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SociétéÉpisode 8/13

Canicule : deux enfants morts à Carpentras, l'État pris en défaut d'anticipation

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-22
Illustration: Canicule : deux enfants morts à Carpentras, l'État pris en défaut d'anticipation
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Accroche

Deux enfants. Deux et quatre ans. Retrouvés morts dans une voiture, à Carpentras.

Trois personnes âgées. Décédées en Gironde.

Treize noyades depuis samedi.

La France étouffe. Elle compte ses morts.

« La ministre de la Santé s’attend déjà à une augmentation des décès », annonce Caroline Roux, présentatrice de C dans l’air, sur France 5, le 22 juin 2026. Les appels au Samu ont bondi de 40 %. 393 records de température ont été battus — oui, vous avez bien lu. 54 départements seront en vigilance rouge demain. Du jamais-vu.

La ministre de la Santé, interrogée sur le plateau, n’a pas caché son inquiétude : « Nous n’avons pas de certitude sur le jour où les températures vont baisser. » 90 % de la population française est exposée à des fortes températures. Aude Goutard, grand reporter à France Télévisions, replace l’événement dans son contexte : « On n’est pas en plein milieu du mois d’août où tout le monde est à la plage. On est dans une période d’émulation, de vitalité économique et d’activité forte humaine, ne serait-ce qu’avec le bac, la Fête de la musique… Les gens sont dans la rue, actifs, prennent le métro, le train, le RER. »

Le gouvernement enchaîne les cellules interministérielles de crise. Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres d’annuler tous leurs déplacements non liés à la canicule. « On gère dans l’urgence parce qu’on gère pas », tranche l’économiste Philippe Dessertine.

Les faits

Selon les données de Météo France, relayées par C dans l’air, la France traverse un épisode caniculaire d’une intensité inédite. Tous les médias consultés — du Parisien à France Télévisions — convergent sur ce constat.

« Ce plateau caniculaire… sera parmi les jours les plus chauds que la France n’a jamais connus », explique Nicolas Berrod, chef adjoint au service santé et sciences du Parisien-Aujourd’hui en France. « Demain et après-demain, ce sera sans doute les jours les plus chauds, qui dépasseront la canicule historique de 2003. »

À Limoges, la température n’a jamais été aussi élevée, tous mois confondus. Les records ne concernent pas seulement les maximales de l’après-midi. Les minimales, la nuit, atteignent des niveaux critiques. « On va avoir 25 degrés de minimale pendant plusieurs nuits d’affilée. C’est ce qui affaiblit terriblement et qui est très dangereux pour les organismes », précise Nicolas Berrod.

Le bilan humain est déjà lourd. Deux enfants de 2 et 4 ans morts à Carpentras, piégés par la chaleur dans un véhicule. Trois personnes âgées ont succombé en Gironde. Treize noyades recensées depuis le début du week-end, selon le décompte des autorités cité par la présentatrice.

Le Samu enregistre 40 % d’appels supplémentaires. Le docteur Gérald Kierzek, urgentiste et directeur médical de Doctissimo, présent sur le plateau, confirme : « Je sors de garde, pour la Fête de la musique, à l’Hôtel-Dieu. Vous avez une combinaison entre la Fête de la musique, l’alcool, le protoxyde d’azote, la chaleur… Et on n’a pas encore le gros de l’afflux. »

Le gouvernement a fermé plus de 1300 écoles. 4000 autres ont aménagé leurs horaires. Les épreuves du bac sont décalées. La SNCF invite les personnes vulnérables à ne pas voyager — les rails se dilatent sous l’effet de températures atteignant 60 degrés. « Non seulement les rails se dilatent, les trains n’avancent pas. Et en plus, vous n’avez pas de clim dans la plupart des wagons », résume Aude Goutard.

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a prévenu : « Nos transports vont souffrir parce que les rails ne supportent pas une chaleur au-dessus de 50 degrés. »

Ce que confirme la vigilance rouge étendue à 54 départements à partir de demain midi. Un niveau jamais atteint sur une telle surface.

Le contexte

Les circonstances exactes de la mort des deux enfants à Carpentras restent à déterminer par l’enquête. Le drame rappelle les risques mortels de l’exposition à la chaleur dans un habitacle fermé — un danger bien documenté, mais qui se répète chaque été.

En Gironde, les trois personnes âgées décédées étaient des populations particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs. Le docteur Kierzek alerte sur un « effet retard » : « Les insuffisants cardiaques ou respiratoires, on les aura à retardement. C’est ce qu’a montré la canicule. Au début, on peut gérer, mais le gros de l’activité de l’urgence… c’est là où le risque sanitaire est majeur. »

La France n’en est pas à son premier épisode. La canicule de 2003 avait fait 15 000 morts. Celle de 2025, plus de 6000. L’épisode actuel, par son intensité, dépasse déjà 2003. « On vit un épisode historique. On peut le dire, aujourd’hui », insiste Nicolas Berrod.

Ce n’était pas une surprise. « On le sait. C’est quelque chose avec lequel on doit composer », rappelle l’économiste Philippe Dessertine. « On est dans un déni. “On va pas dépenser beaucoup pour 10 jours de canicule…” Non. C’est quelque chose de récurrent. On a averti, on s’en rend compte, et on le gère pas. »

Le plan national d’adaptation climatique en est le symbole. « Le plan est passé de 2 milliards en 2024 à 837 millions en 2026. 8 % de ces millions ont été gelés », révèle Aude Goutard. « Tous les politiques, tous les élus, tous les députés et sénateurs qui ont voté cette baisse du plan qui devait accompagner cette transformation écologique peuvent tous faire une introspection en disant : “Mince, on pensait pas que ça allait tomber aussi vite.” »

L’Insee a publié une analyse économique de l’impact des canicules. « En 2025 ! On en a tout le temps ! » s’exclame Philippe Dessertine. « Sur ce plateau, on avait parlé du moment où on passe 55 degrés à Bombay, en se disant “c’est loin, mais ça va finir par nous arriver”. On le sait. »

Le traitement judiciaire

Les circonstances exactes des décès de Carpentras et de Gironde font l’objet d’investigations. À ce stade, aucune information judiciaire n’a été officiellement communiquée par les parquets concernés. Les enquêtes devront déterminer s’il y a eu négligence ou si ces tragédies relèvent d’un accident domestique dans un contexte de chaleur extrême.

Plus largement, la gestion de la canicule par les pouvoirs publics est dans le viseur. Le gouvernement enchaîne les cellules de crise. « On gère dans l’urgence parce qu’on gère pas », répète Philippe Dessertine.

Le débat politique s’invite dans la gestion de crise. Sur LCP, le 21 juillet 2026, Sébastien Lecornu accuse Cyrielle Chatelain de « mensonges » à propos de la loi Duplomb. « Pourquoi présenter la mesure pour ce qu’elle n’est pas dans le texte qui a été voté cette nuit ? » L’opposition dénonce un « permis de tuer ». Ce climat de défiance, où chaque mesure est attaquée ou défendue avec une violence rhétorique rare, n’épargne pas la question climatique.

Le Conseil d’État, en novembre 2024, avait condamné la chaîne CNews pour des propos climatosceptiques non contredits à l’antenne. Un signal fort, mais qui n’a pas enrayé la polarisation du débat. Selon une étude récente de l’Ademe, un tiers de la population française est aujourd’hui considéré comme climatosceptique, en majorité chez les 18-24 ans.

Les journalistes scientifiques en font les frais. « Je reçois sur le réseau des insultes et des menaces de mort, parfois. Parfois des montages plus ou moins douteux, m’accusant d’être un propagandiste du Giec », témoigne Nicolas Berrod. « Les faits sont là. On a une planète qui se réchauffe. »

Le docteur Kierzek confirme : « Pendant le covid, il y a eu beaucoup de positions péremptoires d’un côté et de l’autre. Côté alarmiste ou complotiste. On a vu pas mal de scientifiques s’écharper sur les plateaux télé. Ça a fait que la confiance du grand public a été rompue. »

Ce que ça dit de la France

Cette canicule révèle un décalage persistant entre l’urgence climatique et la capacité d’anticipation des services publics. L’école, l’hôpital, la justice, les transports : tous fonctionnent en mode « système D ».

« On a une tiers-mondisation du système de santé, du régalien », assène le Dr Kierzek. « Ça se voit aussi sur l’Éducation nationale. » Les bâtiments scolaires, souvent construits dans les années 60, sont des fournaises. « Il est 10h et il fait 38 degrés. Ça dépasse la température du corps donc, à un moment, on peut pas tenir. Il n’y a pas d’aération », témoigne un enseignant dans le reportage.

Marine Tondelier, patronne des Écologistes, dénonce : « Il faudra 3 siècles pour rénover les écoles de notre pays. Le gouvernement fait peu de promesses pour notre pays. Quand il en fait, il ne les respecte pas. »

Le débat politique se cristallise sur la climatisation. Marine Le Pen promet un « plan massif de climatisation en commençant par les espaces où il y a les gens les plus vulnérables ». Jean-Luc Mélenchon met en garde : « Allez mettre de la clim partout et vous allez voir le résultat. » La ministre de la Transition écologique qualifie la climatisation de « piège ».

« Il y a cette gêne, en France, en disant : “Si on s’adapte, ça veut dire qu’on se résigne” », analyse Philippe Dessertine. « Il faut s’adapter. S’adapter, ça veut pas dire qu’on a défini que cette situation, on aura à la subir. Bien sûr, il faut qu’on gère, mais il faut aussi qu’on s’adapte en urgence. »

Nicolas Berrod nuance : « Mettre plus

📰Source :youtube.com

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