Détroit d'Ormuz : l'armada européenne prête à déminer, la France en première ligne

L'armada arrive
Quatre navires. Deux britanniques, un néerlandais, un allemand. En tête, le Lyme Bay, navire de débarquement de la Royal Navy. C'est lui qui jouera le premier rôle, selon la vidéo. Il est accompagné du Dragon, un destroyer britannique. Derrière, le Moselle, navire ravitailleur néerlandais. Et le Fulda, chasseur de mines allemand de nouvelle génération.
D'autres navires doivent les rejoindre.
Et la France ? Deux chasseurs de mines de l'armée française sont déjà sur place : le Lyre et l'Andromède. Sonars, robots sous-marins téléguidés, plongeurs démineurs. Ils sont équipés pour une mission de déminage, d'après le transcript.
Tout cela fait partie de la mission franco-britannique qui compte une cinquantaine de pays.
Le rôle de la France ne s'arrête pas là. Le Lyme Bay a été repéré fin mai en France, dans le port de Toulon. Pourquoi ? Parce que la technologie de pointe contre les mines est française. Il a embarqué du matériel développé par Thales : des drones navals de 12 mètres de long, conçus pour transporter des robots capables de détecter, identifier puis détruire des mines navales. Ces robots peuvent aller jusqu'à 200 mètres de profondeur.
Le grand mystère des mines
Téhéran a-t-il donné son feu vert pour cette opération ? Non, selon la vidéo. Mais tout porte à croire que c'est en bonne voie. Le cessez-le-feu semble durable. L'accord politique sur le protocole avance. Et surtout, le passage du détroit s'ouvre de plus en plus chaque jour.
Une question taraude les analystes. Est-on sûr qu'il y a des mines dans le détroit d'Ormuz ? Les a-t-on déjà aperçues ?
« C'est la grande inconnue, le grand mystère », déclare la journaliste dans le transcript. « En tout cas, on n'a jamais vu, observé, repéré un seul de ces engins. »
Voilà où ça se complique.
L'opération de déminage pourrait n'être qu'une formalité. Ou un bluff iranien. Les mines peuvent être retenues au sol par des chaînes, explique un expert. Il faudra explorer avec des sonars, des drones, des plongeurs. Le détroit n'est pas très profond. Si on ne trouve pas de mines, la réouverture s'accélérera. Si on en trouve, il faudra des semaines, voire des mois.
Le trafic reprend, lentement
Les chiffres parlent. 22 navires ont franchi le détroit vendredi. 42 samedi. 28 dimanche. 51 avant-hier — un record. 31 hier. Une trentaine aujourd'hui, selon le décompte de la vidéo.
Avant la crise, c'était 120 navires par jour.
La plupart empruntent le passage approuvé et contrôlé par l'Iran, qui longe la côte iranienne. D'autres utilisent le deuxième corridor, qui longe les côtes d'Oman. C'est le trajet que Washington préconise, sans réactions hostiles apparentes.
Le cours du baril de Brent est tombé à 73 dollars. Juste avant le déclenchement de la guerre, le 28 février, il était à 65 dollars. Une prime de risque de 10 dollars subsiste donc. Les marchés prennent acte de la détente, mais restent prudents.
11 000 marins à évacuer
Un chiffre impressionne : 11 000 marins toujours bloqués dans le détroit. Cette fois, c'est l'ONU qui s'engage. Plus précisément, l'Organisation maritime internationale, qui dépend des Nations unies.
Il s'agit d'une « opération humanitaire », selon le document publié par l'agence.
Les navires vont être classés en plusieurs groupes. Ceux qui sont en état de franchir le passage rejoindront une « salle d'attente » — une zone précise dans le détroit — pour attendre le feu vert. Le second groupe, ceux qui ne peuvent plus naviguer avec un équipage trop éprouvé, verront les hommes remplacés.
Originalité de l'opération : elle s'appuiera sur des navires américains, mais aussi iraniens. Et sur les navires d'autres pays du Golfe : Oman, Émirats arabes unis, Qatar, Arabie Saoudite, Koweït, Irak.
Le document précise que l'Iran et le sultanat d'Oman gèrent la circulation. Exactement ce que l'Iran avait indiqué avant même que le protocole ne soit officiellement dévoilé.
Les obstacles politiques persistent
La normalisation n'est pas acquise. Loin de là.
Premier obstacle : les Gardiens de la révolution islamique. Selon les analystes interrogés dans la vidéo, ils vont continuer à jouer avec le détroit pour éviter de parler du nucléaire, des missiles balistiques et des proxies. « Pour éviter de parler du cœur du problème de la crise iranienne qui est le programme militaire nucléaire, ils vont actionner le détroit d'Ormuz », explique l'un d'eux.
Deuxième obstacle : des divergences au sein du pouvoir iranien. Certains considèrent que l'accord donne beaucoup d'avantages aux Iraniens — notamment la clé du détroit, la mise entre parenthèses des sujets qui fâchent, et la levée partielle des sanctions avec le dégel des actifs. D'autres estiment que « la vengeance est quelque chose d'important » et qu'il faut « vaincre définitivement les Américains ».
Troisième obstacle : le flou juridique. Le président du Parlement iranien et le ministre des Affaires étrangères ont répété que c'est l'Iran qui gérera le détroit. L'Iran voudra imposer des droits, qu'il n'appellera pas forcément « péage ». Donald Trump s'y oppose totalement.
Conséquence : les assureurs vont sans doute considérer que le flou ne leur donne pas satisfaction. Pas de feu vert général pour les primes d'assurance.
Une normalisation provisoire ?
« On va vers une normalisation progressive », estime un expert. « Aujourd'hui, c'est à peu près un tiers du trafic qui a repris. Mais il y a toujours des obstacles politiques à une normalisation de long terme. »
Un autre renchérit : « Il n'y a pas traité de paix. Il y a un MOU — memorandum of understanding. On s'est mis d'accord sur la manière de discuter. Et on a commencé à discuter. À part les déclarations triomphantes de Donald Trump, il n'y a pas grand-chose de concret. »
La prudence est de mise. « On va avoir des poussées de fièvre dans les semaines à venir. L'affaire n'est pas pliée. Dès qu'on rentrera dans le détail de la négociation, il y aura des passes d'armes. »
Le détroit perd de son importance
Un élément mérite attention : la « démonétisation » du détroit d'Ormuz. À force d'être utilisé comme arme de pression, il perd de son importance stratégique.
Les solutions alternatives s'accélèrent. L'oléoduc est-ouest saoudien, qui permet d'exporter les deux tiers de la production quotidienne de pétrole saoudien vers Yanbou, sur la mer Rouge, est désormais utilisé à plein. Il existait déjà, mais n'était pas utilisé à pleine capacité.
Du côté des Émirats arabes unis, l'oléoduc de Fujera passe de 1,5 million de tonnes à 3 millions de tonnes.
Des projets transcontinentaux émergent : des raffineries saoudiennes de la Ramco jusqu'en Méditerranée, traversant la Syrie, l'Irak, la Turquie.
« À très court terme, dans les deux ou trois mois à venir, le détroit d'Ormuz va perdre un tiers de ses passages d'hydrocarbure », prévoit un expert.
Conséquence directe : le pouvoir de nuisance des Gardiens de la révolution islamique diminue. L'arme du blocage du détroit est à double tranchant. À force d'être utilisée, elle favorise les solutions alternatives.
La France en première ligne
La France est doublement impliquée. Militairement, avec ses deux chasseurs de mines déjà sur place. Technologiquement, avec les drones Thales embarqués sur le navire britannique.
Le Charles de Gaulle est resté à proximité. « Ce n'est pas lui qui démine, mais c'est un signal politique fort », explique un expert. « Pour montrer qu'on s'intéresse fort au détroit d'Ormuz avec nos alliés britanniques, allemands. Parce qu'en Europe, on a une expertise reconnue en matière de mine. Les Américains, eux, avaient retiré tous leurs dragueurs. »
Une date. Un virement. Une question.
La question, aujourd'hui, est celle de la confiance. « Il n'y aura plus jamais dans le détroit d'Ormuz la même confiance », affirme un analyste. « C'est comme un vase qui se fissure. Après, vous pouvez faire toutes les réparations, il restera fissuré. »
Le risque existe désormais. Tous les acteurs de la zone doivent se dire : ça s'est déjà produit une fois. Si ça se reproduisait ?
Les solutions alternatives sont la seule réponse durable. Et elles sont en marche.
À suivre
L'opération de déminage n'a pas encore commencé. Les navires arrivent. Les drones sont prêts. Les plongeurs attendent.
Mais personne n'a vu de mines.
Est-ce un bluff iranien ? Une précaution légitime ? Ou le signe que la crise n'est pas vraiment terminée ?
Les prochains jours diront si le détroit d'Ormuz peut vraiment revenir à la normale. Ou si cette accalmie n'est qu'une trêve avant la prochaine tempête.
Sources :
- Vidéo YouTube (analyse géopolitique du détroit d'Ormuz)
- Document publié par l'Organisation maritime internationale (ONU)
- Déclarations du président du Parlement iranien
- Déclarations du ministre des Affaires étrangères iranien
- Déclarations de Donald Trump
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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