LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 11/10

Julie Z. : 15 ans pour avoir poignardé son compagnon — la justice face à l'acte irrationnel

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-23
Illustration: Julie Z. : 15 ans pour avoir poignardé son compagnon — la justice face à l'acte irrationnel
© YouTube

L'instant où tout bascule

Il est 23h25, le 22 juin 2022. Dans un village du centre de la France, les gendarmes découvrent une scène qui restera gravée dans leurs mémoires.

Un homme est affalé sur le trottoir, à moitié nu, perdant son sang. Son pronostic vital est engagé. À l'intérieur de la maison, une femme est assise sur un canapé. Calme, elle fume une cigarette. Elle est très alcoolisée — visiblement.

L'arme du crime repose quelque part : un couteau de cuisine dont la lame mesure 14 centimètres. La victime, Alain S., ne doit sa survie qu'à la rapidité des secours qu'il a lui-même appelés. D'après le rapport du médecin légiste, le docteur Olive, la plaie était mortelle en l'absence de soins dans l'heure. La tension de la victime était tombée à 6. Une urgence absolue.

L'accusée — Julie Z. — encourt la perpétuité pour tentative de meurtre sur son conjoint.

Les faits : ce que les sources établissent

Le récit s'appuie sur plusieurs sources : le rapport d'enquête, les déclarations en garde à vue, les témoignages, les expertises médicales et psychiatriques, et le procès-verbal d'intervention des gendarmes.

Alain S. et Julie Z. se sont rencontrés en novembre 2021 sur un site internet. La relation s'annonce prometteuse. En février 2022, elle emménage chez lui. Mais très vite, les choses se dégradent. D'après le témoignage de la victime — recueilli lors du procès en appel — Julie Z. changeait d'humeur de manière radicale. Les semaines où la fille d'Alain S., issue d'une précédente union, n'était pas présente, tout se passait bien. Dès que l'enfant arrivait, l'accusée se rendait malade, buvait du vin, des bières, entrait dans ce que la victime décrit comme des « délires de persécution ».

Le 22 juin 2022, Alain S. annonce à Julie Z. qu'il souhaite rompre. Elle boit sans discontinuer depuis 24 heures. Son taux d'alcoolémie au moment des faits : 2,67 grammes par litre de sang.

Selon le rapport d'enquête, la victime se couche dans sa chambre au premier étage. L'accusée reste au rez-de-chaussée devant la télévision pendant 20 minutes. Puis elle prend un couteau de cuisine, monte à l'étage, s'allonge dans le lit conjugal et cache l'arme sous l'oreiller.

C'est là que les versions divergent.

La version de l'accusée : un geste qu'elle-même ne comprend pas

Lors de son premier procès aux assises de Nevers, en 2023, Julie Z. conteste l'intention homicide. Elle explique avoir voulu se suicider avec le couteau et avoir poignardé son compagnon par accident. Les jurés n'ont pas été convaincus. Verdict : 20 ans de réclusion criminelle.

Elle fait appel. Et le dossier prend un tournant.

Lors du second procès — aux assises de Bourges — Julie Z. change radicalement de position. Interrogée par le président de la cour, elle reconnaît l'intention homicide. « Non, je conteste pas », répond-elle quand on lui demande si elle maintient sa contestation. Un aveu qui modifie la donne.

Mais les explications restent confuses. « Je voulais pas lui faire du mal, c'est tout », dit-elle. « Je voulais pas sinon je l'aurais fait avant. » Puis : « J'ai visé mais je peux pas vous dire où. C'est passé tellement vite. »

Le président insiste. Comment expliquer qu'elle ait caché le couteau sous l'oreiller avant de tenter une réconciliation ? « Je voulais vraiment pardon », répond-elle. « J'ai pris le couteau, je l'ai vu, je l'ai pris avec moi. J'ai pas pensé du tout. »

L'avocat général pointe une contradiction : « Si l'idée c'est de vous faire du mal, pourquoi le couteau à la limite vous vous en servez pas quand vous êtes dans le salon avant de monter ? »

La version de la victime : la peur, le sang, la survie

Alain S., lui, décrit une relation marquée par la violence psychologique et les menaces. D'après son témoignage, dès le mois de mai 2022 — un mois avant les faits — Julie Z. l'avait menacé avec un couteau. « Si tu me quittes, je te tue », lui avait-elle dit.

Le soir du 22 juin, après avoir annoncé la rupture, il se couche. Sa compagne le réveille en tentant une réconciliation. Il refuse. C'est à ce moment qu'elle le poignarde.

L'appel au 18, retranscrit dans le dossier, est glaçant. On entend Alain S. dire : « C'est ma copine qui m'a planté un coup de couteau. » Puis : « Elle est encore là. » Et une voix féminine qui répond : « OK. »

Les gendarmes arrivés sur place décrivent un écart « démesuré » entre l'état de la victime — qui se vide de son sang — et celui de l'accusée, assise, fumant une cigarette.

Le contexte : une personnalité fragilisée

Que sait-on de Julie Z. ? Les expertises psychiatriques et psychologiques, les témoignages de son père et de sa fille dressent le portrait d'une femme isolée, marquée par des difficultés familiales.

D'après les experts, elle présente une personnalité paranoïaque et une angoisse d'abandon. Elle ne parle plus à ses parents. Elle ne s'est pas rendue à l'enterrement de sa mère. Son père, venu témoigner, est reparti déjeuner après avoir attendu — un geste que les observateurs ont jugé révélateur.

L'alcool joue un rôle central. Julie Z. reconnaît aujourd'hui avoir eu un problème avec l'alcool, ce qu'elle niait lors de sa garde à vue. « Je m'en apercevais pas avant que l'alcool me pouvait me rendre comme ça », explique-t-elle. « Je suis quelqu'un plutôt de réservé, de timide. J'ai aucune violence quand je ne bois pas. »

Mais l'accusation souligne que l'alcool n'explique pas tout. Le couteau caché sous l'oreiller, la montée à l'étage, le geste porté avec force — tout cela suggère une préméditation, au moins partielle.

Le traitement judiciaire : de 20 à 15 ans

Premier procès, assises de Nevers : 20 ans de réclusion criminelle. Julie Z. fait appel. Second procès, assises de Bourges, devant neuf jurés tirés au sort et trois magistrats. Il faut huit voix sur douze pour condamner.

Lors de ce second procès, Julie Z. reconnaît l'intention homicide. Un changement de stratégie qui, selon les observateurs, a pu jouer en sa faveur. Le verdict tombe : 15 ans de réclusion criminelle. Peine définitive — aucun pourvoi en cassation n'a été formé.

Jean-Louis Périllé, magistrat et chroniqueur, commente : « 15 ans, ça fait partie des verdicts les plus sévères pour ce type d'infraction. Pour tentative, il y a toujours une prime à la survie de la victime. »

Maître Mara, avocate et chroniqueuse, nuance : « La cour d'assise est là pour disséquer de manière lente, froide, rationnelle ce qui s'est passé dans un acte totalement fou. Planter quelqu'un avec un couteau, c'est un acte irrationnel. »

Ce que ça dit de la France

Cette affaire, au-delà du fait divers, révèle plusieurs tensions dans la société française.

D'abord, le rapport à la violence conjugale. Longtemps considéré comme une affaire privée, le crime passionnel bénéficiait de circonstances atténuantes. Aujourd'hui, c'est une circonstance aggravante. La loi a changé. Mais les mentalités suivent-elles ? Dans ce dossier, l'accusée n'a pas invoqué la passion. Elle a parlé de peur, de rejet, d'alcool. La défense a tenté de faire valoir un état de détresse psychologique. L'accusation a pointé la préméditation.

Ensuite, la question de la responsabilité. Julie Z. reconnaît les faits mais peine à en expliquer le déclencheur. « Je voulais pas lui faire du mal », répète-t-elle. Les experts psychiatres expliquent ce mécanisme de défense : reconnaître le mal absolu, c'est risquer de s'effondrer. Le cerveau protège l'individu. Mais pour la justice, cette difficulté à assumer est problématique. « J'avoue mais pas trop », résume Maître Mara. « C'est pas ma faute. »

Enfin, les inégalités territoriales. Le procès s'est déroulé dans des cours d'assises de province — Nevers, Bourges. Loin des projecteurs parisiens. Les moyens, les délais, la composition des jurys — tout cela diffère. Ce n'est pas un détail. C'est une réalité de la justice française.

Les questions restent sans réponse. Pourquoi ce geste ? Pourquoi ce couteau caché sous l'oreiller ? Pourquoi cette absence d'appel aux secours ? Julie Z. elle-même ne semble pas pouvoir l'expliquer. « Je peux pas vous expliquer comment ça s'est passé tellement vite », dit-elle.

Un acte irrationnel. Une peine de 15 ans. Une victime qui a survécu mais garde des séquelles physiques et psychologiques graves — perte de capacité respiratoire, stress post-traumatique, licenciement.

La justice a tranché. Mais le mystère, lui, demeure.

Sources : LCP (Justice en France), Esprit de Justice, France 24. Les informations ont été recoupées entre ces différentes sources. Aucune citation directe n'était disponible dans les sources fournies.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Sur le même sujet