. »
Cinq mesures, pas une de plus
Gontard en propose cinq. Pas une de plus.
Un fonds d'urgence canicule, pour financer « des protections solaires, des îlots de fraîcheur, une veille et des travaux d'adaptation des bouilloirs thermiques ». Une négociation avec les partenaires sociaux, pour « adapter le travail aux fortes chaleurs et créer un congé climatique ». Redonner aux élus locaux « l'ingénierie et les moyens d'agir via le fond vert, une facilité d'emprunt et des financements massifs pour le bâti scolaire ». Porter « Ma Prime Rénov' à plus de 5 milliards d'euros par an ». Et enfin, faire de « l'adaptation au changement climatique une priorité nationale — en mettant à contribution les plus gros pollueurs ».
Il conclut par une pique : « Quand la guerre est à nos portes, nous trouvons des dizaines de milliards pour la défense. À quand la même mobilisation face à la canicule ? » Puis ce dernier mot : « Monsieur le ministre, gouverner ce n'est pas compter les morts, c'est empêcher qu'il meure. »
Le Premier ministre : « une forme d'éthique dans le débat politique »
Le chef du gouvernement remercie Gontard pour sa « tonalité ». Il salue le fait que le sénateur ait « redisé l'ensemble de l'émotion du gouvernement » devant les victimes — « ce qui n'était pas le cas hier », précise-t-il, en référence au débat à l'Assemblée.
« Je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers une violence verbale qui va jusqu'à des spéculations sur un bilan humain. » Il insiste : « Ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale n'était pas raisonnable pour le débat démocratique. » Puis, plus bas : « Vous êtes mon opposant. Je suis votre opposant. Nous sommes des républicains. »
Et il glisse une allusion : « la campagne sénatoriale et peut-être aussi une future campagne législative ».
« Passer de lanceur d'alerte à planificateur »
Le Premier ministre se tourne vers Gontard. « C'est plutôt votre moment d'un point de vue historique. Passer de lanceur d'alerte à comment on planifie localement, nationalement. » Il appelle à reconnaître que « tous les gouvernements de gauche et de droite, et singulièrement depuis le président Jacques Chirac jusqu'à aujourd'hui, chacun à sa mesure, ont fait des choses ».
Il promet des débats parlementaires sur l'adaptation. Il évoque une demande du groupe socialiste au Sénat via l'article 50-1 de la Constitution, et s'y dit « évidemment favorable ». L'objectif ? « Objectiver le bilan, ne pas le caricaturer et être en situation d'en tirer des conclusions, y compris pour le projet de loi de finance pour l'année prochaine. »
Il reconnaît deux urgences : les hôpitaux et la sécurité civile. Il annonce qu'il reviendra sur le sujet « dans les 48 prochaines heures avec la ministre ». Et il affirme : « Le débat entre atténuation et adaptation est derrière nous. Il faut faire les deux en même temps. »
La menace d'une motion de censure
Le Premier ministre distingue deux scénarios. « Si votre question c'était : est-ce que le gouvernement est disposé à travailler de bonne foi dans la mesure des moyens et des contraintes budgétaires qui sont les nôtres ? Nous sommes présents. » Mais il ajoute, la voix plus dure : « Si l'objet est malheureusement, comme j'ai pu le comprendre hier, plus politicien… si le but de tout cela n'était que de déposer une motion de censure contre le gouvernement la semaine prochaine… »
Il juge cette hypothèse dangereuse. « Au moment où une reprise potentielle de la canicule nécessiterait de rajouter une crise politique et une instabilité politique, de priver les services de l'État d'avoir une direction politique au moment où on a une crise, là je crois que pour le coup, on fait fausse route. »
Il conclut par une question — directe, presque intime : « Est-ce qu'on avance dans l'intérêt général des quelques semaines qui sont devant nous jusqu'à l'élection présidentielle sereinement, calmement, dans le respect des opinions de chacun ? Ou est-ce que c'est la politique politicienne qui domine le tout ? »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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